• 3-Arbalète

    Page créée début janvier 2021

    Histoire de l'arbalète

    Arbalète de Léonard de Vinci, vers 1500

    Dessin de Léonard de Vinci, aux alentours de 1500

    L'arbalète (du latin arcuballista) est une arme de trait, constituée d'un arc monté sur un fût et lançant des projectiles appelés "carreaux".

    Carreau d'arbalète du XIVe siècle

    Carreau d'arbalète du XIVe siècle

    Le principe du carreau de l'arbalète est essentiellement celui d'une flèche, avec quelques différences mineures mais significatives sur le comportement balistique. Beaucoup plus courts que les flèches d’arc, les traits d’arbalètes sont peu affectés par les efforts en flexion imposés à leur fût (spine) pendant le tir, qui perturbent la régularité du tir à l’arc *. Il est ainsi possible de fabriquer sans trop de difficultés techniques en grande série, des lots de projectiles peu couteux de qualité acceptable.

    La puissance de l'arbalète est supérieure à celle d'un arc ainsi que sa précision mais son rechargement long la pénalise.

    * Note Le monde de la chasse à l'arc (ISBN 978-2901196297)

    Voir

    Kyudo ou la voie de l'arc (Japon)

    Suite et en savoir plus : Documentation Wikipédia Généralités et principes mécaniques

    Histoire

    Antiquité

    Extrême-Orient

    Les premières arbalètes apparaissent en Chine, durant la Période des Royaumes combattants qui couvre le Ve siècle av. J.-C. et jusqu'à 221 av. J.-C. L'arme ne disposant pas encore de système mécanique, la corde doit être tendue par le combattant en position allongée, tirant sur celle-ci avec ses bras et poussant avec ses pieds sur les demi-arcs. La gâchette se développe au cours de la période allant de la dynastie Qin aux Han. Ce sont des pièces en bronze.

    C'est également durant la période des Royaumes combattants qu’apparaît la Chu ko nu (litt. "arbalète de Zhuge"), une arbalète à répétition. Il s'agit d'une petite arbalète à levier permettant un rechargement rapide du trait, dont le nom provient d'une version de cette arme qui a été améliorée par Zhuge Liang, un célèbre stratège de la période des trois royaumes.

    Arbalète à répétition à 2 coups la plus ancienne (IVe siècle av.J.C.) à ce jour trouvée dans une tombe de l'État de Chu

    Modèle d'arbalète à répétition à deux coups. C'est l'arbaléte à répétition la plus ancienne qui nous soit parvenue, elle a été trouvée dans une tombe de l'État de Chu datant du IVe siècle av.J.C. 

    Grèce

    Les premières apparitions de développement des arbalètes en Europe ont lieu dans la Grèce antique au cours du Ve siècle av. J.-C.

    Gastrophète grec ancêtre arbalète

    Gastrophète grec

     

    Le gastrophète (ou gastraphète) est l'ancêtre de l'arbalète, mais il s'agit d'une arme de siège (c'est aussi l'ancêtre de la catapulte).

    Bien qu'arme dite "de trait", son poids élevé permet en effet de douter d'une utilisation réelle sur un champ de bataille en dehors d'un contexte de siège.

    Elle fut remplacée par l'oxybeles puis par la baliste. Mais sa forme servit d'inspiration pour la construction des arbalètes.

    Contrairement au gastrophète, l'arbalète dispose d'un système avec une détente.

    Rome

    Arbalète romaine et carquois

    Dans l'Antiquité romaine, la Cheiroballistra, aussi appelée manuballista (littéralement "baliste à main") est héritée du modèle des oxybèles grecs, il s'agit donc d'une arbalète à torsion. Ce modèle aurait subsisté jusqu'au Xe siècle. Le principe repose sur deux ressorts de crins ou de tendons de chaque côté du fût de l'arme, qui se tendent quand on ramène les deux branches en arrière.

    Le commandant romain Arrien décrit dans son livre Tactica la formation au tir de la cavalerie romaine à l'aide d'une arme à main mécanique depuis un cheval.

    Des reliefs de la Gaule romaine dépeignent l'utilisation d'arbalètes dans des scènes de chasse. Ceux-ci sont remarquablement semblables à l'arbalète médiévale postérieure.

    Voir

    Garum

    Gladiateurs

    Moyen-Âge

    Arbalète médiévale suisse

    Arbalète médiévale suisse

    Au Moyen Âge, l'arbalète est utilisée autant comme arme de chasse que pour la guerre. Méprisée par la chevalerie, elle est vue comme arme déloyale car, tuant à distance, elle ne permet pas à l'adversaire de se défendre.

    Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c'est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie.

    « Les Français la regardaient comme l'arme des lâches et refusaient de s'en servir. Avec cette arme perfide, disaient-ils, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme1. »

    L'arbalète apparaît sous sa forme moderne en Italie au milieu du Xe siècle2. Les Mamelouks l'utilisent au moins pour la chasse au XIIe siècle.

    En Europe chrétienne, l'arbalète est frappée d'anathème et son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran3 et confirmée quelques années plus tard, en 1143 par le pape Innocent II qui menace les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d'excommunication. Cette interdiction, par ailleurs valable uniquement pour les combats entre chrétiens, reste médiocrement observée par les princes d'Occident, malgré les efforts du pape Innocent III pour réaffirmer, en 1205, les interdits du concile du Latran II, à tel point que l'arbalète est privilégiée à l'arc à cette époque.

    Les Quatre Cavaliers (1086, enluminure sur parchemin)

    Les Quatre Cavaliers (1086, enluminure sur parchemin)
    plus ancienne représentation connue d'arbalète en Europe, cathédrale d'El Burgo de Osma

    Aux XIIe et XIIIe siècles, malgré l'interdiction, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste développèrent des unités spécifiques d'arbalétriers, bien entraînées et équipées. L’efficacité de ces armes faisait de ceux qui les maniaient des soldats d'élite, très prisés, et très bien payés, ce qui leur permettait l'achat d'équipements de qualité. Les indications de l'époque font état des arbalétriers comme les troupes les mieux payées des armées occidentales, et parfois même mieux équipées que certaines classes de chevaliers.

    Cette arme fut aussi utilisée par les peuples orientaux durant les croisades, dans une forme similaire au modèle occidental, mais avec quelques subtilités de forme. Il existait aussi un modèle, peut-être expérimental, d'arbalète portative lance-grenades.

    Durant les guerres de la fin du Moyen Âge, la France fait souvent appel à des mercenaires arbalétriers étrangers (notamment italiens, et en particulier génois4), dont le tir pouvait percer une armure jusqu'à une distance de 90 à 100 mètres. L'une des victimes les plus célèbres fut Richard Cœur de Lion qui mourut de la blessure infligée par un carreau d'arbalète en 1199.

    Les progrès de la sidérurgie augmentent parallèlement la robustesse des armures et la puissance de l'arbalète avec la création de l'arc en acier, au début du XIVe siècle, qui remplace petit à petit les arcs en bois et les arcs composites (lamellé-collé : bois + tendons + corne, le tout encollé). On invente aussi un mécanisme complexe et coûteux, avec temps de rechargement de plus en plus long de 2 à 3 minutes (jusqu'à 30 minutes pour les modèles les plus puissants) comme le cric ou le treuil (appelé aussi le "moufle") pour tendre l'arbalète.

    Les Italiens se distinguent dans la fabrication d'arbalètes particulièrement efficaces : un trait peut atteindre jusqu'à 350 km/h ! Cependant, à raison de deux coups par heure, elle est peu utilisée sur les champs de bataille. Par contre, lors des sièges, l'arbalétrier peut se mettre à l'abri, aussi est-elle peut-être utilisée concurremment à l'arc, l'archer tirant pendant que l'arbalétrier rechargeait son arme5.

    Le cranequin (du moyen néerlandais cranekijn "sorte d'arbalète"6) était une arbalète à pied mais le terme a fini par désigner aussi le mécanisme particulier destiné à le tendre. Pour lever cette ambiguïté, l'arbalète elle-même a été renommée improprement cric d'arbalète, terme malheureusement utilisé de nos jours alors qu'il semble ne désigner qu'une partie de l'arme. Les cranequiniers étaient les utilisateurs (à pied ou à cheval) de ce type d'arbalète.

    Les arbalètes, comme les arcs, ont pratiquement disparu lorsque les armes à feu, plus faciles d'emploi, demandant moins d'entraînement – et aussi beaucoup moins chères – devinrent l'équipement de base du fantassin7. Des utilisations marginales restent néanmoins attestées jusqu'à des époques très récentes, par exemple pour la chasse7.

