• 2-Les Asclépiades Asclepias

    Les Asclépiades

    Asclepias

    "Les asclépiades", du genre Asclepias, plantes herbacées vivaces, sont "une mauvaise herbe" originaire d’Amérique du Nord que l’on trouve la plupart du temps le long des routes et des fossés. Elles est arrachée dès qu’elle pointe le bout de son nez dans un jardin, et pourtant c’est une grande erreur...

    Diverses fleurs d’Asclepias

    Diverses fleurs d’Asclepias

    Les asclépiades – Asclépiade, Herbe aux perruches ou Herbe à la ouate – du genre Asclepias, plantes herbacées vivaces dicotylédones regroupent plus de 140 espèces inventoriées. Appartenant à la famille des Asclépiadacées selon la classification classique, elles sont maintenant réunies dans une sous-famille des Apocynacées, les Asclepiadoideae, selon la classification phylogénétique.

    Carl von Linné nomma le genre d’après le dieu de la médecine Asclépios (Asklêpios), dans la mythologie grecque (devenu Esculape en latin), ces plantes possédant de nombreuses vertus médicinales en phytothérapie.

    Les asclépiades sont importantes d'un point de vue écologique, fournissant du nectar à de nombreuses espèces de pollinisateurs, tout en étant la plante hôte de certains insectes comme le papillon monarque. La plante produit une sève collante, du latex, qui peut être utile sur le plan médicinal, mais qui contient une forme légère de poison, au goût amer, qui aide à éloigner insectes et autres créatures qui voudraient se nourrir de ses feuilles tendres...

    Ce latex est toxique pour les animaux et les humains en cas d’absorption, il peut causer des crampes musculaires et des vomissements.

    Le contact avec les asclépiades peut provoquer des irritations cutanées chez les personnes sensibles. (Voir plus bas)

    Les chenilles du papillon monarque sont immunisées contre ce poison (1). Comme elles se nourrissent presque exclusivement des feuilles de la plante, elles accumulent suffisamment de poison dans leur corps pour empêcher les prédateurs de les manger, notamment les oiseaux, même une fois devenues papillon (2).

    Asclepias et monarques

    Monarque Danaus plexippus plexippus femelle

      Monarque Danaus plexippus plexippus mâle
    Danaus plexippus plexippus   Danaus plexippus plexippus

    Les asclépiades sont la source exclusive de nourriture pour les larves de papillons monarques (Danaus plexippus) (3) en Amérique du Nord. Associées aux milieux ouverts désormais largement agricoles, les espèces de ce genre ont décliné dans les régions comme le Midwest, en raison de la popularisation, dans la deuxième moitié de années 1990, des herbicides à base de glyphosate associés aux cultures transgéniques. Cette baisse de l'abondance des asclépiades a contribué au déclin de la population de monarque migrateur de l'Est (4). En 2013, le nombre de monarques en migration vers le Mexique a été le plus bas jamais enregistré, couvrant à peine 0,67 hectares de forêt (à comparer à 21 hectares à la saison 1996-1997).

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    Notes

    (1) [en] Monarch Watch

    (2) [en] ncbi.nlm.nih.gov

    (3) Zoonymie du papillon le Monarque Danaus plexippus [archive]

    (4) L'extraordinaire migration des papillons monarques [archive]

     

    Description des asclépiades

    On trouve 4 ou 5 espèces du genre asclépias en culture chez nous, d’une rusticité variable selon leur origine.

    Toutes forment une touffe buissonnante évasée ou dressée, de 0,60 à plus de 1,50 m de hauteur, aux feuilles entières simples, oblongues ou lancéolées, longues de 10 à 25 cm. Elles produisent un nectar odorant qui attire les insectes.

    Certaines, notamment l’herbe aux perruches, peuvent se révéler envahissantes par leurs racines drageonnantes ou leurs semis spontanés.

    De l’été à l’automne, de nombreuses petites fleurs étoilées, aux étamines en forme de corne, s’épanouissent en cymes ressemblant à des ombelles de 5 à 10 cm de diamètre.

    Souvent mellifères, parfois parfumées, elles sont orange, jaunes, blanches, crème, roses ou rouges selon les espèces.

    Elles laissent place à de gros fruits fusiformes vert clair, sortes de gousses contenant des graines plates rattachées à une sorte d'aigrette blanche et soyeuse – filaments mous connus sous le nom de soies – qui facilite leur envol à la fin de l’hiver.

    Asclepias feuilles et fruits

    Il faut compter 2 ou 3 ans à partir du semis pour avoir des fruits,

    Lorsque la cosse mûrit, elle s'ouvre et les graines sont disséminées par anémochorie.

