2-Vératre blanc Veratrum album
Page créée mi-août 2022
Vératre blanc
Veratrum album
Le vivace vératre blanc est une plante sauvage fréquente, de la famille des Melanthiaceae *, s’épanouissant sur les prairies et pâtures humides, les clairières et gazons alpins situés entre 800 et 2700 m d’altitude, sur une vaste aire de répartition, de l’Europe occidentale à l’Asie septentrionale et à l’est, en direction du Caucase, entre mer Noire et mer Caspienne, de la péninsule du Kamtchatka – péninsule volcanique en Extrême-Orient russe (Sibérie) qui s'avance dans l'océan Pacifique – et du Japon.
Vératre blanc dans son habitat, les prairies d'altitude, ici le Massif de la Chartreuse
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* Note de Wikipédia. En classification classique de Cronquist (1981) la famille n'existe pas et ces plantes sont incluses dans les Liliaceae. Cette famille a été créée en classification phylogénétique APG II (2003). Certains auteurs y regroupent également les genres placés dans la famille des Narthéciacées.
"Vératre" vient du latin veratrum, "ellébore".
Le genre Veratrum compte une quarantaine d'espèces de plantes vivaces.
Synonymes
Nom d'espèce : Vératre blanc Veratrum album (L.) <=> Veratrum lobelianum
On trouve aussi : Melanthium album (L.) 1797 Veratrum viride Röhl. 1813 (e-Flore)
Noms vernaculaires : hellébore blanc ou faux-hellébore1 ou encore fausse gentiane2, ellébore blanc, ellébore officinal, verêtre, véraire, varaire, vareivre, vraive, varasco ou vérine. Dans le Massif central, on emploie souvent pour le désigner le mot occitan baraïre. Non seulement le vératre est purgatif, mais est également un remède contre la folie (ce que, étymologiquement, signifierait le mot "hellébore" issu d’un probable helibar sémitique). C’est pourquoi, tout comme l’hellébore noir, le vératre répond au surnom d’herbe-aux-fous, attribution qu’il conservera pendant des siècles.3
1. ... par opposition à l'hellébore noir (en raison de la teinte de sa racine), la Rose de Noël (Helleborus niger L., 1753), une espèce de plante acaulescente (à tige très courte) de la famille des Ranunculaceae. Elle est vivace, rhizomateuse, à longue floraison hivernale, d'où son nom de rose de Noël (Wikipédia).
Rose de Noël, Hellébore noir (Helleborus niger L., 1753)
Voir plus bas Histoire de noms
Voir aussi :
Vératre noir Veratrum nigrum (Au-jardin) [archive]
Veratrum nigrum - Vératre noir (Promesse de Fleurs) [archive]
2. Voir plus bas "Une certaine ressemblance"
3. Voir plus bas "Histoire de noms"
Description du vératre blanc
Le Vératre blanc est une vigoureuse plante rhizomateuse, pubescente, au port érigé et au feuillage caduc. D'une croissance rapide, il égale souvent ou dépasse le mètre de haut (jusqu'à 1,50 m).
Le vératre enfonce une racine fusiforme, assez épaisse, charnue, d’odeur forte et désagréable, radiculée et touffue, faisant songer à un pied de poireau dans l’allure.
Sur ses tiges robustes, dressées, arrondies, feuillées, des feuilles alternes, larges, ovales ou oblongues-lancéolées, épaisses, fortement nervées et plissées, pubescentes en dessous, embrassantes - bractées velues, herbacées, ovales-lancéolées, dépassant souvent les fleurs.
Une certaine ressemblance
Une confusion est possible avec la Gentiane jaune * (Gentiana lutea) mais les feuilles de cette dernière sont opposées, sa racine à la cassure est... jaune, alors que celle du vératre blanc est... blanche.
