GATTEFOSSÉ Chimie & Aromathérapie depuis 1880

Publié par Yantra

Gattefossé Chimie & Aromathérapie depuis 1880

Fondé à Lyon en 1880 par Louis Gattefossé, le fournisseur d'ingrédients cosmétiques et d'excipients pharmaceutiques Gattefossé est devenu un acteur majeur pour les matières premières des spécialités de ces industries. 

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Extrait de la frise chronologique

Voir La famille Gattefossé dans

 

1880 : Naissance de l’entreprise

L’histoire de Gattefossé commence en 1880, et c’est d’abord une affaire commerciale : Louis Gattefossé (1854-1919) est un représentant de Seghers & Maréchal, fabrique lyonnaise de toiles cirées. Peu à peu, son portefeuille s’étend jusqu’à constituer un panel d’articles issus essentiellement de la chimie (par exemple les vaselines), qui formeront plus tard les matières premières des produits de Gattefossé.

En 1894, à l’occasion de l’Exposition universelle qui se tient à Lyon, Louis noue des relations avec des maisons de parfumerie. Il se spécialise peu à peu dans la fourniture de matières premières aux parfumeurs. Il vend alors deux sortes de matières premières :

  • celles issues de la chimie : les "gelées de pétrole" (vaseline) et bases pour les "parfums synthétiques" ;
  • celles issues du végétal : les huiles essentielles et essences déterpénées en provenance de différents pays d’Europe.

C’est la naissance de l’activité originelle de fabrication de Gattefossé.

 

1900-1930 : La parfumerie et les aromatiques

Après la retraite de leur père, Abel et René-Maurice créent Gattefossé & Fils et poursuivent l’affaire familiale.

 

René-Maurice Gattefossé (1881-1950)

René-Maurice Gattefossé (1881-1950) vers 1940.jpg
René-Maurice Gattefossé vers 1940

En parallèle, René-Maurice s’intéresse aux matières premières “naturelles”, en particulier aux huiles essentielles. Il rencontre des lavandiculteurs de Haute-Provence qui travaillent dans des conditions rudimentaires et multiplie les actions pour améliorer leur quotidien.

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Quelques exemplaires de la revue

René-Maurice Gattefossé lance en 1908 La Parfumerie Moderne, une revue professionnelle qui s’adresse aux parfumeurs, mais aussi aux producteurs d’essences, aux ingénieurs, aux agronomes, qui deviendra une revue de référence dans la profession.

En 1910, le jour de la naissance de son fils Henri-Marcel, René-Maurice est victime d’une explosion dans le laboratoire de l’entreprise. Sévèrement brûlé, il est soigné selon les moyens de la médecine contemporaine, mais les pansements de tulle gras ne font rien et il est bientôt atteint de gangrène gazeuse. En dernier recours, se rappelant les vertus de la lavande, il retire ses bandages et applique sur les plaies infectées de l’huile essentielle de lavande. La légende dit que les résultats furent stupéfiants, avec guérison rapide sans cicatrices, qui achèveront de confirmer son intuition : l’essence de lavande possèderait de réelles propriétés antiseptiques et cicatrisantes…

Huile essentielle de lavande (illustration).jpg

Huile essentielle de lavande (illustration)

Lire Comment la lavande fine aida M. Gattefossé à lancer l'aromathérapie moderne 
(Musée de la Lavande Luberon)

C'est ainsi que René-Maurice Gattefossé expérimenta personnellement les pouvoirs de l’huile essentielle de lavande. Il se lance dans la promotion de l'aromathérapie dans le monde médical, étudiant d'autres huiles essentielles. Hôpitaux militaires, hôpitaux civils : l'efficacité antiseptique de ses produits se révèle particulièrement utile en chirurgie d'urgence et face aux épidémies. Le Dr Forgues, chirurgien militaire à Lyon, collabore avec lui pour développer des formulations antiseptiques à base d'huiles essentielles dans lesquelles la lavande fine joue un rôle central.