    Notes de Wikipédia

    1. Pierre Jean-Baptiste Legrand d'Aussy
    2. (en) Ralph Payne-Gallwey, "The Crossbow, Mediæval and Modern, Military and Sporting", Holland Press, 1958, p. 7 
    3. Karl Joseph von Hefele, "Histoire des conciles d'après les documents originaux", Paris, Letouzey et Ané, 1907, 864 p. (lire en ligne, p. 733)
    4. (it) Fabio Romanoni, "Boni balistrarii de ripperia Ianue", Balestrieri genovesi attraverso due cartulari del 1357, Archivio Storico Italiano, vol. CLXVIII,‎ 2010
      (lire en ligne) 
    5. Jean Mesqui, Châteaux et enceintes de la France médiévale : de la défense à la résidence, t. 2, Picard, 1993, p. 259
    6. Cranequin [archive], sur le site cnrtl.fr
    7. Berthold Seewald, L'arbalète, arme interdite et symbole de liberté, Courrier International,‎ 21 novembre 2019, traduction d'un article publié dans Die Welt le 27 septembre.

    Voir

    Éthique chevaleresque

    L'art de la guerre 

    Le Feu et l'Art de la Forge

    Papes

    Afrique

    Quelques explorateurs européens du milieu du XIXe s. (Paul Belloni Du Chaillu, Richard Francis Burton...) constatent la présence d'un type particulier d'arbalète répandu en Afrique côtière équatoriale.

    Ce type d'arme est alors utilisé par diverses ethnies, réparties de l'actuel Gabon (Fangs et Mpongwe de la région de la rivière Ogooué, le principal fleuve du Gabon) jusqu'au sud-est de l'actuel Nigéria en passant par le Cameroun.

    L'arbalète africaine consiste en un long bras se séparant verticalement en deux branches. Ramener les deux morceaux ensemble fait rentrer un petit cylindre du morceau inférieur dans une cavité du morceau supérieur, cylindre qui déloge la corde et provoque le tir.

    Arbalète africaine en 2 pièces avec charnière

    Schéma en coupe d'une arbalète africaine en deux pièces avec charnière 

    Du milieu du XIXe siècle jusqu'au début du XXe, les principales théories expliquant la présence de ces armes dans cette région très circonscrite de l'Afrique, font état d'une invention locale (Sir Richard F. Burton était d'avis que l'arme était probablement d'invention locale et présente depuis un temps considérable), ou bien d'une imitation 'simplifiée' des arbalètes européennes.

    Selon Henry Balfour, il ne s'agit ni d'une invention locale ancienne, ni d'une simplification d'une arme européenne, mais d'une reproduction "à l'identique" d'un modèle européen rudimentaire qui était répandu à l'époque des premiers contacts entre les européens et les africains de la côte.

    Corée et Japon

    Arbalète à répétition à la fin du XVIe siècle, Corée

    Arbalète à répétition à la fin du XVIe siècle
    Corée de la dynastie Joseon

     

    Selon Thomas Louis et Tommy Ito, l'arbalète à flèche est apparue au Japon au VIIe siècle, équipant, pour l'essentiel, l'infanterie.

    Au cours du XVIe siècle, elle aurait été l'arme exclusive de certaines unités d'archers.

    Elle fut utilisée sur les champs de bataille autant sous sa forme portative qu'en tant qu'arbalète de siège projetant des pierres (oyumi). Cette dernière disparut au début du XIIe s. (Les Samouraïs, le code du guerrier, Rome, Gremese 2008).

    Les ninjas (shinobi) utilisaient les arbalètes en mettant à profit leur agilité pour choisir des postes de tir inusités (par exemple, depuis les toits).

    Voir

    À propos du dernier Samouraï

    L'Art de la Guerre (Sun Tzu) Gautier-Girard

    L'arbalète moderne

    Les arbalètes modernes ont profité des progrès des arcs modernes : matériaux composites, arcs à poulie. À titre d'illustration, voici les caractéristiques techniques d'une arbalète de chasse moderne :

    Arbalète moderne de compétition

    Arbalète moderne de compétition

    • Puissance : 150 livres (la force exercée pour maintenir l'arbalète armée, qui est aussi celle qui sera appliquée au projectile, correspond à celle d'un poids d'environ 68 kg, soit 667 newtons ; la dénomination "puissance" et sa mesure en "livres" (La livre-force est une unité anglo-saxonne de force) sont traditionnelles en archerie, bien qu'il s'agisse d'une force et non d'une puissance) ;
    • Vitesse initiale : 102 m/s (env. 367 km/h).

