• À propos du dernier Samouraï

    Page complétée en novembre 2019

    « The Last Samurai » était Français !

     
    À propos du dernier Samouraï  

    Jules Brunet, né le 02 janvier 1838 à Belfort (région actuelle Bourgogne-Franche-Comté) et mort le 12 août 1911 (à 73 ans) à Fontenay-sous-Bois, en Île de France (Val-de-marne), est un officier militaire français dont le point culminant de la carrière est son activité lors d’une mission d’instruction au Japon.

    En effet, à la suite des difficultés du Shogun qui conservait encore pour un temps le pouvoir politique, cet instructeur d’artillerie venu moderniser son armée de samouraïs, se joignit ensuite à ses troupes contre le nouveau pouvoir impérial japonais.

     

    Ci-contre : Jules Brunet à Ezo en 1868

     

    Samouraï

    Commençons par la fin

    La période des Tokugawa apporte un certain renfermement du Japon sur lui-même, peu ouvert à l'étranger. L'isolement prend fin avec l'intervention du commodore Matthew Perry, qui force le pays à s'ouvrir au commerce extérieur à partir de 1854.

    Des changements majeurs surviennent dès lors, avec notamment la reprise en main du pays par l'empereur.

    La restauration de Meiji en 1867 entraîne avec elle toute une série de mesures. Les samouraïs sont également frappés par les réformes. Privés de leurs droits, ils se révoltent avant d'être écrasés par l'armée impériale en 1874 et lors de la rébellion de Satsuma en 1877.

    Le passage à l'ère moderne fit qu'il fut décidé de conserver l'héritage culturel des différents arts utilisés par les samouraïs au sein de la Dai nippon butoku kai créée en 1895. (Wikipédia)

    Écoles martiales rattachées

     

    À propos du dernier Samouraï  

    Documentation

     

    Ci-contre, une lithographie (1888) d'Albert Racinet (1825-1893) montrant des guerriers samouraïs japonais avec différents types d'armures et d'armes, jusqu'au tout début du XIXe siècle (1802-1814)

     

    Liste des armes et des accessoires

     

    Autour du Samouraï, divers documents (liste de Gallica)

     

    Histoire du Japon

     

    Le dernier samouraï : de la réalité au rêve

    L'épopée - bien réelle - de Brunet a inspiré - très librement - le film Le Dernier Samouraï (The Last Samurai) de 2003.

     

    De la réalité...

    À propos du dernier Samouraï

    Des kiheitai, sans doute du clan Choshu, dans les années 1860. Vêtus en partie d’habits européens, armés en partie à l’européenne, ces bushis n’ont rien de leurs homologues imaginaires du film Le Dernier Samouraï, continuant de se battre comme au XVIe siècle... (photo de him-mag.com)

     

    ... au rêve

    À propos du dernier Samouraï

    Le Dernier samouraï. Silhouettes fantomatiques débouchant de la brume, dont la forme des casques évoque des hybrides mi-hommes, mi-animaux, voire des démons, les samouraïs n’appartiennent pas à la modernité ni même à la réalité. Ils viennent d’un pays imaginaire où le passé s’est figé, éloigné des bouleversements incessants du monde contemporain. (photo de him-mag.com)

     

    L’épopée Jules Brunet

     

    L'aventure japonaise de Jules

    Dès novembre 1866, Jules Brunet fait partie de la mission envoyée au Japon par Napoléon III, sous les ordres du capitaine Jules Chanoine, qui arrive à Yokohama début janvier afin d’instruire l’armée du shogun Yoshinobu Tokugawa.

     

    À propos du dernier Samouraï

    Les quinze membres de la première mission militaire (1867-1868) au Japon, dirigée par Jules Chanoine. (J. Brunet 2e en partant de la droite au 1er rang). Photographie de 1866.

     

    [...] la France toujours désireuse d’aider le Japon à s’industrialiser depuis le traité de paix, d’amitié et de commerce de 1858 et le succès de l’Exposition universelle de 1867, s’engage, pour contrecarrer les visées britanniques, sous l’impulsion de son ambassadeur Léon Roches, à soutenir le shogun qui vient de subir les représailles des autres Occidentaux après une vague d’attentats à l’encontre de leurs résidents et de leurs comptoirs.