* Voir aussi Gentiane, Christophe et... nostalgie
N’atteignant sa maturité sexuelle qu’au bout d’une dizaine d’années, on voit le vératre prospérer en colonies étendues de pieds non fleuris qui renforcent la ressemblance avec la gentiane jaune voisine. Pour distinguer les deux espèces, rien de plus simple. L’examen des feuilles y suffit largement, même en l’absence de fleurs de part et d’autre. Deux critères essentiels sont à retenir : les feuilles de gentiane sont glabres, celles de vératre légèrement velues sur le revers ; les feuilles de gentiane sont opposées, celles de vératre alternes, s’enchâssant sur la tige en dessinant une spirale. De plus, les feuilles basales du vératre, larges et ovales, plissées de nervures bien parallèles, engainent une tige simple, ronde et creuse, non ramifiée.
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Une fois que le vératre blanc vient à fleurir, en été (juillet-août), la tige pousse tant et si bien qu’elle peut atteindre 1,50 m de hauteur. L’on voit alors, sur cet étage supérieur, des feuilles plus courtaudes et étroites, que surmonte le dense épi floral du vératre, longue grappe sommitale ramifiée dans sa moitié inférieure. Celle-ci est constituée d’une multitude de petites fleurs (1-2 cm de diamètre) à six tépales en étoile, blanc verdâtre ou jaunâtres, réunies en fins épis. Ces fleurs se divisent en deux catégories : les plus élevées sont de nature mâle, celles du dessous hermaphrodites. |
La fructification donne des capsules à trois loges contenant des graines nombreuses, oblongues, blanchâtres, assez semblables à des grains de blé et équipées, en bordure, d’un feuillet membraneux assurant la fonction d’ailette.
Statuts de protection, menaces
En Europe et en France, l'espèce est classée comme non préoccupante1. Elle est toutefois considérée en danger2 en Lorraine et en Alsace.
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1. Voir Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) (MNHN & OFB [Éd] 2003-présent)
2. Voir Liste rouge de l'UICN (Wikipédia)
Toxicité du vératre blanc
Le vératre blanc est toxique par ingestion. Le bétail ne le consomme pas.
Toutes les parties de la plante sont toxiques et sont nocives pour l'homme comme pour les animaux d'élevage. C'est en particulier le cas pour la racine. La plante contient en effet plusieurs alcaloïdes comme la protoveratrine A (proA), la protoveratrine B (proB), la veratrine, la cevadine et la jervine. Ces trois molécules constituent en cas d'ingestion un cocktail toxique entraînant des vomissements puis une sévère bradycardie1 (rythme cardiaque habituellement inférieur à la normale ≠ tachycardie) et une hypotension. Une dose de 20 mg ingérée, soit 1 à 2 g de racine séchée peut être mortelle2.
L'intoxication se soigne par injection d'atropine, qui aide le cœur à retrouver un rythme normal.
Voir plus bas "Vératre blanc en phytothérapie"
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1. Chez un sportif entraîné en endurance, la fréquence cardiaque peut être proche de 30 battements par minute sans que cela soit anormal (bradycardie physiologique). En pathologie, la bradycardie peut être révélatrice d'un trouble de la conduction cardiaque, plus rarement d'un trouble du rythme cardiaque (ou arythmie)
2. Vératre blanc [archive] Toxiplante
Utilisations thérapeutiques du vératre blanc
Le vératre est cité (sans distinction d'espèce)1 comme insecticide externe pour le bétail : "Laver un veau ou tout autre animal avec une décoction de racine de vératre pour tuer la vermine". En décoction/usage externe, le vératre blanc servait autrefois en France à tuer les "poux des veaux"2.
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1. dans le Dictionnaire patois-français du département de l'Aveyron
2. Françoise Nicollier et Grégoire Nicollier "Les plantes dans la vie quotidienne à Bagnes : noms patois et utilisations domestiques" Bulletin de la Murithienne no 102, 1984, pp 129-158 (ISSN 0374-6402, OCLC 716291575) lire en ligne (PDF) [archive]
Vératre blanc en phytothérapie
L’odeur nauséabonde du rhizome du vératre est un premier signe, qui s’accompagne d’un second : il s’avère âcre, amer, corrosif, après avoir fait place à une douceur initiale mais traîtresse, lorsqu’on le mâche, aussi bien à l’état frais que sec.
