2-Info La haie de Benjes

Publié par Yantra

Complément pour "Haie sèche" dans "Haie bocagère"

Là où le plessage tresse le bois vivant, sa cousine allemande fait tout l'inverse – elle empile du bois mort, et attend qu'il devienne vivant. C'est la haie de Benjes, et sa logique est fascinante. 

On empile du bois mort et... une haie vivante.jpg

On l’appelle parfois “haie sèche” ou, par opposition à la haie vive, “haie morte” alors qu’elle est pleine de vie. (Hortus focus)

 

L'idée, en quelques branchages

Hermann Benjes (1937-2007) en 1996.jpg
Hermann Benjes en 1996

À la fin des années 1980, l'écologue et photographe naturaliste allemand Hermann Benjes (1937-2007) et son frère Heinrich cherchent une manière intelligente de valoriser les déchets de taille du jardin. Ils remettent au goût du jour une technique qui remonte au Néolithique : empiler bois mort, branchages, rameaux, racines, feuilles à l'horizontale entre deux rangées de piquets solidement plantés, généralement en acacia ou en châtaignier, espacés d'une vingtaine de centimètres. Hauteur cible : environ un mètre. Aucun assemblage complexe, aucune ligature – juste un empilement calibré qui tient par gravité et friction. 

C'est joli au début mais ensuite, énormément de ronces

C’est justement l’un des points à anticiper avec une haie de Benjes : au fil des années, les ronces peuvent prendre beaucoup de place et devenir dominantes. Elles sont utiles pour la biodiversité, mais sans gestion elles peuvent étouffer les autres jeunes arbustes. 
Une solution consiste à conserver quelques zones de ronces, tout en les rabattant (soit tailler à la base) régulièrement là où elles prennent trop d’ampleur. 
Si l’objectif est obtenir une haie diversifiée, il faut favoriser progressivement les arbustes ligneux qui s’installent naturellement.

internaute Michael

Ce qui est brillant

L'objectif de Benjes n'est pas de faire une haie de bois mort, mais de créer les conditions favorables à l'apparition spontanée d'une haie vivante. Le bois mort attire immédiatement une petite faune – hérissons, oiseaux, chrysopes hivernantes, grenouilles, cloportes, carabes, des insectes saproxylophages (ne consomment que le bois mort en décomposition). Ces visiteurs, oiseaux en tête, apportent dans leurs déjections des graines d'espèces locales : aubépine, prunellier, sureau, noisetier, ronce, cornouiller. Les graines germent au sein du tas, l'humidité et la matière organique en décomposition offrent un excellent substrat, et une haie vive d'essences indigènes se construit toute seule au fil des années. On finit avec exactement ce que Benjes cherchait : une haie naturelle, adaptée au sol et au climat, choisie par les oiseaux eux-mêmes.

Voir Petite faune (les amis du jardin) PDF

En pratique

Haie sèche ''de Benjes''.jpeg

Un couloir de bois mort en empilant des branchages et des déchets de taille entre des piquets.

La haie va devenir un refuge et une zone de passage pour des oiseaux, hérissons, batraciens et insectes. Les animaux et le vent vont disséminer des graines, petit à petit le bois mort est décomposé ce qui crée un sol riche qui profite aux plants.
On peut profiter tout de suite des fonctionnalités d’une haie : protection contre le vent et la vue, refuge de biodiversité, enrichissement du sol. Les arbres prendront le relais une fois qu’ils ont bien poussé.

Centre d'activités du Breuil SGDF

C'est probablement la haie la plus économique et la moins entretenue qui existe. Elle recycle les tailles du jardin, évite le broyage énergivore et l'évacuation des déchets verts, sert immédiatement de brise-vent et de brise-vue, enrichit le sol au fur et à mesure de la décomposition, et peut même supporter des grimpantes comme le lierre, le chèvrefeuille ou la clématite. On peut la rehausser périodiquement en ajoutant de nouvelles couches de bois. La seule limite : elle demande un peu d'espace au sol, généralement 60 centimètres à 1 mètre de largeur.

Deux techniques millénaires réhabilitées, deux logiques complémentaires : plesser le vivant, ou empiler le mort pour qu'il devienne vivant. Le même refus, dans les deux cas, du fil de fer.

Transmis par Le Savoir de Mamie le 17 août 2026

Le fil de fer (notamment barbelé) puis la clôture électrique ont mis un terme à la pratique des haies en négligeant les bienfaits pour la biodiversité. (Hortus focus)

Barbelé ''barbed wire''.jpg

 

Documentation

Wikipédia

Autres haies avec Hortus focus

5 arbustes pour haie défensive [archive]
Haie gourmande, quels arbustes planter ? [archive]

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