    Comme beaucoup de plantes des grandes prairies d’Amérique du Nord, les asclépiades démarrent tard, en mai, mais poussent vite ensuite. Elles aiment le soleil et les sols légers, plus ou moins drainants ; peu exigeantes, elles croissent très bien dans un sol pauvre.

    Attention toutefois

    Rappelons que la plante produit du latex, toxique pour les animaux et les humains en cas d’absorption, qui peut causer des crampes musculaires et des vomissements.

    Le contact avec les asclépiades peut provoquer des irritations cutanées chez les personnes sensibles. (Voir plus haut)

     

    Usages médicinaux des asclépiades

    L’asclépiade présente de nombreuses vertus non négligeables ! Mais elle est identifiée comme espèce en difficulté du fait de l'effet combiné de l'urbanisation et de la pollution.

    Il fut un temps où l’asclépiade était couramment utilisée dans un certain nombre de remèdes naturels :

    • Le suc blanc laiteux et collant était autrefois appliqué par voie topique pour éliminer les verrues.
    • Les racines étaient mâchées pour guérir la dysenterie.
    • Des infusions de racines et de feuilles étaient utilisées pour supprimer la toux et pour traiter la fièvre typhoïde et l’asthme.

    D'autres usages dans la pharmacopée

    • Les graines contiennent des substances aux propriétés cardiotoniques.
    • Le suc est réputé pour ses propriétés verrucides, mais aussi diurétiques, émétiques, expectorantes, purgatives.
    • Le fil de soie "dentaire" provenant de l’asclépiade s’est avéré être un outil précieux au cours du XXe siècle.

    Attention toutefois

    Les asclépiades produisent du latex, un liquide blanc laiteux toxique composé d'une grande diversité de molécules, dont des alcaloïdes et des terpènes.

    Elles peuvent être dangereuses pour les animaux et les humains lorsqu’elle est mal utilisée. Si les animaux domestiques sont généralement à l’abri des effets nocifs (ils consomment rarement la plante), les animaux de ferme sont davantage concernés et courent un risque plus élevé d’empoisonnement à l’asclépiade.

    Actuellement, 76 espèces d’asclépiades sont considérées comme toxiques, mais elles n’ont pas toutes le même niveau de toxicité. Tous contiennent des glycosides cardiaques, un groupe de toxines qui produisent des symptômes désagréables, parfois dangereux, lorsqu’elles sont consommées en grande quantité.

     

    Usage alimentaire des asclépiades

    Cuite, l’herbe aux perruches est comestible

    Dans le passé, la teneur élevée en dextrose du nectar de ces plantes était une source d'édulcorants pour les Indigènes d'Amérique et les voyageurs. Les Amérindiens ont enseigné aux premiers colons européens comment cuire correctement l’asclépiade afin qu’elle puisse être consommée en toute sécurité.

    Pour que l’asclépiade soit propre à la consommation humaine, il faut la faire bouillir plusieurs fois – n’oubliez pas de jeter l’eau "usée" avant chaque opération – avant de la cuire.

    L’ébullition élimine les toxines solubles dans l’eau, et la plante est propre à la consommation. Tant que vous suivez cette précaution, l’asclépiade est sans danger.

    Ainsi, les Autochtones, les premiers colons et les fourragers modernes ont mangé de l’asclépiade comme un légume cuit.

    Presque toutes les parties sont comestibles, mais chacune doit être récoltée au bon moment.

    • Les jeunes pousses, au goût se rapprochant de l’asperge, au début du printemps.
    • Les boutons floraux non ouverts, au milieu de l’été.

    Cuire les boutons floraux non ouverts dans de l’eau sucrée jusqu’à ce qu’ils s’épaississent en sirop, puis égoutter les fleurs cuites et arroser légèrement le sirop d’asclépiade sur un plat de glace à la vanille. Les fleurs sucrées, mélangées à du citron donnent un vin.

    • Les gousses vertes et fermes, à la fin de l’été – comestibles si on les fait bouillir.
    • Les rhizomes sont aussi consommés bouillis.

    Attention toutefois

    L’ajout de l’asclépiade à votre alimentation régulière peut être bénéfique pour votre santé tant que vous la préparez correctement : si les plantes sont mangées crues, trop vieilles ou cueillies au mauvais moment, elles peuvent provoquer des nausées ou des vomissements.

    Si toutefois vous éprouvez des symptômes particuliers après avoir mangé de l’asclépiade (même si elle est préparée correctement), consultez un médecin sans attendre.

