• 3-Redressement du corps

    Page mise à jour le 03 octobre 2016

     

    Le polissage des mœurs

    De civiltate Erasme
    De civilitate d’Erasme

    Les manières de vivre de l’homme du Moyen Âge et peut-être encore davantage de la Renaissance sont tout autres que celles que nous connaissons aujourd’hui et nous paraitraient peu appétissantes. La nudité ne souffre d’aucun tabou, les excréments (la « matière joyeuse ») qui emplissent les rues des grandes villes ne sont pas jugés aussi repoussants que nos jours et d’ailleurs il était courant de déféquer et uriner devant tout le monde y compris dans les milieux nobles. L’usage était de se moucher en se mettant deux doigts sur une narine et en expulsant la morve avec l’autre, quand ce n’était pas avec la main, une nappe ou l’habit. L’émission de pets en public était loin d’être ressentie comme scandaleuse : « La chose la plus joyeuse du monde quand elle prend naissance, c’est un pet ! [...] il commence à chanter un air mélodieux, c’est un plaisir de goûter ses accents et ses sons entrecoupés, cela est d’une suave et délectable odeur ! » écrit Antoine Girard (1584-1633) dans son Œuvre et Fantaisie (1622). Certains auteurs tel Montaigne jugeaient même dangereux pour la santé de « serrer les fesses. Quant aux manières de table du commun, elles se devinent en lisant en négatif les manuels de civilité : « Bien se tenir à table est important. On mange avec trois doigts et l’on ne met pas toute la main dans le plat, pas plus qu’on avale goulûment. [...] Manger de manière civilisée, c’est aussi ne pas se curer les dents avec son couteau, c’est ne pas s’essuyer les mains sur ses vêtements. On ne beurre pas son pain avec ses doigts. [...] Il est incivil de cracher dessus ou par-dessus la table. [...] Enfin, le convive poli se tient la bouche fermée quand il mange et ne boit pas la bouche pleine. ».

    [...]

     

    Le "redressement des corps"

    Ce que les historiens ont appelé le « redressement des corps » s’enclenche au XVIIe siècle. Il est désormais impératif de se tenir droit (et non voûté) et contrôler ses mouvements (pas de grands gestes) afin de bien paraître en société. Les mouvements du corps doivent être harmonieux et non brusques ou spontanés. Pour la noblesse, l’escrime, l’équitation et le billard participent à ce redressement des corps. Pour les femmes s’impose le corset et pour les bébés le maillot. Ce mouvement touche aussi les masses populaires, à un degré moindre mais bien réel. 

    Aller à l'article de Gigeoju "Les embarras de Paris"

     

    Le "Yoga égyptien" est celui de la verticalité...

    Voir : Du yoga égyptien

    Voir aussi :

    3 choses importantes pour se tenir droit (Votre-yoga)

    Corps et Hatha-Yoga (pdf)

    Respirer, c'est REDRESSER (pdf)

    Se tenir Droit (Ooreka)

     

    Mais sainte Hildegarde, au XIIe siècle, était aussi attentive à la "verticalité"

    Verticalité. [...] En l'absence de "verticalité", d'une fréquentation des "espaces du dedans", dans l'ignorance quasi généralisée des étoiles du "ciel intérieur", la vie spirituelle [de l'homme contemporain] s'étiole, "les réalités divines" sont obscurcies, au point que l'homme moderne en arrive à perdre un "sens" aussi naturel que la foi en un Créateur. Sa conscience devient si enténébrée qu'un voile opaque l'empêche de "voir" [...] les profondeurs de l'être où jaillit la source d'eau vive, les courants limpides de la vie divine. En Occident, la prédominance des doctrines matérialistes contribue à nous couper de nos racines et nous entraîne sur la pente du doute, dans une vue superficielle des choses, sous l'empire de passions incontrôlées. [...]

    On a trop souvent négligé cette interdépendance essentielle entre l'esprit et le corps, ce qui a contribué à démanteler l'intégrité de la personne humaine dans sa structure trinitaire, privilégiant tel aspect plutôt que tel autre : l'homme spirituel a souvent répugné à s'occuper de son corps, perçu comme un obstacle à la vie de la grâce ; siège des désirs de la chair, il devait être mortifié parfois cruellement pour se soumettre aux exigences de l'esprit.

    À l'opposé, nous laissons aujourd'hui une telle licence aux exigences du corps que nous devenons ses esclaves, subissant passivement les assauts de ses quatre volontés, ce qui produit un déséquilibre non moins grave, ruinant toute possibilité d'avancement spirituel.

