• ☯ Approfondir

    Page mise à jour mi-février 2019

    Ne pas glisser en surface

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    Le journaliste Nikos Aliagas, pour payer ses études de lettres modernes à La Sorbonne et sa chambre de bonne, trouve un job à Radio France internationale (1988) où il "découpe les dépêches la nuit", comme cela se faisait à cette époque pré-informatique. Ce travail, qui consistait à classer les dépêches (articles ou informations transmis par une agence de presse) par thème dès qu'elles arrivaient, était en fait le plus bas dans l'échelle des activités "journalistiques".

     

    Ci-contre Nikos Aliagas aux Music Awards en 2012

    Mais Nikos s'en donnait apparemment à cœur joie, car comme il l'explique à Sébastien Folin dans l'émission Clair Obscur (19 juin 2018), il a toujours été un "bourreau de travail" qui se lève tôt, ce qui lui permet d'établir l'emploi du temps de sa journée pour la remplir au mieux (de bonnes choses !). Et d'ajouter, je le cite de mémoire :

    pour maîtriser un art, un métier, quel qu'il soit, il faut toujours commence par le début, par toutes ces petites tâches en apparence insignifiantes mais qui sont à la base de l'activité, le fondement de la maîtrise future. Si on ne maîtrise pas ces choses-là, alors on ne possède cet art, ce métier, qu'en surface et il est fort à parier que l'on se fourvoiera un jour ou l'autre. Il faut une bonne dose d'humilité, mais c'est comme cela qu'on progresse et surtout qu'on finit pas exceller. Connaître son sujet dans ses moindres recoins...

    Pour la dernière émission de cette saison, Sébastien Folin reçoit l'animateur et journaliste Nikos Aliagas au Studio Harcourt, à Paris, pour découvrir sa passion pour la photographie. Nikos se définit comme un « homme de regards » : celui que des millions de téléspectateurs portent sur lui depuis de nombreuses années à travers le petit écran et le sien, derrière son appareil photo. Retour sur sa carrière, sa famille et sa passion pour cet art qu'il partage avec humilité. (FranceTV Pro [archive])

     

    L'approche bouddhiste

    L'esprit d'éveil d'aspiration

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      La citation suivante, du Lama Guendune Rinpoché, un peu longue (mais on hésite toujours à isoler l'idée qui nous occupe dans l'instant tant le reste est intéressant !) pourrait s'appliquer à toute autre attitude, dans le monde du travail par exemple : je parle ici du goût du travail bien fait, le sérieux de l'apprentissage.

     

    « Notre approche du Dharma sera faussée à la base si l'on n'a pas réalisé vraiment ce qu'est le refuge, si l'on ne s'est pas tourné dans cette direction de la confiance totale, de l'abandon de l'égoïsme, si l'on n'a pas atteint la bonté fondamentale qui fait que l'on se tourne entièrement, complètement vers les autres pour les aider, et si cette bonté ne motive pas notre action et notre pratique.

    Parce que l'on est souvent négligent, l'aspect du refuge et des préliminaires nous semble peu important et l'on passe donc très rapidement dessus, sans vraiment approfondir, sans vraiment comprendre les choses. On se retrouve alors dans une sorte d'activité-dharma : étude, réflexion, fréquentation des centres, pratiques, méditation, etc. mais, en fait, le fond des choses nous échappe complètement, nous sommes sur la surface et nous glissons, en utilisant les moyens du Dharma, sur de vieilles traces, de vieux rails qui sont les rails habituels d'intérêts égoïstes.

    On se trompe, et il faut espérer qu'à un moment ou à un autre on va prendre conscience de cette erreur, on va finalement opérer la transformation nécessaire ; mais cette erreur peut durer très longtemps avant que l'on s'en rende compte. On peut avoir le sentiment d'être quelqu'un de généreux, d'intéressé principalement par les autres, on peut ainsi se donner l'illusion à soi-même et même aux autres d'être généreux et ceci peut durer très longtemps sans qu'on en prenne jamais conscience.

    Notre activité a alors une similitude avec l'activité profane, celle que l'on pourrait avoir dans le monde, comme une activité professionnelle ou sociale dans laquelle finalement on se justifie par de belles intentions en disant "Je travaille et, si je suis connu, je pourrai faire connaître le Dharma à plein de gens", ou "Si je suis riche, je pourrai être généreux", bref, si "je" suis ceci, si "j"ai une grande réputation, si "je" suis socialement bien établi, "je" pourrai faire profiter les autres de ceci et de cela.

    Mais la vérité profonde derrière cela est mon désir d'être bien établi socialement, d'avoir du succès, d'être riche, de gagner. Et l'intention altruiste n'est qu'un vernis, une excuse, une bonne conscience à bon marché pour nous permettre de développer tranquillement la recherche de notre intérêt égocentrique et rien de plus. La preuve en est que, si l'on ne réussit pas dans cette recherche de gloire, de renommée, de succès, l'on est abattu. On n'a pas réussi à obtenir ce que l'on voulait pour soi. C'est bien le signe qu'à la base ce n'était pas l'intérêt des autres qui était recherché, celui-ci n'était qu'une excuse, qu'un prétexte, et c'était bien notre intérêt personnel qui était en jeu.

    Le même processus se continue mais avec la couleur, le vernis du Dharma : on peut tout à fait entrer dans les mêmes structures, avoir les mêmes tendances et glisser sur le Dharma sans jamais l'approcher vraiment.

    Il faut donc vraiment se remettre en question, se demander quelle est notre motivation profonde et regarder dans tous les moments d'étude, de réflexion et de méditation ce qui nous motive. »

    Roger Ricciuti - Lama Guendune Rinpoché

     

     

     

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