Laboratoire de la SFPA (Société Française de Produits Aromatiques) à Villeurbanne en 1920.jpg
Laboratoire de la SFPA (Société Française de Produits Aromatiques) à Villeurbanne en 1920

Après la Première guerre mondiale, René-Maurice se lance dans une nouvelle affaire et fonde, avec plusieurs associés industriels, la Société Française de Produits Aromatiques, anciens établissements Gattefossé. Une véritable usine, composée d’ateliers et de laboratoires, et entourée d’un jardin de cultures d’aromatiques, est construite. Elle intègre toutes les étapes de fabrication, depuis la recherche jusqu’à l’expédition. Une nouvelle étape est franchie.

 

Jean Gattefossé (1899-1960)

Jean Gattefossé, journaliste, industriel et botaniste (son abréviation standard est Gattef.), rejoint l’affaire familiale apportant une nouvelle compétence en botanique qui s'ajoute à celle de chimiste de son grand frère René-Maurice.
C'est un virage historique pour l’entreprise qui va dès lors concevoir ses propres produits dans un laboratoire nouvellement créé. C’est le début de l’activité de Recherche.

Jean Gattefossé est dirigeant des Établissements Gattefossé & Fils, fondés par son père, Louis, en 1880. Il s'occupe de la revue fondée par la Société, La Parfumerie Moderne, revue européenne de parfumerie. Elle a pour objectif de soutenir les intérêts de la parfumerie française en s’adressant à tous ceux qui la font : lavandiers, mais aussi grands industriels de Grasse, ingénieurs agronomes, fabricants d’appareils. Les campagnes menées en faveur de la lavandiculture alimentent les premières rubriques et permettent de faire connaître les productions des Établissements Gattefossé. symogih.org

''La Parfumerie Moderne'' couverture d'un numéro de 1924.jpg
Couverture d'un numéro de 1924

Documentation, quelques ouvrages de Jean Gatteffosé, avec ou sans René-Maurice

 

1930-1950 : Chimie des lipides, dermatologie et aromathérapie

Dans les années 1930, l’entreprise continue de se développer dans la parfumerie, mais commence à se diversifier dans la cosmétique.

Deux "ruptures" ont lieu à cette période :

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Henri-Marcel Gattefossé à gauche, Émile Malher à droite
  • Henri-Marcel Gattefossé (1910-1999), qui se fait plus volontiers appeler Marcel, fils de René-Maurice et chimiste également, développe les produits vétérinaires puis dermatologiques.
  • Émile Mahler (1912-1994), gendre de René-Maurice, crée les premiers esters d’acides gras : c’est l’arrivée de la chimie des lipides. Il s’agit d’une véritable innovation car à l’époque, ces excipients émulsionnés sont très peu utilisés dans le domaine cosmétique.

Ces nouveaux excipients intéressent la médecine hospitalière et sont testés avec succès dans les hôpitaux lyonnais notamment avec les nouvelles pommades, émulsionnées, qui s’avèrent d’excellents substituts à la vaseline et aux gelées de pétrole. Gattefossé signe son entrée dans la dermatologie.

''Aromathérapie'' (1937) synthèse des travaux menés par René-Maurice Gattefossé.jpg

''Aromathérapie Les huiles essentielles Hormones végétales'' synthèse des travaux menés
par René-Maurice Gattefossé publiée en 1937 (Librairie des sciences, Girardot & Cie) pour mémoire

Dans ce même service, René-Maurice expérimente les effets thérapeutiques des huiles essentielles. Il publie la synthèse du travail qu’il mène depuis vingt ans, dans un ouvrage intitulé Aromathérapie – un terme dont il est l’inventeur.

Si l'ingénieur chimiste René-Maurice Gattefossé est indubitablement à l'origine du nom comme du principe de l'aromathérapie, ses recherches ont été reprises, développées, systématisées et commercialisées après la seconde guerre mondiale par Jean Valnet (1920-1995), médecin et chirurgien militaire.

Le développement de l’entreprise est stoppé par les débuts de la Seconde Guerre mondiale. Pour sécuriser une partie des approvisionnements, René-Maurice achète en 1940 un mas à Saint-Rémy-de-Provence, où il fait planter de la lavande, de la menthe, de la sauge, et d’autres aromatiques.

Après la Seconde Guerre mondiale, Marcel et René-Maurice voient se concrétiser l’avancée de leurs recherches par la délivrance de deux brevets : un relatif aux procédés de fabrication des pommades testées à l’hôpital, l’autre pour une huile capillaire.