Cela est à mettre sur le compte d’une substance alcaline, complexe d’alcaloïdes stéroïdiques, la vératrine, plus exactement composée de jervine et de pseudo-jervine, de proto-vératrine, de vératroïdine et de vératralbine.
La vératrine est une substance blanche qui, bien qu’inodore, provoque de violents éternuements. Sa saveur, très âcre, produit quantité de salive. "La vératrine, en irritant le tube intestinal, y détermine des contractions et en augmente les sécrétions ; elle a la propriété de ralentir la circulation ; elle excite le système nerveux de la vie animal et le système musculaire" (François-Joseph Cazin Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes p.383) et participe pour beaucoup au profil thérapeutique du vératre, qui peut également compter sur un glucoside amer, la vératramarine, de l’acide chélidonique, de l’acide gallique, le tout mêlé à des hydrates de carbone (amidon) et à des matières grasses (élaïne, stéatine)
Voir plus haut "Toxicité du vératre blanc"
Propriétés
- Purgatif drastique violent, éméto-cathartique, vermifuge
- Analgésique, anesthésique local, anti-goutteux
- Antispasmodique, sédatif cardiaque (ralentit les battements du cœur et augmente la pression sanguine)
- Emménagogue
- Fébrifuge puissant (capable de retrancher 3 à 5° C à la température corporelle !)
- Sternutatoire, sialagogue (accroît la sécrétion de la salive)
- Modificateur du tonus musculaire et des nerfs périphériques
- Vésicant, rubéfiant
- Antiparasitaire, pédiculicide (anti poux)
- Son rhizome est utilisé pour traiter certaines maladies de peau.
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Purgation
Sans en référer immédiatement à l’absence ou à la présence de telles ou telles bactéries qui peuplent ce que l’on appelle la flore intestinale, qu’en est-il seulement de la purgation aujourd’hui en France ? Sans en arriver jusqu’au vératre et à toutes ces drogues éméto-cathartiques de l’ancienne pharmacopée justes bonnes à donner des frissons, combien sommes-nous à nous purger régulièrement ? Après avoir constitué, avec la saignée, les deux mamelles de la médecine durant plusieurs siècles, la purgation n’est plus vraiment d’actualité. On en parle encore un peu dans certains milieux, mais cela demeure extrêmement périphérique. Sans doute que notre rapport actuel aux fluides corporels y est pour quelque chose…
Veratrum album en homéopathie
Face à une plante comme le vératre blanc, si la prudence s’impose, en extraire la substantifique moelle puis l’utiliser, mérite mieux que le bannissement pur et simple.
Sa teinture * homéopathique établie à partir du rhizome sec, Veratrum albm est un puissant antagoniste du choléra (de cette affection, il supprime les vomissements, la diarrhée cholérique et les crampes concomitantes) et d’un grand nombre de maladies infectieuses.
Le vératre homéopathique intervient en cas
- d’affections digestives (colique hépatique, gastrite, entérite, vomissement, diarrhée pseudo-cholérique…)
- d’affections des voies respiratoires (bronchite, asthme)
- de perturbations cardiovasculaires (faiblesse cardiaque, malaise vagal)
- de maladies mentales et nerveuses
- de troubles locomoteurs (spasmes, névralgie, faiblesse musculaire)
- et toutes les fois où à des séquelles de frayeur et de colère s’associe un sentiment de froid localisé ou généralisé.
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* Teinture-mère alcoolique : 1 partie de racine sèche de vératre blanc pour 5 d’eau-de-vie en macération pendant une semaine.