    Certaines arbalètes modernes ont des particularités qu'on ne trouvait pas ou peu au Moyen Âge mais qui existaient déjà, pour certaines, durant l'Antiquité, notamment sur le scorpion, grosse arbalète montée sur affût utilisée principalement par l'armée romaine, avec le principe de "l'articulation sur ressorts" : au lieu d'un arc flexible dont l'élasticité permet d'emmagasiner l'énergie qui propulsera la munition, ce sont des ressorts qui joueront ce rôle, l'arc (rigide, donc) n'ayant plus comme utilité que d'offrir un bras de levier pour tendre ces ressorts et un support pour placer la corde.

    On notera aussi des systèmes de réarmement rapide de la corde comme sur le modèle "commando" de la marque Barnett, où l'arbrier se "casse" en deux niveaux d'une bascule (à la manière des fusils de chasse), ce qui a pour effet de tirer vers l'arrière des crocs qui emportent avec eux la corde. Lorsque le mouvement inverse est opéré (on "referme" l'arbrier), la corde reste en arrière, maintenue par la noix (ou la pièce du mécanisme équivalente), tandis que les crocs repartent en avant de l'arbrier pour laisser la corde suivre sa course naturelle durant le tir.

    Notes

    Arbrier, comme l’écrit Littré, ou arbier, pièce rigide organisée pour supporter le carreau, retenir la corde et la libérer au moment du tir au moyen d’un mécanisme simple (Medieval Life and Times)

    Noix d'arbalète 1.Noix 2.Corde 3.Carreau 4.Gâchette

    Noix d'arbalète : 1.Noix 2.Corde 3.Carreau 4.Gâchette

    La plupart des modèles contemporains de la guerre de Cent Ans sont de conception perfectionnée, avec système de détente à noix, arcs composites puis métalliques, et accessoires d’armement de la corde, qui en font des armes de technologie élaborée, et donc assez coûteuses.
    (Sir Ralph Payne Gallwey, Crossbow [archive], 1903 réédité en 2007, ISBN 978-1-843-42833-6) 

    L'adjonction d'un système de poulies, d'un palan ou d'un quelconque système de démultiplication des forces permettra par ailleurs de diminuer l'effort que doit offrir le tireur pour réarmer son arbalète par rapport à un système de réarmement classique.

    Il existe aussi des pistolets arbalètes, généralement d'une puissance de 50 ou 80 livres, dont le tir peut traverser une boîte de conserve.

     

    Arbalètes de chasse

    Les arbalètes de chasse délivrent une puissance de 120, 150,180 à 400 livres, selon les modèles. Ces arbalètes de chasse sont aussi nommées "arbalètes lourdes", matériel de survie ou arme de loisir pour le tir sur cible.

    Il n’est pas exclu d’en avoir une juste pour le plaisir simple de tirer dans son jardin, car si en France la chasse à l’arbalète est strictement interdite, leur détention et leur usage pour le tir de loisir sont quant à eux permis.

    Une arbalète de chasse est un outil efficace, silencieux et économique. Ce type d’arme est affectionné des survivalistes et des chasseurs d’outre-atlantique. La portée pratique de ces armes varie en fonction de la puissance: de 20 mètres à plus de 100 mètres pour les plus puissantes.

    La plage de vitesse du projectile s’étale de 55 m/s à 175 m/s (comme par exemple l’arbalète 175 livres à poulies). Le choix des traits et carreaux doit toujours être fait en prenant en considération la puissance de l’arbalète .

    Pour une arbalète de survie, censée être utilisée dans un contexte où les pièces de rechange ne seraient plus disponibles, il sera plus prudent de choisir une puissance moyenne, pour une arbalète plus légère et plus facile à entretenir qu’une arme de 400 lbs ou plus .

    Les arcs à poulies et plus particulièrement les arcs longbow restent cependant beaucoup plus populaires chez les survivalistes. (Survivalisme-Survie)

    Voir

    Armes et légitime défense

    Documentation Wikipédia Généralités et principes mécaniques

    Documentation Wikipédia Usages

    Marsouins ou bélugas assassinés

    Survivalisme

     

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    Source

    Wikipédia

    Documentation Wikipédia

    Arbalètes inventoriées

    Un témoignage historique

    Voir aussi

    À propos d'Arts Martiaux (Série)

    Béhourd, sport de combat 'médiéval' (Europe)

    Carcassonne : Les 5 fils de Carcassonne (pdf)

    Carcassonne : Une Cité et une Bastide (pdf)

    Escrime et Arts Martiaux Historiques Européens

     

     

     

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