En 1950, René-Maurice décède brusquement. Blanche, sa veuve, est nommée présidente de l’entreprise, son fils Marcel devient directeur général et son gendre, Émile, directeur technique. 

Documentation, quelques ouvrages de René-Maurice Gattefossé

 

1950-1960 : La montée en puissance de la clientèle pharmaceutique

L’entreprise se lance dans la prospection auprès des laboratoires pharmaceutiques, proposant dans un premier temps de nouvelles formulations de pommades.

Pourtant, les manifestations d’intérêt des laboratoires pharmaceutiques portent sur d’autres formulations. Émile Mahler va mettre au point à deux produits phares :

  • le Suppocire®, masse pour suppositoire à base d’huile végétale interstérifiée, enregistré en 1954. Suppocire® va représenter un succès commercial et industriel notable et fera de Gattefossé le plus important fournisseur de masses pour suppositoires en France
    (Suppocire : masse pour suppositoires, Gattefossé-SFPA 1959) ;
  • le Labrafil®, qui permet de solubiliser le principe actif d’un médicament, donc d’en améliorer la biodisponibilité. Cette innovation, marquante dans le monde de la pharmacie confère à l’entreprise une dimension scientifique importante.

La parfumerie disparaît peu à peu du catalogue, mais Gattefossé continue d’explorer le marché cosmétique et met au point ses premiers actifs cosmétiques : les "extraits placentaires", qui sont introduits avec succès chez des grands noms de la cosmétique.

 

1960-1975 : Essor commercial et collaborations scientifiques

Le succès des Suppocire® permet à l’entreprise de continuer son développement et d’acheter en 1963 un vaste terrain à Saint-Priest.

En parallèle, l’entreprise recrute un pharmacien, qui met en place le premier laboratoire d’applications. La technologie évolue et le catalogue de références continue de s’étoffer grâce aux essais réalisés chez les clients et au sein du laboratoire d’applications. Ces essais permettent de mettre en évidence les avantages de certains produits en matière de libération prolongée.

Côté cosmétique, Gattefossé s’engage dans l’élaboration de produits biologiques d’origine végétale, avec pour objectif d’extraire des plantes les constituants réputés actifs et adaptés aux préparations cosmétiques et dermo-pharmaceutiques. C’est la naissance de la gamme des Vegetol®.

Gattefossé a conscience de l’importance des écosystèmes et du partage de connaissances pour faire avancer la science. L’entreprise participe à la création de plusieurs enseignements et séminaires à l’université, dont les travaux pratiques se déroulent au sein de ses laboratoires.

''Journées Galéniques'' Saint Rémy de Provence, Mas Bellile, 1970.jpg
Les ''Journées Galéniques'' Saint Rémy de Provence, Mas Bellile, 1970

En 1966, Henri-Marcel crée les Journées Galéniques de Saint-Rémy-de-Provence. Elles rassemblent des pharmaciens, des professeurs de l’école vétérinaire, des botanistes, des chimistes… Un véritable réseau scientifique qui permet à la fois de tester les produits mais aussi de progresser, de défricher de nouveaux "terrains de jeux".

 

1975-1996 : Structuration autour de la pharmacie et de la cosmétique, naissance d’un groupe

À partir des années 1980, l’entreprise se structure autour de ses deux principaux marchés, sous l’impulsion de Bruno Mahler, fils d’Émile, responsable du développement technique.

Côté cosmétique, Gattefossé élabore avec l’Université de Clermont-Ferrand, un procédé d’extraction qui conserve les caractéristiques naturelles des plantes fraîches. Le premier actif de la gamme des Gatuline® est créé, et marque une mutation décisive : Gattefossé s’éloigne définitivement des actifs d’origine humaine (extraits placentaires) et bovins (collagène) pour aller vers une offre renouvelable et objectivée, exclusivement issue du végétal.

En 1996, Gattefossé développe son "expertise de la sensorialité", avec la création d’un panel sensoriel, composé d’une quinzaine de collaborateurs entraînés et formés. Ils évaluent la mesure et l’étalonnage de l’aspect, de l’odeur et du toucher des formulations cosmétiques, des propriétés déterminantes pour le consommateur. C’est un atout différenciant, une initiative qui sera ensuite suivie par de nombreux concurrents.