    Comme en toutes choses, la vérité fuit les extrêmes et se trouve au centre, dans la voie d'équilibre si chère à sainte Hildegarde. Pour elle, il n'est pas question de couper l'être humain en tranches, il est vital de le considérer dans sa riche complexité et de s'occuper harmonieusement de tous ses aspects : non seulement le corps doit être nourri correctement, mais l'âme doit aussi recevoir la nourriture dont elle a besoin [...] l'homme est debout entre le ciel et la terre et l'on ne peut le tronquer, ni dans ses pieds, ni dans sa tête, au risque de la défigurer et de le mutiler de la manière la plus grave.

    Ce n'est sans doute pas par hasard que nous nous tenons droits sur nos jambes, stature réservée à l'homme seul, qui ne marche pas (longtemps) à quatre pattes mais se redresse bientôt pour se tenir en équilibre entre ciel et terre.

    Au centre du monde... Cette dimension verticale doit nous habiter dans toutes nos pensées, nos paroles, nos actions, si nous voulons être dignes de notre héritage divin et accomplir notre destinée dans sa plénitude. L'homme est en effet non seulement debout, mais encore au centre du monde :

    « L'homme, dans la structure du monde, est pour ainsi dire en son centre. >>> suite »

    Ce qui ne veut pas dire que [l'homme] doit parader sans foi ni loi et dominer avec insolence sur la création ; son statut privilégié lui confère en effet des devoirs particuliers à son état : ceux de se conformer à la volonté divine et de respecter avec "crainte" son Créateur et la création qui lui a été confiée. Il n'en est pas le propriétaire mais le gérant : à lui de le porter dans la plénitude de ses fruits.
    Par ailleurs, l'homme n'a pas seulement la mission d'assurer sa propre santé, c'est-à-dire son salut, mais de conduire aussi ses frères sur cette voie de l'éternelle félicité [...]

    Santé et sainteté. [...] Sainte Hildegarde nous convie à envisager [la santé] aussi sur le plan de l'âme, qui est le "noyau" de notre existence et qui est immortelle. C'est ainsi que la santé rejoint la sainteté, qui n'est rien d'autre que la santé de l'âme.

    De même que le corps qui ingère de mauvaises nourritures est pollué et finit par tomber malade, de même l'âme qui se perd dans les vices sombre dans l'avilissement et la maladie ; elle ne voit plus que la terre, perd sa lumière et, coupée de Dieu, elle devient noire, emplie de tristesse et d'angoisse : elle vit déjà en enfer.

    Il peut paraître suranné aujourd'hui de parler ainsi des vices et des vertus, au risque de tomber dans un moralisme d'un autre âge et pourtant, quelle autre voie conduit à la félicité du ciel ?

    Cependant il n'est pas possible de vivre dans les voies justes sans disposer d'une "monture" appropriée, de même qu'un cavalier ne peut voyager loin sans un cheval vigoureux. C'est pourquoi notre sainte, si préoccupée de la santé de l'âme, nous parle, au nom du ciel, des moyens de maintenir notre "monture" en bon état.

    Bien qu'elle nous indique plus de deux mille remèdes pour panser nos blessures, elle met à la première place un art subtil de la prévention, qui repose principalement sur une alimentation correcte [...] source de santé et de vitalité pour le corps, mais aussi source de jouvence pour l'âme qui vit alors dans la sérénité et la joie.

     

    Extraits du livre Sainte Hildegarde La santé entre ciel et terre (1991) de Daniel Maurin

    « Étudiant en médecine, j'avais été séduit par la doctrine pénétrante d'Hippocrate, qui recherchait par delà les symptômes, "la cause des causes" et déclarait que "la santé parfaite n'est rien d'autre que la sympathie universelle". Parallèlement, je découvrais avec émerveillement les grands "mystiques" chrétiens, en particulier les maîtres du Carmel (sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux), qui inspirèrent mes ouvrages sur l'Oraison du Cœur. Restait à établir la "corrélation" entre santé et spiritualité : ce fut l'apport précieux de sainte Hildegarde [...] »

     

    Lire l'article Hildegarde de Bingen

    et la page HILDEGARDE de Bingen

     

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    Voir aussi: Exercices choisis hors de chez soi (pdf)

     

    La gymnastique militaire française

     

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    et la page Étirements « Arts Martiaux »

     

     

     

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