     

    Usage agricole des asclépiades

    Un pesticide naturel

    Ironiquement (étant donné sa réputation de plante hôte des pollinisateurs), l’asclépiade peut aussi être utilisée comme pesticide !

    Ses graines contiennent des cardénolides, un composé qui tue les nématodes et les légionnaires. Ce sont des ravageurs destructeurs de cultures comme les pommes de terre, le soja, la luzerne, les tomates et le maïs (1).

    Dans les études sur le terrain, la transformation de la farine de graines d’asclépiade dans le sol a entraîné la mort de 97% des ravageurs, avec une plus grande sécurité pour les humains et moins d’impact environnemental négatif pour la faune, le sol et l’eau que lorsque des pesticides conventionnels sont utilisés (2).

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    Notes

    (1) [en] PubMed [archive]

    (2) [en] ncbi.nlm.nih.gov

     

    Autres usages des asclépiades

    L’asclépiade présente d'excellentes fleurs pour les bouquets.

    Les tiges dures et fibreuses de l’asclépiade étaient torsadées pour en faire des cordes ou tissées pour un tissu grossier.

    Attaché aux gousses d’asclépiade, se trouve un matériau blanc et duveteux semblable à des boules de coton. Il était autrefois utilisé comme petit bois pour allumer le feu.et pour rembourrer des couettes, des oreillers et des matelas.

    L’asclépiade connue sous l’appellation "soie" (1) – ou "soyer" en reprenant un terme utilisé par le naturaliste Charles Sigisbert Sonnini (1) qui l'avait importé en France comme plante exotique à fibre soyeuse à incorporer dans les tissus – a été mise en culture commercialement depuis 2012, principalement au Québec.

    Le soyer du Québec (2) est issu de la variété d’asclépiade commune (Asclepias syriaca) cultivée principalement dans la vallée du fleuve St-Laurent au Canada.

    Une industrie vouée à sa transformation s’est constituée depuis 2015 : la soie est utilisée pour la confection d’isolants thermique et acoustique ou d’absorbants pétroliers (3).

    En effet, parmi ses autres particularités, le fil d’asclépiade absorbe l’huile. Il peut dons être utilisé pour nettoyer les déversements d’hydrocarbures.

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    Notes

    (1) Charles Sigisbert Sonnini, Traité des Asclépiades particulièrement de l'Asclépiade de Syrie: précédé de quelques observations sur la culture du coton en France, 1er janvier 1810 (lire en ligne [archive])

    (2) Le soyer du Québec [archive sans vidéo]

    (3) [en] Milkweed touted as oil-spill super-sucker - with butterfly benefits (CBC.ca) [archive]

    [en] Hyung-Min Choi et Rinn M. Cloud, "Natural sorbents in oil spill cleanup", Environmental Science & Technology, vol. 26, no 4,‎ avril 1992, p. 772-776 (ISSN 0013-936X, DOI 10.1021/es00028a016) [lire en ligne] 

     

     

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    Documentation

    L’asclépiade à la rescousse !

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais avaient coupé l’accès à Java. Ils avaient, entre autres, pris le contrôle de l’approvisionnement mondial en caoutchouc.

    Le latex des asclépiades; qui contient du caoutchouc (entre 1 et 2%) fut alors considéré comme un substitut potentiel et utilisé comme ressource naturelle par les Alliés pour la confection de gilets de sauvetage (1).

    D'autre part, la marine américaine dut trouver une alternative au kapok javanais (un arbre cultivé pour sa soie dentaire flottante) pour remplir ses gilets de sauvetage.

    Elle comprit qu’elle pouvait utiliser les aigrettes des graines d'asclépiade, légères et imperméables : le fil de semence est creux et enduit d’une cire végétale naturelle, ce qui le rend imperméable à l’eau et lui permet de flotter.

     

    Fibres d'un Ceiba pentandra, servant à faire du kapok

    Fibres d'un Ceiba pentandra,
    servant à faire du kapok

    Le gouvernement américain paya alors 15 cents aux écoliers américains pour chaque sac de gousses d’asclépiades qu’ils ramassaient. Chaque sac contenait entre 600 et 800 gousses, et deux sacs remplis de gousses fournissaient suffisamment d’esclépiade pour remplir un gilet de sauvetage. Et la marine fabriqua 1,2 million de gilets de sauvetage à partir de fil d’asclépiade pendant cette période.

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    (1) Fédération canadienne de la faune [Asclépiade] Asclépiade, Asclepias

     

    Sources

    Ooreka

    Thérapeutes magazine [archive]

    Wikipédia

     

     

     

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