Dans un registre bucolique, voir Jardin des sens

Côté marché pharmaceutique, Gattefossé multiplie les collaborations scientifiques et les études pour démontrer aux laboratoires pharmaceutiques l’utilité de ses excipients lipidiques, qui permettent d’améliorer l’absorption des principes actifs peu solubles dans l’organisme. La création des SMEDDS* font l’objet d’un brevet en 1995.

* Self Microemulsifying Drug Delivery System

L’entreprise s’intéresse également aux "formes sèches" (médicaments pris par la voie orale) et développe des excipients spécifiquement dédiés.

En parallèle, Jacques Moyrand, gendre de Marcel, devient la cheville ouvrière du développement international de l’entreprise. Elle renforce ses exportations, via un réseau de distributeurs mis en place dès les années 1960, mais surtout, elle s’implante directement à l’étranger.

En 1980, Gattefossé est le deuxième fournisseur mondial de masses pour suppositoires, le troisième fournisseur européen d’esters d’acides gras et le deuxième fournisseur mondial d’extraits biologiques et végétaux pour la cosmétique. L’entreprise désormais centenaire est présente dans quarante-deux pays. Entre 1979 et 1989, Gattefossé ouvre ainsi des filiales en Suisse, aux États-Unis, en Espagne, en Allemagne et en Italie.

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Magazine ''Addiactive'' 2016

En 1994, Gattefossé se structure officiellement comme un groupe. C’est aussi la naissance de la revue AddiActive. Lancée par la filiale France nouvellement créée, elle s’adresse au monde de la Cosmétique et présente des informations scientifiques, des tendances beauté et des exemples de formulations utilisant les actifs et ingrédients Gattefossé. Elle fait aujourd’hui partie des revues de référence du marché.

 

1997-2023 : Une entreprise internationale, solide et en plein développement

En 1997, Jacques Moyrand prend la présidence du groupe. En 1999, plus de 50 % des ventes sont réalisées à l’export.

Le développement international se poursuit, et des filiales sont créées dans des pays lointains entre 2007 et 2016, en Chine, Inde, Singapour, Brésil et Maghreb. Et l’expansion géographique n’est pas seulement commerciale : en Chine et en Inde, des laboratoires d’application, répliques de celui de Saint-Priest, sont installés. Un 4ème laboratoire verra le jour aux États-Unis en 2017.

L’entreprise franchit une nouvelle étape en 2009 en installant un site de production hors de France à Singapour.

Des investissements sont également réalisés sur Saint-Priest, avec la construction d’un nouveau "pôle technologique" en 2010 et d’un laboratoire de biologie cellulaire en 2012. Ce dernier permet à l’entreprise d’identifier les propriétés des extraits de plantes, de réaliser l’évaluation in vitro et ex vivo de ses actifs cosmétiques et d’orienter les études cliniques d’objectivation, réalisées par des sociétés extérieures. 

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''Pôle Technologique'' Blanche Gattefossé, créé en 2010

Ce déploiement à l’international est piloté par Olivier Midler, Directeur Marketing & Business Development, qui prend en 2011 la direction générale du groupe.

Il sera remplacé à son départ en retraite en 2018 par Eduardo de Purgly, qui assurait la Direction Marketing & Business Développement depuis 2011. C’est également en 2018 que la décision est prise de construire une nouvelle usine de production au Texas. Il s’agit du plus gros projet jamais porté par l’entreprise. La première pierre a été posée en juin 2022, les premiers produits sortiront en 2024.

En parallèle, le développement de produits se poursuit.

Médicament de forme dite sèche ou solide, destinée à la voie orale.jpg
Médicament de forme dite sèche ou solide, destinée à la voie orale

Dans le domaine pharmaceutique, l’entreprise collabore avec diverses universités, comme celles d’Innsbruck en Autriche, de Dublin en Irlande et de Melbourne en Australie. Des travaux de recherche sont menés pour démontrer l’efficacité de ses excipients lipidiques pour véhiculer les nouvelles molécules médicamenteuses et améliorer leur absorption dans l’organisme. Certains de ces travaux font l’objet de publications scientifiques...

... et l'aventure continue...

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