BARRET Jeanne 1740-1807 botaniste française
Jeanne Barret
27 juillet 1740 - 05 août 1807
Jeanne Barret, une botaniste et exploratrice française du XVIIIᵉ siècle, désormais reconnue non seulement comme la première femme à avoir accompli le tour du monde, mais également comme une pionnière de la science et de l’aventure humaines.
Jeanne Barret1 naît le 27 juillet 1740 dans le petit village de La Comelle, près de la ville d’Autun, au sein d’une famille paysanne modeste de Bourgogne. De sa jeunesse, on sait qu’elle vécut humblement à la ferme, où elle aidait son père qui décéda en 1762. Jeanne avait 22 ans et pas d’argent. Elle présentait bien, était douce et volontaire.
Mais en cette année 1762, elle fait une rencontre qui change à jamais son destin lorsqu’elle est engagée par Philibert Commerson, un médecin naturaliste veuf de 35 ans, comme assistante et gouvernante de son fils Archambaud.
Le docteur n’est pas encore célèbre et se pique de botanique, sa passion. Jeanne l’aide dans son travail quotidien et acquiert à son contact de solides connaissances en botanique. Elle se montre intéressée, passionnée même, et prépare les herbiers de celui qui devient vite plus que son employeur…
L’introduction du mot "botanique" en français est attribué par Buffon à l’explorateur et naturaliste Philibert Commerson, qui accompagna Bougainville lors de son tour du monde, collectant un grand nombre d’espèces animales et végétales, notamment en Amérique du Sud en 1767-1768.
En 2011, 42 genres nommés par Commerson sont valides et plus de 100 espèces végétales portent son nom*. Mais il n'a en fait rien publié lui-même, étant mort prématurément, à 45 ans en 1773. Il avait confié ses herbiers avec des annotations à Antoine-Laurent de Jussieu et Lamarck. C'est pourquoi son nom apparaît sous une forme comme Comm. ex Juss., par exemple Bougainvillea Comm. ex Juss. 1789.
* Christine Dabonneville "Philibert Commerson et Jeanne Barret, un couple de botanistes hors du commun" [archive] [PDF] (pp 12-18) La Garance voyageuse, Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), no94
Entre les deux jeunes adultes, le courant passe. Leur proximité quotidienne a fini par transformer leur relation professionnelle en une relation plus intime. La nature étant ce qu’elle est, Jeanne finit par tomber enceinte mais, malheureusement, perd son enfant lors de son déménagement à Paris, où elle suit Commerson. Dans la capitale, ce dernier fréquente les salons, où domine la philosophie des Lumières, et les cercles scientifiques où l’on débat et s’émerveille devant les richesses d’un monde encore largement inconnu. Dans ce contexte, une grande expédition maritime destinée à faire le tour du globe est en préparation. Bougainville, commandant de cette aventure, recherche des astronomes, des naturalistes, des cartographes et des dessinateurs capables de répertorier et révéler les mystères situés au-delà des océans2.
À croire que le couple Jeanne-Philibert est efficace, car ce dernier, botaniste de qualité, est remarqué par Louis XV et nommé à sa cour. En 1764, les amants s’installent à Paris, Commerson étant pressenti pour participer à la grande expédition d’exploration de la mer australe2a au service de Monsieur de Bougainville, dont il sera le médecin et botaniste. Philibert ne souhaite pas manquer une telle occasion, et Jeanne encore moins !
À cette époque, on était sûr de partir, mais on rentrait moins sûrement... Commerson rédige donc son testament et y indique qu’il est chargé
“des observations sur les trois règnes de la nature dans tous les pays où les officiers me conduiront ; ainsi Dieu me soit en aide…”.