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Documentation
Sources
principale [Books] of Dante
autres
Jardin Secrets (+ culture et entretien)
Voir aussi
Hellébore fétide Helleborus foetidus dans Plantes qui puent
Histoire survolée du Vératre
En remontant aux anciens temps mythologiques l’on rencontre pour la première fois celui qu’il est admis d’appeler vératre. Un berger du nom de Mélampe (ou Mélampous) remarqua un jour que les chèvres dont il avait la garde se purgeaient en mangeant du vératre. Pendant ce temps, non loin de là, les arrogantes filles du roi d’Argos, Prœtos, enviant la déesse Héra, cherchaient à devenir plus belles qu’elle. Mal leur en prit de cette folle prétention, car soudainement elles furent métamorphosées en vaches (ou se crurent telles). En leur faisant boire du lait de ses chèvres qui avaient brouté de cette plante, Mélampous les délivra de ce triste sort – ici la mania. Dès lors, cette plante prit le nom de melampodium, Mélampe en étant le "découvreur" (si pour Pline et Dioscoride, Mélampe est bien le berger dont on parle, Théophraste explique ce personnage, dont le nom signifie "homme aux pieds noirs" - ou aux racines noires, tout à fait dans les cordes des hellébores noir et blanc - par ce devin originaire de Thessalie – terre de sorcières – réputé pour ses connaissances des simples et des remèdes thérapeutiques de son époque)
Contrairement à l’hellébore noir qui purge vers le bas, le vératre purge vers le haut (pense-t-on), c’est pourquoi on le qualifie de vomitif drastique. Pourtant, celui que Dioscoride appelait helleboros leukos et qu’il conseillait de récolter à l’époque des moissons, fit montre d’un réel pouvoir évacuant des matières gastro-intestinales, propriété connue depuis au moins le temps d’Hippocrate. Il était si purgatif à vrai dire, qu’il s’avérait aussi abortif ! Or, qui libère, joue aussi une fonction purificatrice (catharsis) : la semence d’Hélios (selon un ancien nom magique grec) ne servait-elle pas à purifier aussi les maisons et les troupeaux ?
Déjà remarquée par Théophraste, la toxicité du vératre semble bien établie. Par exemple, le décès d’Alexandre le Grand à Babylone peut plausiblement être placé au compte d’une intoxication (accidentelle ou criminelle ?) au vératre, quel qu’il soit. Dioscoride le conseillait comme emménagogue et sternutatoire (avec le vératre on a fabriqué une poudre à éternuer dont la carrière a été interdite en France en 1982 après avoir causé divers incidents). Quelques siècles plus tard, on recommandait encore le vératre comme vomitif et comme remède face à la mélancolie (Albert le Grand) et à la démence vésanique.
Purger le ventre équivaudrait à purger la tête
User du vératre, purgatif drastique violent, pour corriger tout à la fois les maladies qu’on dit aujourd’hui psychiatriques (manie, mélancolie, hypocondrie, folie, etc.), tout en décapant – il faut bien le dire, dès que l’occasion se fait sentir – cette pituite ou cette saburre *, autrement dit l’ensemble de ces dépôts, finalement étrangers, qui résident en certains lieux du corps, alors qu’ils n’ont plus rien à y faire, est-il bien raisonnable ? D’après Roques, au sujet de la folie, "l’observation nous apprend que la cause de cette affection grave réside très souvent dans les viscères du bas-ventre" (Joseph Roques, Phytographie médicale, Tome 1, p.111)
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* Saburre. Matières résiduelles muqueuses et jaunâtres, que l'on supposait accumulées dans l'estomac à la suite de mauvaises digestions, et déposées sur la langue.
En 1819, deux chimistes français, Joseph Pelletier (1788-1842) et Joseph Bienaimé Caventou (1795-1877), eurent beau isoler le complexe alcaloïdique le plus toxique contenu par la racine du vératre, la proto-vératrine, on assista, dès l’abord du XIXe siècle, au tout début de la décadence de la carrière médicale du vératre. Cependant, grâce à l’étude de cette substance, l’on parvint à modifier le regard que l’on portait autrefois sur les pouvoirs thérapeutiques du vératre, du moins les ramena-t-on à de plus justes proportions.