    Le capitaine Brunet, personnalité affable, communicative et d’une vive intelligence, va saisir rapidement les subtilités de la culture japonaise et subjuguer ses élèves artilleurs. C’est un bel homme qui en impose par une élégante stature (1,85 m), il s’exprime bien (il a un talent d’écrivain reconnu) et il a des goûts artistiques très développés qui ne déplaisent pas aux samouraïs (il excelle dans le dessin). Une solide fraternité d’armes se crée entre eux [...]

    Mais débute la guerre dite guerre du Boshin qui voit, le 27 janvier 1868, les armées du shogun dispersées malgré leur large supériorité numérique par une force impériale déjà entièrement modernisée par les concurrents. Yoshinobu Tokugawa, après cette première défaite, se réfugie à Edo. Repoussant le plan de revanche de Léon Roches, il capitule le 27 avril à Edo qui est conquise et se retire à Mito.

    La France, dépitée, rappelle son ambassadeur, se voit contrainte de proclamer sa neutralité et la mission Chanoine qui est désormais indésirable et sommée de quitter le territoire, se replie sur Yokohama pour être rapatriée en novembre.

    Brunet, empreint d’une éthique toute militaire, refuse de revenir afin de continuer à « servir la cause française en ce pays » (Extrait d’une lettre à Napoléon III), car il estime de son honneur de ne pas abandonner le shogun et ses fidèles samouraïs, des frères d’armes qu’il avait instruits. « […] j’ai décidé que devant l’hospitalité généreuse du gouvernement shogunal, il fallait répondre dans le même esprit » (justification adressée à Chanoine. Citée par M. Battesti).

    À propos du dernier Samouraï

    Guerriers samouraï entre 1860 et 1880

    Mais Chanoine refuse sa démission et Brunet se retrouve dans une situation fausse. Le ministère de la guerre le placera finalement en congé d’un an sans solde le 6 février 1869, régularisant implicitement sa situation, mais en précisant qu’au Japon où il est toutefois autorisé à rester, il n’aura désormais que le statut d’un simple particulier. Brunet a, semble-t-il, bénéficié d’un esprit de solidarité de corps. D’ailleurs, Roches continue de plaider auprès de l’Empereur la cause du shogun et huit officiers camarades de Brunet partiront le rejoindre.

    Les forces impériales [japonaises], en surnombre, ont maintenant, grâce à leur artillerie lourde, la mainmise sur l’île de Honshu.

    Les troupes du shogun pour mieux résister se retranchent à Hakodate, sur l'île de Hokkaidō, et fondent le 25 décembre 1868, l’éphémère République d’Ezo dont Takeaki Enamoto est élu président.

    Brunet, conseiller militaire du ministère de la guerre, organise la défense et reprend l’instruction des soldats, jusqu’à la survenue de l’armée de l’empereur qui commence, le 30 juin, l’assaut de l’île par terre et par mer. Les quelque huit cents assiégés d’une infériorité irrémédiable doivent capituler. Brunet et les officiers français sont récupérés juste à temps par un aviso envoyé pour les soustraire aux représailles des vainqueurs (la torture est coutumière au Pays du soleil levant).

    Officiellement, la France félicite le Mikado d’avoir rétabli l’ordre dans le pays mais n’acceptera pas de rendre l’officier qui a aidé les rebelles, sous prétexte qu’il est aux mains d’une autorité militaire indépendante.

    Rentré à Paris, Brunet reçoit un blâme réglementaire pour ingérence dans les affaires politiques d’un pays étranger, et son ministère le retire des officiers d’active par « suspension d’emploi ». Napoléon III approuve cette sanction, le 15 octobre. La France laisse courir le bruit que Brunet, passé en conseil de guerre, a été révoqué. En réalité, Brunet n’a pas été formellement désapprouvé mais il est en quelque sorte condamné à la discrétion absolue.