Les femmes interdites à bord
Cependant, depuis le 15 avril 1689, un décret royal interdit formellement aux femmes d’embarquer sur les navires de la Marine royale. Tout le monde le savait, y compris Commerson. Un manquement et ce serait une cour martiale et des années de prison. La présence d’une femme est non seulement interdite, mais aussi perçue comme une menace pour l’ordre et la discipline à bord. Elle peut réveiller les instincts primaires de marins privés de toute compagnie charnelle pendant des mois. Cette tension peut ainsi engendrer des désordres et des querelles entre les hommes, nourris par la jalousie envers celui qui aurait eu la chance de partager quelques instants avec l’unique Vénus à bord, devenue malgré elle le trésor le plus convoité des océans. De ces craintes naît la croyance selon laquelle une femme embarquée à bord d'un navire porterait malheur aux matelots3, superstition largement répandue dans le monde maritime du XVIIIᵉ siècle.
Le travestissement, nécessaire à la survie
Malgré cet interdit absolu, le botaniste amoureux ne veut pas renoncer à sa belle. Pour participer à l’expédition, lui et Jeanne Barret décident qu'elle se ferait passer pour un homme. Elle coupe ses longs cheveux, bande sa poitrine, revêt de larges vêtements masculins capables de dissimuler ses formes et prend le nom de “Jean Baré”. Ce déguisement est une nécessité vitale et pratique dans un environnement marin strictement masculin. Elle se fera passer pour le valet et l'assistant de Commerson, portant ses bagages. Elle embarque à bord de L’Étoile, l’un des deux navires de Bougainville, le 1er février 1767 à Rochefort.
Malgré ce risque durant cette circumnavigation, Jeanne Barret accomplira un travail considérable. Aux côtés de Commerson, elle découvre, collecte, classe et conserve des milliers de spécimens végétaux, dont le célèbre bougainvillier, nommé en l’honneur du commandant de l’expédition. Jeanne découvre également des territoires où très peu, voire aucun regard féminin européen, ne s’était encore posé, comme Montevideo, le redoutable détroit de Magellan4 ou encore Tahiti.
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Bougainville et ses compagnons sur un îlot dans le détroit de Magellan.
Voyage de Bougainville image anglaise de 1780.
Ça commence mal !
À bord, Commerson a le mal de mer, il est malade deux semaines, alité. Il avait pu obtenir du capitaine La Giraudais de partager sa cabine avec son fidèle “valet” pour qu'il puisse lui porter secours "de jour comme de nuit". Jeanne et lui disposent d’une cabine minuscule, surchargée de boîtes, de cages, de bagages prévus pour accueillir les collections du botaniste. Le “valet” joue à l’homme, multiplie les efforts physiques, parle aussi mal que les autres marins et soigne son maître, mais malgré cette comédie, le doute s’installe très vite dans l’équipage.
Le chirurgien du bord, François Vivès, jaloux du statut “royal” de Commerson*, ni sourd aux rumeurs, ni aveugle, note que les attentions prodiguées au botaniste ("Jean" est en effet aux petits soins pour son "amant") ne portent pas la signature d’un garçon :
“Tout annonçait en lui une femme : une petite taille, courte et grosse, de larges fesses, une poitrine élevée, une petite tête ronde, un visage garni de rousseur, une voix tendre et claire, une adroite dextérité et délicatesse… faisaient le portait d’une fille assez laide et assez mal faite.”
* Vivès est celui qui a le plus à dire à propos de Barret, mais ses mémoires sont problématiques parce que lui et Commerson furent en mauvais termes tout au long du voyage, et son compte rendu – largement écrit ou révisé après les faits – est plein d’insinuations et de commentaires méchants dirigés contre Commerson et Barret.
Et au fil du voyage, les regards des marins s’attardent sur le corps de Jeanne. Malgré son subterfuge, certains doutent que ce “Jean Baré” soit réellement un homme. Pour donner le change, Jeanne ne se ménage pas.
Un eunuque ?
Le commandant du navire est obligé, face à cette polémique, de séparer Barret de Commerson. Jeanne rejoint l’équipage dans le gaillard d‘avant. Évidemment, les matelots font tout ce qu’ils peuvent pour vérifier de quel sexe est leur compagnon ; acculé, Jean finit par avouer
“qu’il n’est nullement du sexe féminin, mais si fait de celui dans lequel le Grand Seigneur choisit les gardiens de son sérail.”