En 1881, afin de damer le pion une bonne fois pour toute à la confusion qui persistait entre hellébore noir et vératre, le docteur Georges Pécholier (1830-1890) démontra scientifiquement que les effets des deux plantes sont très différents. Eh bien, rien n’y fit, semble-t-il, si l’on en juge par la façon dont est désignée la plante par Henri Leclerc dans le Précis de phytothérapie, chose qu’à l’évidence, Paul-Victor Fournier regretta assez pour signaler que "la même confusion […] a survécu et se retrouve jusqu’à nos jours chez les meilleurs auteurs" (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p.953). L’histoire ne dit pas comment Leclerc, qui a préfacé l’ouvrage de Fournier en 1947, a pris cette remontrance légère ^.^ Malgré tout, le docteur Leclerc, fort avisé, aura largement permis de rendre compte du profil thérapeutique du vératre, ce qui n’eut guère de conséquences si l’on en juge par la postérité silencieuse qui fit suite à ces travaux.
Histoire de noms
Afin de faire écho aux mandragores "blanches et noires" tel qu’on les opposait durant l’Antiquité gréco-romaine, signalons qu’on distinguait aussi deux ellébores (ou hellébores ; on retiendra cette dernière graphie), un blanc et, bien sûr, un noir. Si les deux mandragores sus-citées sont bel et bien deux Solanacées, force est de constater que ce que nous appelons en français moderne hellébore blanc et hellébore noir, relèvent chacun d’une famille botanique distincte. Effectivement, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’un de ces hellébores, c’est-à-dire pas moins que la rose de Noël (cette plante est plus connue sous cette dernière appellation), dit noir en raison de la teinte de sa racine, n’entre pas dans la même catégorie : cette plante appartient à la famille des Renonculacées, tandis que l’hellébore blanc a été classé parmi les Liliacées. Cependant, "la plante connue des Anciens sous le nom d’Elléborus leukos, ‘Ellébore blanc’, était-elle le vératre ?", questionne Fournier1, interrogation que l’on peut également mettre à notre compte. Quant à l’hellébore noir, se peut-il qu’il ait pu être tout bonnement le vératre noir, cousin du blanc, très ressemblant hormis la couleur brun rougeâtre violacé de ses fleurs ? Quid du distinguo entre cette dernière espèce et la rose de Noël dans les anciens textes ? Je soulève cette hypothèse, car une confusion se propagea même jusqu’à l’hellébore fétide, plus vert que blanc, sans oublier l’hellébore oriental (ou rose de carême, Helleborus orientale) qui aurait très bien pu jouer le rôle d’hellébore noir antique. Tous ces embrouillaminis prouvent "que l’on n’a point assez senti combien il était important de conserver à chaque plante le nom qui lui appartient"2. Mais le vératre, comme toute autre plante, n’échappe pas à la règle de la vernacularisation qui, si elle peut être une entrave bien compréhensible dans certains cas, est aussi une richesse à ne pas négliger. Il faudrait être naïf (et idéaliste !) pour imaginer voir les plantes être désignées nommément une fois pour toutes, avec inscription dans le marbre incluse ! Nous autres avons, en effet, la chance que Linné soit venu mettre de l’ordre dans ce qui, à l’époque, pouvait très probablement être perçu comme une véritable capharnaüm. Mais vous imaginez-vous être à la place de ceux qui le précédèrent ? Linné a unifié tout cela, de même que le système des poids et mesures institué à la Révolution française a promu et assuré la concorde entre les différentes régions de France. Il résulte donc d’un certain nombre de décisions successives que si nos deux plantes portent toutes les deux ce nom d’hellébore, c’est non en raison de caractéristiques botaniques, mais parce que les Anciens ont discerné chez l’un et chez l’autre des points communs qui ne relèvent pas du tout de l’aspect extérieur.
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Notes de [Books] of Dante
- Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p.953.
- Pierre Bulliard, Histoire des plantes vénéneuses et suspectes de la France, p.160.

