2-Heteropogon contortus, herbe tropicale

Publié par Yantra

Heteropogon contortus, herbe tropicale

Heteropogon contortus est une herbe vivace touffue tropicale de la famille des Poacées (Graminées).

Heteropogon contortus, herbe tropicale, vue d'ensemble.jpg

Le genre Heteropogon tire son nom du grec "barbe différente", car cette herbe présente deux types d'épillets floraux. L'épithète spécifique contortus fait référence à la façon dont ses graines se tordent lorsqu'elles sont humides et s'enfouissent dans le sol.

Synonyme : Andropogon contortus L.

Synonymes vernaculaires : herbe à barbe tordue, herbe à lance, herbe à piquants, hétéropogon contourné, lule, tête enchevêtrée, etc. et... 

Notes
1. Olivia Édouard "Plantes envahissantes : des prédateurs qui tuent notre flore locale" lexpress.mu

2. Groupe espèces envahissantes "Plantes envahissantes pour les milieux naturels de Nouvelle-Calédonie" Nouméa, Agence pour la prévention et l'indemnisation des calamités agricoles ou naturelles (APICAN) 
 (pp 38-39
)

L'espèce est naturellement originaire d'Océanie et des zones tropicales situées autour de l'océan Indien (Afrique australe*, Asie du sud, Australie du nord). Elle s'est répandue ensuite dans d'autres parties du monde. En France métropolitaine, elle est présente de manière rare sur le littoral méditerranéen ; elle y bénéficie du statut d'"espèce végétale protégée sur l'ensemble du territoire français métropolitain"4. 

Notes
* Il faut distinguer l'Afrique australe (ensemble des territoires situés au sud de la forêt équatoriale africaine) de l'Afrique du Sud (un pays d'Afrique australe)

4. Arrêté du 20 janvier 1982 fixant la liste des espèces végétales protégées sur l'ensemble du territoire

Heteropogon contortus est typique de régions tropicales et subtropicales à pluviométrie inférieure à 800 mm/an parcourues saisonnièrement par des incendies. Mais il faut savoir que si elle prolifère dans les prairies précédemment incendiées et tolère le feu, elle n'y est pas adaptée.

De nombreuses graminées envahissantes sont adaptées au feu, car elles ont évolué dans des régions où les feux de forêt sont fréquents. Les plantes adaptées au feu* possèdent des caractéristiques qui les aident à survivre, voire à prospérer, dans les environnements sujets aux incendies, tandis que les plantes tolérantes au feu peuvent supporter la chaleur et les dégâts qu'il cause, mais n'en tirent pas nécessairement profit.

* Cf. Séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) de Californie

H. contortus s'accommode de périodes de sécheresse mais ne subsiste pas dans les régions où l'aridité est trop marquée. Elle peut supporter le cas échéant le gel, mais pas l'inondation.

Une plante envahissante

Heteropogon contortus est considérée comme une espèce envahissante dans plusieurs zones géographiques, comme l'Amérique, l'Asie de l'est et la Nouvelle-Calédonie où elle compose presque exclusivement les pâturages de la côte Ouest au nord de Bourail5. Elle prolifère dans les prairies précédemment incendiées2.

Note
5. Bernard Suprin "Mille et une plantes en Nouvelle-Calédonie" Nouméa, Éditions Photosynthèse  (ISBN 9782952731638) p. 63

 

Description de Heteropogon contortus

Heteropogon contortus est une Graminée cespiteuse (formant à sa base une touffe compacte) à l'odeur agréable. Ces touffes atteignant en moyenne générale à la floraison une hauteur de 75 à 120 centimètres2. Les tiges sont dressées, fines et simples (ou à un ou deux rameaux). 

Les feuilles, entre 15 et 30 cm de long, sont vertes avec des reflets bleutés. Elles sont alternes, larges de 2 à 5 mm. Leur ligule est ciliée. La feuille supérieure engaine le plus souvent la base de l'épi6.

Ses fleurs discrètes forment un épi torsadé aux stigmates violets. Un pied porte un ou quelques épis, qui dans ce cas forment une fausse panicule. Chaque épi, étroit et cylindrique, mesure 3 à 7 cm sans les barbes. Les épillets sont disposés par paires : les épillets des paires inférieures sont tous pédicellés, stériles et dépourvus de barbes, les paires supérieures comprennent un épillet également pédicellé et stérile et un épillet sessile, fertile et pourvu d'une longue barbe.

Les épillets sessiles portent à leur base un callus (partie plus ou moins ventrue à la base de la lemme chez les Graminées) très piquant et au sommet de la glume une arête (ou barbe), brune velue et vrillée, longue de 7 ou 8 cm.