En plus clair, il affirme être un eunuque ! La traversée jusqu’à Montevideo dure trois mois sans autres faits majeurs, si ce n’est le passage de l’équateur. L’usage veut que l’on prête serment, devant le "bonhomme" fabriqué à cette occasion, de “ne jamais baiser la femme d’aucun marin ni matelot absent.” Jeanne Barret et Philibert Commerson se soumettent alors de bonne grâce à ce rituel. Après l’escale de Montevideo, L'Étoile et La Boudeuse poursuivent leur route vers le sud, s’arrêtent aux Malouines (que Bougainville doit restituer aux Espagnols) puis font voile jusqu’à Rio de Janeiro. Le plein de vivres effectué, les deux bateaux mettent le cap sur la Patagonie, où Commerson peut enfin herboriser avec "son" domestique.
Un geste peut-être pas aussi désintéressé. Lorsque l’expédition de Bougainville fit escale à Rio de Janeiro, Commerson découvrit une plante magnifique, aux inflorescences spectaculaires, qu’il baptisa aussitôt “Buginvillaea”, devenue par la suite Bougainvillea (famille des Nyctaginaceae).
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Le bougainvillier (ou la bougainvillée) aurait été nommé ainsi pour quelque peu adoucir l’humeur de Bougainville. En effet, au moment de cette escale, les soupçons de l’équipage sur le sexe de Jeanne Barret, alias Jean Baré, ne faisaient plus guère de doute et Commerson tenait par-dessus tout à ne pas se mettre à dos le patron de ce tour du monde.
Le froid de la Patagonie préserve, semble-t-il, Jeanne de l’intérêt trop pressant des matelots. Tout le monde est emmitouflé, et malgré la promiscuité, la présence de “l’eunuque” est entrée dans les mœurs et habitudes de l’équipage. Les soupçons sur Jeanne se sont un peu calmés, comme en atteste ce passage du journal de Bougainville :
"Comment reconnaître une femme dans cet infatigable Baré, botaniste déjà fort exercé que nous avons vu suivre son maître dans toutes ses herborisations et porter même, dans ses marches pénibles, les provisions de bouche, les armes et les cahiers de plantes avec un courage et une force qui lui avaient mérité le surnom de 'bête de somme' ?"
Démasquée à Tahiti !
Cette situation n’empêche pas les rumeurs de se multiplier à bord de L’Étoile jusqu’à l'escale à Tahiti où la vérité va éclater au grand jour.
La Boudeuse et L’Étoile arrivent à Tahiti le 3 avril 1768. Le jour suivant, un Tahitien (Aoutourou ?) monte à bord, des pirogues entourent par dizaines les navires français, les premiers contacts sont chaleureux. Ravi de découvrir ces paysages somptueux, Commerson piaffe d’impatience, pressé d’aller herboriser. Le 7 avril, il descend à terre, mais à peine a-t-il posé les pieds sur la plage qu’il se voit entouré d’une foule d’indigènes surexcités : pas par lui, mais par son valet, en qui les Tahitiens, plus futés que les marins français, ont immédiatement reconnu une femme, la première femme européenne qu’ils voient.
"À peine Baré eut mis pied à terre que les Tahitiens l’entourent, crient que c’est une femme et veulent lui faire les honneurs de l’île."
Une minute plus tard, dans la cohue du débarquement, un Tahitien s’empare de Jeanne Barret et décide de filer avec elle pour “explorer” sa trouvaille ; ce n’est que grâce à l’intervention d’un officier armé que le hardi Roméo des îles est arrêté et que Jeanne est libérée. Tétanisée, elle doit regagner le bord où elle restera cantonnée le reste de l’escale, Commerson devant poursuivre sa tâche seul, pour le moins dépité.