    Ainsi, dès le 26 février 1870, soit cinq mois avant que le Japon s’estime officiellement satisfait de la punition, Brunet est le directeur adjoint de la manufacture d’armes de Châtellerault (département de la Vienne, région actuelle Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes) nomination qui n’a pas été insérée au Journal officiel. Dans le même temps il contracte un beau mariage qui lui apporte une dot de 100 000 francs et son ancien supérieur, le capitaine Chanoine, est son témoin. À aucun moment, son équipée japonaise ne lui sera reprochée.

     

    Pour en savoir plus >>>

     

     

    Voir aussi

     

    Thèmes approchants 

    Hagakure, ou comment supporter des temps misérables - Extraits :

    « Jōchō Yamamoto a "écrit" le traité Hagakure au début du siècle des Lumières, quand la crise européenne bat son plein. On passe en trente ans de Bossuet à Voltaire, comme a dit Paul Hazard, et cette descente cyclique est universelle, frappant France, Indes, catholicisme, Japon. [...] Le monde moderne va se mettre en place. Mais c’est ce japonais qui alors a le mieux, à ma connaissance, décrit cette chute qui allait nous mener où nous en sommes. On pourra lire mes pages sur les 47 rônins * (que bafoue Yamamoto !) dans un de mes livres sur le cinéma.

    * Un rōnin (浪人) était, dans le Japon médiéval, un samouraï sans maître (Wikipédia)

    Le Japon, comme dit notre génial Kojève, vit en effet une première Fin de l’Histoire avec cette introduction du shogunat et ce déclin des samouraïs, qui n’incarnèrent pas toujours une époque marrante comme on sait non plus. Voyez les films de Kobayashi, Kurosawa, Mizoguchi et surtout de mon préféré et oublié Iroshi Inagaki. [...]

    On est déjà dans la dévirilisation moderne. Pensez aux courtisans poudrés et étriqués de nos rois-sommeil. Hagakure :

    "C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est possible, de nos jours, d'exceller et d'accéder à une position importante avec un moindre effort. Les hommes deviennent lâches et faibles, la preuve en est que rares sont ceux qui ont, aujourd'hui, l'expérience d'avoir tranché la tête d'un criminel aux mains liées derrière le dos. Quand il leur est demandé d'être l'assistant de celui qui va se suicider rituellement, la plupart considèrent qu'il est plus habile de se défiler et invoquent des excuses plus ou moins valables. Il y a seulement quarante ou cinquante ans, on considérait la blessure dans un combat comme une marque de virilité. Une cuisse sans cicatrice était un signe tellement rédhibitoire de manque d'expérience que personne n'aurait osé la montrer telle quelle, préférant plutôt s'infliger une blessure volontaire." ° (1)

    [Le maître Jōchō Yamamoto, pessimiste] "J'ai l'impression que les jeunes Samouraïs d'aujourd'hui se sont fixés des objectifs pitoyablement bas. Ils ont le coup d'œil furtif des détrousseurs. La plupart ne cherchent que leur intérêt personnel ou à faire étalage de leur intelligence. Même ceux qui semblent avoir l'âme sereine ne montrent qu'une façade. Cette attitude ne saurait convenir. Un Samouraï ne l'est véritablement que dans la mesure où il n'a d'autre désir que de mourir rapidement - et de devenir un pur esprit - en offrant sa vie à son maître, dans la mesure où sa préoccupation constante est le bien-être de son Daimyō à qui il rend compte, sans cesse, de la façon dont il résout les problèmes pour consolider les structures du domaine. Ainsi Daimyo et serviteurs doivent-ils être semblablement déterminés. Il est donc indispensable de posséder une résolution si inébranlable que personne, ni même les Dieux et les Bouddhas, ne puissent vous faire dévier du but fixé." ° (2) »

    Nicolas Bonnal – Le paganisme au cinéma

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    Notes : ° Jean-Claude Vidal – Hagakure (pdf) - (1) p.8 - (2) p.7

    Voir aussi

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    Isoroku Yamamoto (1884-1943)

     

     

     

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