 
Épillet de blé montrant les glumelles (lemme et paléole).png
Épillet de blé montrant les glumelles (lemme et paléole)

Ces barbes s'emmêlent et s'enroulent pour former une mèche très caractéristique au sommet des épis. À maturité, les épillets libérés forment entre eux ou avec les feuilles sèches des pelotes qui peuvent être dispersées par le vent ou par les animaux en s'accrochant à leurs toisons. 

Heteropogon contortus, épis.JPG
Épis de Heteropogon contortus

L'épi de gauche, encore vert, montre bien la position unilatérale et sommitale des épillets fertiles pourvus de longues barbes, les épis de droite, mûrs, montrent comment les épillets libérés s'entremêlent.

Les fruits sont des graines (grains) qui, à maturité, sont brun foncé et présentent une longue arête à une extrémité et une pointe acérée à l'autre. Elles s'entremêlent pour former un amas de graines déposées au sommet des feuilles. 

Note
6. Abbé Hippolyte Coste (1858-1924) "Flore descriptive et illustrée de la France de la Corse et des contrées limitrophes" Paris 1937, Tome III, p.556

 

Utilisation de Heteropogon contortus

C'est une herbe fourragère appréciable sur sols pauvres, consommable uniquement à l'état jeune. Elle peut éventuellement être fauchée pour produire du foin. En revanche, l'espèce présente des inconvénients : les pelotes de graines qui s'accrochent aux toisons des animaux peuvent provoquer chez eux des blessures mortelles, et occasionneraient la dépréciation de la laine en Australie.

Elle est signalée dans les flores chinoises comme utilisée pour la fabrication de papier.

Utilisation du pili des Hawaïens

En ʻŌlelo hawaïen, pili signifie "s'accrocher", en référence au mouvement en spirale des graines. Au contact du sol, de la fourrure, des plumes, des vêtements ou des cheveux, les graines s'y enfouissent naturellement. Il est probable qu'elles soient arrivées à Hawaï accrochées aux plumes d'un oiseau ou à ses pattes boueuses. Le pili tolère le feu, mais n'y est pas adapté, et, malheureusement, lorsque les incendies ravagent le paysage hawaïen, il meurt et est remplacé par des plantes envahissantes comme l'herbe de fontaine (Cenchrus setaceus). 

Historiquement, le pili était couramment utilisé pour la confection de revêtements de sol et de rembourrage de matelas (parfum agréable). Sa couleur brune et l'aspect soigné de ses brins d'herbe en faisaient un matériau de choix pour la construction de toitures en chaume7 des habitations traditionnelles, les hale. 

Hutte hawaïenne couverte en pili.jpg
Hutte hawaïenne couverte en pili

On pouvait également fabriquer une teinture noire à partir du charbon de bois issu des brins. 
En médecine traditionnelle, le pili et ses cendres sont mélangés à de la noix de coco pour traiter la candidose buccale et les maladies infantiles.

Hawaï l'archipel.gif

https://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/hawai.htm

Aujourd'hui, le pili est un élément essentiel à la replantation du Kahoʻolawe [PDF en], la plus petite des 8 îles principales de l’archipel d'Hawaï, car cette espèce prospère dans les sols pauvres et, toujours sur le Kahoʻolawe, pour lutter contre l'érosion en disposant sur les sols dégradés des balles de foin de pili8,9.

Restauration de sols érodés réalisée au moyen de balles de foin de pili, sur l'île de Kahoolawe (Hawaï).jpg
Restauration de sols érodés réalisée au moyen de balles de foin de pili, sur l'île de Kahoolawe
Notes
7. Voir Chaume (Lexique "phyto-bota")
8. Relancer le sport extrême à Hawaï : Heʻe Hōlua 02/02/2026 [traduction Google] [archive] Ka Wai Ola

9. Voir aussi Wikipédia 
+ Région Réunion, lettre d'information sur la route des Tamarins PDF Tamarinfo n°12, juin 2008 (p. 4)

Aménagement paysager et culture (Plant Pono)

Le Heʻe Hōlua tel que pratiqué par les anciens Hawaïens était un sport extrême propre à Hawaï. Les toboggans variaient énormément en longueur, en inclinaison et en difficulté. Certains étaient en herbe et servaient à l'entraînement ou aux loisirs. D'autres étaient construits en pierres puis recouverts de cendres compactées pour les compétitions plus sérieuses des aliʻi (noblesse hawaïenne). On y trouvait souvent des herbes pili ou des soies de canne à sucre pour réduire la friction.

Voir 

Quatre arbres hawaïens

 

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Sources principales

Plant Pono

Wikipédia

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