À l’œil, à l’odeur (plus qu’au parfum, après des mois de traversée) les Tahitiens n’avaient donc eu besoin que de quelques secondes pour démystifier le faux valet, la première vahiné popa’a à avoir mis le pied à Tahiti. Évidemment, ils durent être singulièrement déçu par la qualité de la “femme blanche”, qui ressemblait tant à un garçon et qui devait sentir aussi mauvais. On imagine qu’à la vue de la pauvre fille, ils comprirent tout l’intérêt que les marins pouvaient porter aux vraies vahiné tahiti, minces (à l’époque !), belles, propres et parfumées.
La longue escale
Après de longs mois en mer, après avoir traversé le Pacifique, l’expédition est désespérément dépourvue de vivres. Après un bref arrêt de ravitaillement dans les Indes orientales néerlandaises, les navires font un arrêt plus long à l’Isle de France (actuelle Île Maurice), dans l’océan Indien, qui est alors un important comptoir français. Commerson constate que son vieil ami le botaniste Pierre Poivre est gouverneur de l’île. Bougainville, qui avait accepté de garder Jeanne à bord mais refusait de la ramener en France car il lui en aurait coûté d’avoir toléré cette situation scandaleuse pour l'époque qui aurait pu jeter le discrédit sur toute l'expédition, débarque le couple qui y restera plusieurs années comme invité de Poivre, poursuivant leurs travaux botaniques. Il est probable que Bougainville ait activement encouragé cet arrangement qui lui permettait de se débarrasser du problème d’une femme illégalement à bord de son expédition.
À Port-Louis, Barret continue son rôle d’assistante et de gouvernante de Commerson. Lorsque Commerson part pour Madagascar, Jeanne ne participe pas au voyage5 et obtient une concession comportant un terrain et des maisons près du port en 17706. Commerson a de sérieux problèmes de santé et meurt en 1773, à seulement 45 ans, laissant Jeanne, qui n'en a que 32, sans ressources et bloquée sur l’île. Son protecteur Poivre ayant été rappelé à Paris, ses ressources financières sur l’île s’amenuisant, elle se voit sans moyen de retourner en France réclamer l’argent que lui avait laissé Commerson dans son testament. Jeanne avait ouvert un cabaret à Port-Louis, servant de billard aux marins en goguette, faute de mieux. Ce n’est pas la gloire, ni la richesse, mais du moins conserve-t-elle précieusement les caisses de celui qui fut le grand amour de sa vie, Philibert Commerson. Ce ne sera pas elle mais Jossigny, dessinateur, qui rapportera sur le navire La Victoire les récoltes botaniques de Commerson destinées au Jardin du roi, soit 30 caisses contenant quelque 5000 espèces, dont 3000 sont décrites comme nouvelles (Cf. Inventaire des caisses de M. de Commerson)
Les pièces rejoindront plus tard le Muséum d'Histoire naturelle avec les notes de Commerson. Buffon, Jussieu, Lamarck, étudieront cette récolte exceptionnelle.
La fin du voyage
Jeanne finit par rencontrer un officier de marine français originaire du Périgord, Jean Dubernat, qu’elle épouse le . Le couple rentre en France, probablement en 1775. Jeanne acheva enfin son tour du monde entamé huit ans plus tôt. Jeanne reçoit, en , sa part de l’héritage de Commerson après en avoir appelé directement au procureur général. Louis XVI7, qui reconnaît ses mérites comme aide-botaniste et la félicite pour sa bonne conduite, lui accorde une pension de 200 livres en reconnaissance de ses services et de son travail ayant contribué à l’identification de près de 3000 espèces végétales, consacrant ainsi son rôle dans l’Histoire des sciences. Le couple se retire ensuite en Dordogne, dans le village de Saint-Aulaye-de-Breuilh (aujourd'hui Saint-Antoine-de-Breuilh) où Jeanne s’éteindra, le 5 août 1807, à l'âge de 67 ans.
À 45 ans, Jeanne connaît son heure de gloire et partage son temps entre le hameau natal de son mari, en Dordogne, et la Bourgogne, dont elle est originaire. Retombée dans l’anonymat, fidèle à Commerson, elle léguera ses biens à Archambault, fils de ce dernier.
