Info Pentacrine, étoiles de Saint-Vincent

Publié par Yantra

Pentacrine

Pentacrinus 

Pentacrinite ou Lys de mer
Étoile de Saint-Vincent (segment), Crinoïde pédonculé (plus généralement)

Le pentacrine* est un échinoderme de la famille des Balanocrinidae et de la classe des Crinoidea, souvent appelé "lys de mer", fixé au fond des océans par une longue tige.

Crinoïdes pédonculés (''Lys de mer''), planche par Ernst Haeckel 1904.jpg

Planche de "lys de mer" (crinoïdes pédonculés), par Ernst Haeckel (1904)

* Pentacrine : n.m. (du grec [penta-] = cinq ; et [krinon] = lys : organismes en forme de "lys à 5 bras")
Un entroque (ou encrine) est le nom donné par les paléontologues à des restes de tiges de crinoïde fossilisés.

Voir Classification du vivant

Certains y voient une ressemblance avec un lépidodendron, à ces quelques petites différences près que ce dernier est un genre éteint d'arbre (paléoflore du Carbonifère, -400 à -290 Ma), de la famille des † Lepidodendraceae, qui vivait sur terre et... ne se déplaçait jamais (comatules) !

Les fossiles en forme d’étoile sont en fait des segments du corps de l’animal.
Pentacrines Étoiles de Saint-Vincent, fossiles bruts.jpg
fossiles bruts

C'est un animal marin, cousin des étoiles de mer et des oursins, une catégorie de crinoïdes pédonculés vivant généralement en grande profondeur et dont la forme évoque vaguement un lys sur sa tige - couramment nommé "lys de mer".

Voir Zoophytes dans Faune panchronique, zoophytes (et imaginaires)

Chez les crinoïdes pédonculés (dont les pentacrines Pentacrinus et apparentés), l’animal se compose essentiellement d'une tige (ou pédoncule) formée d’articles empilés, et, coiffant la partie supérieure de la tige, se trouve une couronne, plus précisément une couronne de bras. C’est le terme standard en zoologie et en paléontologie françaises pour les crinoïdes.
Pentacrine ''fleur de lys'', éléments.jpg

Cette couronne comprend la thèque (sorte de calice), petite structure en forme de coupe qui contient les organes vitaux, et les bras (souvent très ramifiés) garnis de pinnules, petites structures en forme de plumes qui lui donnent un aspect de "plumeau". Ces bras plumeux sont des balais servant à filtrer le plancton.

Pentacrines Étoiles de Saint-Vincent, résidus de crinoïdes, cousins des étoiles de mer et des oursins.jpg
étoiles de Saint-Vincent parmi des résidus de crinoïdes - photo ER/DR

Les "étoiles de Saint-Vincent" sont des segments fossiles des pentacrines, en forme d'étoiles à cinq branches, provenant des "tiges" de crinoïdes. On les trouve dans des couches du Lias (Jurassique) inférieur (entre 201,4 et 174,7 Ma), essentiellement dans le Sinémurien*.

* Voir Charte stratigraphique internationale 2023 [archive] [PDF] sur stratigraphy.org 

C'est également le nom d'un stade de développement chez les crinoïdes non fixés que l'on appelle comatules : avant le stade adulte libre, ils mènent une vie fixée (stade pentacrine).
Puis ils se détachent de leur pédoncule pour mener une existence vagile. Comme on peut le voir sur cette animation, les comatules peuvent se déplacer en rampant, à l'aide des bras de leur couronne, mais aussi "ramer"... voir d'autres vidéos.

Glossaire DORIS

Des preuves photographiques suggèrent que, dans leur milieu naturel, les crinoïdes pédonculés sont tués non pas par des étoiles de mer, mais par des oursins. La présence de fragments de crinoïdes dans l'estomac des oursins ne fait que confirmer cette hypothèse. Cette prédation aurait favorisé les comatules mobiles au détriment des crinoïdes fixes à tige, incapables de s'enfuir.

Les pentracrines ont été étudiés dès 1755 par le naturaliste géologue français Jean-Étienne Guettard* qui leur a consacré deux mémoires1,2. Il a en outre eu l'occasion d'étudier le cabinet d'histoire naturelle du château d'Agey (près de Dijon en Côte-d'Or), ayant appartenu à Henri-Anne de Fuligny-Damas de Rochechouart.

La femme de ce dernier, Marie-Gabrielle de Pons de Rennepont, a considérablement développé ce cabinet ; elle l'a notamment fait paver de carreaux de pierres de Bourgogne, chaque carreau fait d'une pierre différente et tous répertoriés quant à leur origine précise. Ce carrelage ne contient pas moins de 20 types de "marbre étoilé", comprenant des entroques3.

