• Christophe, nostalgie et... gentiane

     

    La gentiane

    Gentiana lutea

    « Un jour, j'ose demander à mon grand-oncle de me faire goûter la gentiane.
    "Mais oui, vas-y petit, ça va te faire devenir un homme plus vite".
    Je ne sais pas ce que ça m'a fait devenir, certainement pas un homme, et je suis reparti en courant vers cette boisson 100% naturelle qu'était l'Orangina (c'est pas juste un jus d'orange avec des bulles ? un peu de sucre rajouté vous dites ?).
    C'était ma première rencontre avec l'amertume de la gentiane.

    Nostalgie, gentiane et Christophe

    Jamais je n'aurais pu m'imaginer que quasiment 40 ans plus tard, je vous en parlerais avec passion, et non avec dégoût ! »

    Christophe d'AltheaProvence

    Christophe et nostalgie

    Je me considère chanceux. J'ai eu une enfance heureuse.
    Simple et heureuse. J'ai été aimé et je n'ai manqué de rien.
    Que demander de plus ?

    Mes meilleurs souvenirs prennent racine dans un petit village de Haute Provence.
    Ce village s'appelle Reillanne. Si vous passez un jour dans le coin, arrêtez-vous un moment.
    Allez vous désaltérer à la grande fontaine devant l'église (j'espère que l'eau y est toujours potable).
    Puis montez vers le petit clocher en haut du village. Au printemps, vous y trouverez de nombreuses plantes médicinales.

    La famille de ma grand-mère habitait Reillanne.
    Tous les samedis, après l'école, on partait pour ce petit pèlerinage d'un jour et demi.
    Ma grand-tante avait tenu l'épicerie du village plus jeune, alors vous pensez qu'elle était connue !
    À 80 ans passés et des problèmes de hanche, elle me faisait penser à Monsieur Culbuto dans les livres Oui-Oui.
    (bon, si tout ça ne vous dit rien, que voulez-vous, fallait pas naître après les années 80 ;-)

    On dormait chez elle, dans une petite maison de village remplie de coins et recoins, d'endroits cachés et de trésors.
    Elle avait en particulier un débarras (caverne d'Ali Baba pour moi) dans lequel elle stockait tout ce qu'elle n'avait pas jeté de son épicerie (parfums, bibelots, boîtes en tout genre).

    La vie de village, c'est quelque chose d'indescriptible. Les sons, les odeurs, le rythme... tout est différent.
    Le matin, on se levait tôt. Mon grand-père ne restait pas longtemps enfermé.
    Il était debout à 4h et attendait le lever du soleil. L'été, vers les 6h, on était souvent parti.

    En fonction de la saison, on allait voir s'il n'y avait pas deux ou trois champignons qui étaient sortis après la pluie.
    Ou on allait ramasser du lichen pour faire la crèche provençale (personne n'était croyant chez moi mais peu importe, il fallait faire la crèche !)
    On allait ramasser du thym, on allait voir la lavande en fleur. On ramassait les fleurs des tilleuls pour la tisane.
    On allait ramasser des châtaignes pour faire griller le soir.

    Je me souviens des 14 juillet, assis sur le perron de la vieille église, face au clocher perché tout en haut du village.
    On y tirait le feu d'artifice. Du moins quelques gros pétards de couleur, mais pour le gamin de 10 ans que j'étais, c'était mieux que celui tiré de la tour Eiffel.

    Les journées du samedi et dimanche étaient orchestrées autour des parties de pétanque.
    Ça, c'était sacré. Il y avait une partie vers 11h du matin, et une autre en fin d'après-midi.
    Ensuite, vous devinez vers quel édifice les hommes se dirigeaient, le pôle magnétique du village...
    Église ? Non. Maison pour aider à préparer le repas ? Non plus.
    Le bistrot bien sûr, pour le sacro-saint rendez-vous de l'apéro.

    Moi, j'étais le plus heureux. J'avais 3 choses primordiales pour ma survie :
    1. Ma bouteille d'Orangina (bien fraîche, siouplait)
    2. Un bol de cacahuètes gracieusement offert par le patron du bistrot (provenance : inconnue - date de péremption : inconnue - analyse bactériologique : riche)
    3. Un jeu d'arcade nouvellement livré, en l’occurrence Pac-Man, grande sensation de l'époque.

    Mon grand-père était assis avec ses copains, à parler fort des exploits de chasse, souvent imaginaires je pense.
    On parlait de lièvres aussi gros qu'un chien, parfois aussi gros qu'un sanglier (c'est le sud).
    Parfois on entendait "vu ce que tu avais bu hier soir, c'était probablement un sanglier, pas un lièvre".

    Dans le bar régnait une brume londonienne. La brume, c'était la fumée des pipes et des cigarettes.
    Mon grand-père fumait des "gitanes papier maïs". En gros, un morceau de goudron enveloppé dans du papier jaune.
    Et il buvait du pastis, et attention, pas n'importe lequel, du Casanis s'il vous plaît, il insistait sur ce point.

    Mes autres oncles buvaient un autre type de boisson.
    Entre deux fantômes engloutis (je parle de Pac-Man), j'entendais souvent :

    "Dédé, tu nous remets une gentiane ?"

    Un jour, j'ose demander à mon grand-oncle de me faire goûter la gentiane.
    "Mais oui, vas-y petit, ça va te faire devenir un homme plus vite".
    Je ne sais pas ce que ça m'a fait devenir, certainement pas un homme, et je suis reparti en courant vers cette boisson 100% naturelle qu'était l'Orangina (c'est pas juste un jus d'orange avec des bulles ? un peu de sucre rajouté vous dites ?).

    C'était ma première rencontre avec l'amertume de la gentiane.
    Jamais je n'aurais pu m'imaginer que quasiment 40 ans plus tard, je vous en parlerais avec passion, et non avec dégoût !

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    PS : À propos de mon enfance...

    Certes, j'ai respiré de la fumée de cigarette à pleins poumons. J'ai bu du Fanta et mangé des Tic-tacs et autres saletés.
    J'ai mangé des légumes de supermarché et j'ai été soigné aux antibiotiques.
    Mais j'ai été aimé. Quel cadeau !

    Christophe et gentiane

    Maintenant que j'ai fini avec radio nostalgie

    ... je peux vous donner une version beaucoup plus moderne de cette plante qui est aujourd'hui rangée dans le mauvais placard.
    Si elle cohabite avec le rhum et la vodka, déplacez-la au bon endroit : dans votre pharmacie naturelle.

    C'est ma vidéo de la semaine > La gentiane : digestion, immunité, ancrage 

    [archive sans la vidéo]

    [https://www.youtube.com/watch?v=baOvGX9rAX8]

     

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    Christophe d'AltheaProvence - Lettre du 10 mai 2019

     

     

     

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