Notes
- Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde (France Culture 21/11/2019)
[archive] [audio] - 1er août 1785 : le voyage sans retour de La Pérouse (BV 31/07/2025) [archive]
2a. Le duc de Praslin, ministre de la Marine de Louis XV, prépara une expédition aux terres australes, sous le commandement de Bougainville... (PDF pp 20-23) dans "biographie de commerson" par le Docteur F.-B. de Montessus (1889) sur Furet du Nord - La superstition des marins est-elle une légende ? (Le Monde 23/02/2012) [archive]
- Magellan, un voyage qui changea le monde (BV 11/01/2026) [archive]
- Olivier Grandjean, Quelques femmes célèbres de Bourgogne, Vievy, Éditions de l'Escargot Savant (ISBN 978-2-918299-30-1) p. 94
- Sophie Miquel, Nicolle Maguet "Du nouveau sur Jeanne Barret aux Archives nationale de l'île Maurice" Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome 147, 2e livraison , pp 191-208
- Extraordinaire épopée. Cette femme mériterait une rue. Louis XVI, attaché aux sciences,
a été magnanime avec elle. (internaute AAA)
Autres liens externes
- Musée national de la Marine | Site officiel
- Sommaire d'observations d'histoire naturelle... (PDF pp 23-25)
dans "biographie de commerson" du Dr F.-B. de Montessus (1889) sur Furet du Nord
À lire
L’exploration du monde, une autre histoire des grandes découvertes, ouvrage collectif
sous la direction de Romain Bertrand, Éd. Seuil, octobre 2019.
La Bougainvillée, roman historique de Fanny Deschamps, publié dans les années 1980,
s'inspire largement de la vie de Jeanne Barret. (transmis par l'internaute A.)
La Clandestine du voyage de Bougainville, de Michèle Kahn, mars 2014 Éditions Le Passage.
Le travesti de L’Étoile - Jeanne Baret, première femme à avoir fait le tour du monde,
roman d’Hubert Verneret paru en juin 2011, Éditions de L’Armançon.
The Secret of Jeanne Baret [en] par Helen Strahinich, Kindle Edition.
Une femme globe-trotter avec Bougainville : Jeanne Barret (1740-1807) (p.41 et suiv.)
dans Annales de Bourgogne Revue historique trimestriel T.67 Année 1995 (Gallica)
Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L'Étoile
de Louis-Antoine de Bougainville, Éditions La Découverte (Gallica)
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1768. La Boudeuse arrivant dans la baie de Matavai
(à Mahina au nord de l'île de Tahiti en Polynésie française)
Reconnaissance et hommage
Plusieurs milliers d’espèces rentrent dans les collections botaniques et zoologiques françaises, grâce au travail naturaliste conséquent, au courage et à l’abnégation de Jeanne Barret. Elle est bien plus qu’une simple aide "domestique" et on ne connaîtra jamais le nombre de découvertes qu’elle a faites en réalité sur le terrain mais officiellement attribuées à Commerson (découvertes consultables de nos jours au Museum national d’histoire naturelle de Paris). Le 5 août 1807, malgré ses apports à ces collections immenses, Jeanne Barret termine sa vie dans l’anonymat, et il faudra attendre près de deux siècles pour que son nom soit à nouveau connu et honoré.
Durant l’expédition, Commerson dédie à Jeanne Barret un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia, renommée Quivisia heterophylla. Bougainville cite le nom de l’exploratrice dans son Voyage autour du monde par la frégate La Boudeuse et la flûte L’Étoile (op. cit.), de même que Diderot dans son Supplément au voyage de Bougainville. Ultime hommage à l’exploratrice, une chaîne de montagne de Pluton porte son nom depuis avril 2018.