* Jean-Étienne Guettard (1715-1786) est aussi botaniste (Guett. est son abréviation botanique), minéralogiste et médecin. Il est le pionnier de la cartographie géologique, et le premier à publier un article scientifique consacré au volcanisme des monts d'Auvergne (les Puys, au Patrimoine mondial de l'Unesco 2018).
Il est aussi le premier à décrire les encrinites. La découverte de fossiles sous les éjectas du puy de Dôme le conduit aussi à remettre en cause la chronologie déduite de l'Ancien Testament.

1. Jean-Étienne Guettard "Mémoire sur les encrinites et les pierres étoilées, dans lequel on traitera aussi des entroques etc." Mémoires de l'Académie royale des sciences,‎ , pp 224-263 dont 3 pl. (entre pp 262 et 263)
2. Op. cit. (2e partie) pp 318-354 + 3 pl. après le texte
3. Jean-Étienne_Guettard "Observations minéralogiques en France et en Allemagne" Histoire de l'Académie royale des sciences,‎ , pp 137-166. Pour les marbres à pierres étoilées, voir pp 147-149

 

Le pentacrine, un animal "panchronique"

Les crinoïdes (dont les pédonculés, les pentacrines) font partie de ce qu’on appelle "faune panchronique"*. Pour rappel, une espèce (ou un groupe) est dite panchronique lorsqu’elle existe encore aujourd’hui et présente une morphologie très proche de formes fossiles anciennes, traversant ainsi de longues périodes géologiques avec peu de changements apparents de forme. On parle aussi parfois (de façon plus contestée*) de "fossile vivant"* ou d’"espèce-relique".

Voir Faune panchronique, zoophytes (et imaginaires)

* Remarque importante. Les termes "fossile vivant" voire "panchronique", sont aujourd’hui souvent nuancés ou critiqués par les biologistes et paléontologues. Ils soulignent surtout la conservation de la morphologie externe sur de longues durées, mais ces organismes ont bien évolué (génétiquement, physiologiquement, etc.) ; ce n’est pas une absence totale d’évolution.

Crinoïdes, fossiles bien préservés avec articles de la tige encore soudés.jpg

Fossiles de crinoïdes bien préservés : les articles de la tige sont encore soudés, ce qui est rare.

Les crinoïdes existent depuis le Paléozoïque (plus de 500 Ma) et ont été très diversifiés et abondants par le passé (notamment au Paléozoïque et au Mésozoïque). Aujourd’hui, on en connaît encore plusieurs centaines d’espèces vivantes (surtout des comatules, libres, mais aussi une centaine de formes pédonculées, souvent en eaux profondes). Les formes pédonculées actuelles (isocrinides et apparentés) gardent une organisation générale proche de nombreux fossiles.

Les pentacrines désignent typiquement des crinoïdes à tige (à section pentagonale), dont le genre fossile Pentacrinites (abondant au Jurassique) et, par extension, des formes pédonculées comparables. Même si le genre Pentacrinites lui-même est éteint, le groupe des crinoïdes pédonculés auxquels il se rattache (Isocrinida, etc.) persiste. Les crinoïdes en général (classe Crinoidea, les échinodermes) et les formes pédonculées (pentacrines) en particulier, sont ainsi classiquement cités comme relevant de la faune panchronique et figurent explicitement dans les listes d’espèces ou taxons panchroniques, aux côtés d’exemples classiques tels le cœlacanthe, le nautile, les limules, les brachiopodes, les triops, etc.

Crinoïde fixe contemporain dans les abysses, articles de la tige bien visibles.jpg

Crinoïde fixe contemporain dans les abysses. Les articles de la tige sont bien visibles.

 

Des étoiles en bijouterie

Les étoiles de Saint-Vincent - leur nom vient de la colline Saint-Vincent4, un site naturel et historique célèbre pour ses fossiles d'étoiles et son lien avec le philosophe et astronome français Pierre Gassendi (1592-1655) - sont utilisées comme bijoux dans la région de Digne-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence (04).

Ces bijoux utilisant les étoiles de Saint-Vincent ont été réalisés pour la première fois par le bijoutier dignois Antoine Colomb vers 1855.

Pentacrine Étoile de Saint-Vincent montée sur bague en argent.JPG
étoile de Saint-Vincent montée sur une bague en argent

Une mode s'est développée à partir de cette pratique, réduite aujourd'hui par la réglementation visant la préservation du patrimoine géologique (Viviane Hervois "Les bijoutiers d'étoiles de Saint-Vincent de Digne" , ISBN 2-9516121-0-9)

Une salle leur est consacrée au musée Gassendi4, à Digne-les-Bains.