Gilles Kremer, Jeanne Barret : première femme circumnavigatrice (Gallica 10/09/2021)
Alors que son nom figure parmi les 72 femmes scientifiques appelées à rejoindre leurs pairs masculins gravés sur la tour Eiffel*, l’histoire de Jeanne Barret rappelle que la science n’est pas l’apanage des hommes, mais celui de tous les esprits courageux, savants et déterminés à repousser les frontières de la connaissance.
* La tour Eiffel va honorer pour la postérité 72 femmes de science (Le Monde 26/01/2026)
Au Moyen Âge, on n’avait pas une vision scientifique de la plante, mais médicinale. Tous les couvents et monastères avaient un jardin de simples, simplicis herbae, les herbes qui soignent. Cet art était majoritairement sous la responsabilité des femmes. Notons en particulier sainte Hildegarde (1098-1179), mystique allemande, médecin et apothicaire, auteur de livres faisant référence sur leurs propriétés médicales. 300 ans après, à partir du XVe siècle, ces guérisseuses prennent un relent de sorcellerie, puis au fur et à mesure que la science émerge, les hommes se ré-emparent de la médecine. Le basculement du statut de la plante est parallèle avec le statut de la femme (2).
Voir aussi "femmes de Salerne" à l'École de Salerne (IXe s. - 1811)
Quelques femmes
... dans le domaine des plantes, qui me touchent pour des raisons différentes et qui méritent d'être citées.
Aglaé Adanson (1775-1852), fille du botaniste et naturaliste français Michel Adanson (1727-1806), créa en 1804 l'arboretum de Balaine, aujourd'hui encore géré et entretenu par ses descendants (Arboretum de Balaine [archive] arboretum-balaine.com), classé jardin remarquable et monument historique par arrêté du 25 mars 1993 (base Mérimée)
Voir aussi Élisa de Vilmorin (1826-1868) horticultrice et botaniste dans Vilmorin
Plus près de nous chronologiquement, une autre Française remarquable, Yvette Parès (1926-2009), docteur en Biologie et Médecine, des plantes contre la lèpre. À partir des souches cultivées dans son laboratoire, elle compose des antibiogrammes et vérifie l’action des produits chimiques et des plantes anti-lépreuses, notamment africaines, contre la maladie. Elle s’aperçoit que certaines de ces plantes présentent une efficacité remarquable. Constatant que, malgré l’emploi des médicaments occidentaux, la lèpre continue de faire des ravages, elle tente de se rapprocher des thérapeutes africains. Elle est mise en contact avec l’un des plus grands maîtres de la tradition peule, Dadi Diallo qui, alors âgé de 88 ans, exerce depuis plus de soixante ans. Il accepte de l’initier au savoir traditionnel africain des plantes médicinales...
Hors de France, citons Anna Atkins (1799-1871) botaniste britannique, pionnière de la photo en botanique (cyanotype), pour l'illustration d'ouvrages imprimés, en l'occurrence des herbiers qu'elle fit paraître à partir de 1843. Certains la considèrent même comme la première femme à avoir réalisé une photographie, titre qu'elle dispute avec Constance Talbot, l'épouse de William Henry Fox Talbot...
Hors de France et des plantes
Cecilia Payne (1900-1979) est, depuis sa mort, la britannique qui a dévoilé la composition fondamentale de l'univers. Restée largement méconnue, son héritage n'est marqué que par une plaque commémorative sur le mur d'une université, avec sa découverte révolutionnaire à peine mentionnée dans sa nécrologie.
Autres liens externes
- "Catégorie" de Wikipédia : Femme botaniste
- L’effet Matilda ou comment les femmes ont tendance à disparaître de l’histoire des sciences (Le Monde 19/02/2020)
- Les correspondantes botanistes d’Esprit Requien (1788-1851) PDF
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Sources
- Boulevard Voltaire 30/01/2026 [archive]
- Gallica
- Tahiti Infos 22/01/2016 :
"Jeanne Baret : un “garçon” fut la 1ère vahiné popa’a à Tahiti" [archive]
Voir Lexique du tahitien contemporain (PDF) - Wikipédia