4. Une étoile géante de Saint-Vincent pour Digne-les-Bains [archive] sur dignelesbains.fr

 

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Documentation

 

Source principale Wikipédia

 

On peut les penser fabriqués par l’homme tellement la forme en étoile de ces fossiles est régulière. Mais ces résidus de crinoïdes – animaux marins cousins des échinodermes (étoiles de mer, oursins) – sont bien l’œuvre de la nature et du temps. Elles sont présentes en nombre dans les marnes grises du Jura et il n’est pas rare d’en trouver dans le vignoble. Notamment dans les vignes de… L’Étoile. C’est l’une des origines du nom de cette AOC jurassienne, avec le fait que le village est entouré de cinq collines formant les branches d’une étoile.

Les pentacrines sont aussi célèbres à Digne-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Appelées "étoile des Alpes" ou "étoile de Saint-Vincent", ces fossiles sont là-bas sertis en bague, bracelet ou collier. Dans la croyance populaire, ces étoiles protègent contre l’envoûtement et les maléfices. Certaines sont exposées dans une des vitrines du Musée Gassendi, à Digne les Bains. n’espérez pas en récupérer dans cette région, nous sommes sur le territoire d’une réserve géologique... tout prélèvement de minéraux y est strictement interdit pour tout un chacun, sauf dans le cadre de recherches scientifiques strictement encadrées. Prenez les pentacrines en photo ! Ça reste un beau souvenir :-)

L'Est Républicain - Franche-Comté (11/10/2024)

Pentacrines Étoiles de Saint-Vincent, crinoïdes dans la main, échelle 1 cm.jpg
échelle 1 cm

Vu dans Fossiles de pentacrines - Géodiversité.NET 2010*

"Peut-être vais-je me faire huer... Je viens d’un petit village du Jura, qui s’appelle d’ailleurs L’Étoile, en référence justement à ces fossiles que l’on trouve en abondance dans les vignes. Je lis à tout va qu’il est interdit de les ramasser... Or, depuis des lustres, c’est ici comme une tradition, tous les enfants du village sont allés maintes et maintes fois à la chasse aux étoiles, ça fait partie de la vie du village, et des activités des enfants, comme faire du vélo ou des cabanes dans les arbres. Je suis très attaché à ces fossiles qui font partie intégrante de l’histoire de mon village." (Pierryck, septembre 2019)

* Géodiversité.NET 2010 – tags de l'auteur + vidéo
et liens : archives de www.musee-fossiles (05/03/2016) – www.lavoultesurrhone.fr (28/07/2010)

 

Galerie

Guettard, quelques planches de ses "Mémoires sur les encrinites et les pierres étoilées" 1755

Guettard Premier mémoire Palmier marin 1755.jpg
 
Guettard Premier mémoire Diverses portions de fossile 1755.jpg
 
Guettard Deuxième mémoire Planche n°3 1755.jpg

Premier mémoire, pl. 1 : Palmier marin tiré du cabinet du M. de Boisjourdain

Premier mémoire, pl. 3 : diverses portions de fossile

Deuxième mémoire, pl. 3

 

Des vidéos

Les comatules (les étoiles de mer "plumeuses") constituent une espèce ancienne d'invertébrés marins. Ces créatures ancestrales peuplent notre planète depuis 500 millions d'années.

Des chercheurs étudient l'écologie des comatules aux Philippines, notamment les manières uniques dont les espèces parasites se sont adaptées à leurs hôtes.
Certaines comatules se déplacent pour se nourrir ou échapper à leurs prédateurs, mais la plupart passent leur temps perchées sur des surfaces.

Feather Stars and Their Animal Invaders (Les comatules et les animaux qui les envahissent) capture 25 08 2018.jpg
cliquer sur la capture pour accéder à la vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=OyketlthVWg (25/08/2018)

Cette créature est plus ancienne que la notion même de sang. Cet épisode est consacré aux comatules... (avec possibilité de télécharger des photos) 

https://www.youtube.com/watch?v=1oM_QvWvoNw (22/05/2024)

 

Thèmes approchants

Étoile de mer fossile Pentasteria lithographica du Kimméridgien, carrière de Cerin (Ain) © 2009 (Musée des Confluences, Lyon).jpg
carrière de Cerin (Ain) © 2009

Pentasteria lithographica, étoile de mer fossile du Kimméridgien (154,8 ± 0,8 à 149,2 ± 0,7 Ma)
Musée des Confluences, Lyon

La tradition indique que si l'on rêve de manger des étoiles, cela signifie malchance ; mais elle ne précise pas s'il s'agit du ciel ou de la mer... Quoi qu'il en soit, d'où qu'elle puisse venir, l'Étoile n'est pas comestible (enfin, passée dans un bain d'huile puis salée avant d'être dégustée, celle de la mer est croustillante mais pas toujours appréciée des Occidentaux) !

Mais elle est très belle, pleine de force, brillante et mouvante. Qui n'a pas vu comment cette poigne aux 5 doigts musclés vient à bout d'une Coquille Saint-Jacques ? Qui n'a pas compté les étoiles après avoir reçu un coup ? Émouvante... Qui n'a pas eu un jour des étoiles plein les yeux ?

Lu dans Bestioles

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