1-Info Poudre de momie

Publié par Yantra

Entre filouterie, questions éthiques, absence de base scientifique... et les enseignements qu’on peut en tirer aujourd’hui.

La poudre de momie

Mummia

La consommation de poudre de momies égyptiennes comme remède semble trouver racine dans l’Égypte durant l’époque de l’Antiquité tardive. La "mumie"* peut donner quelques nausées aux non-initiés. Le terme désigne une substance médicinale issue de restes humains momifiés.

Dans l’Égypte antique, les corps étaient embaumés pour unir, selon la croyance, le corps et l’âme.jpg
Dans l’Égypte antique, les corps étaient embaumés pour unir, selon la croyance, le corps et l’âme - Vidal

Voir Égypte ancienne

* Mumie : (n. fém.) Matière éthérée qu'on supposait se former sur les cadavres ou dans les parties malades du corps et à laquelle on attribuait des propriétés tantôt utiles, tantôt nuisibles. (Larousse)

Cet ancien "remède" médicinal fut largement prescrit en Europe du XIIe au XVIIIe siècle pour soigner des blessures et pathologies aussi diverses que les fractures, la tuberculose, l’épilepsie, l’AVC ou… la mélancolie.

Néanmoins, à mesure que la recherche a progressé, la perception de ce remède a évolué, conduisant à son abandon progressif au cours du XVIIIe siècle. Aujourd'hui on ne trouve plus dans nos placards ce curieux remède moyenâgeux... Et fort heureusement, car il ne marche pas, pouvait être dangereux pour la santé et ne respectait aucune éthique.
 

De la poudre de momie dans la pharmacopée médiévale

Hildegarde de Bingen (XIIe siècle) a bien cité quelques remèdes originaux dans Physica, mais ne semble pas avoir mentionné la poudre de momie comme remède miracle. Il en va de même pour le médecin de cour juif du Moyen-Âge Moïse Maïmonide (1138-1204) à la même époque. L'usage de la poudre de momie semble avoir pris de l’ampleur dans le Moyen-Âge occidental vers le XIIIe siècle, après le retour des premiers Croisés.

Voir Hildegarde de Bingen (1098-1179) Qui est-ce ? mystique allemande, spécialiste plantes 

L’engouement pour la "mumie" reposait sur des doctrines médicales médiévales, dominantes à cette époque. En première ligne : la Théorie des signatures. Ce mode de pensée, ayant émergé dès l’Antiquité et qui fut écarté au Siècle des Lumières (XVIIIe siècle) suggérait que l’apparence d’une substance révélait ses propriétés curatives. C’est ainsi que la chair préservée des momies est apparue à cette période comme idéale pour traiter les blessures et les maladies dégénératives. Le vitalisme a également joué un rôle dans l’expansion de cette croyance. Ce courant philosophique postulait qu’une "force vitale" animait les êtres vivants et pouvait être transférée d’un corps à un autre. Il était conséquemment cru que consommer des restes momifiés permettait d’absorber l’énergie du défunt pour guérir ou renforcer les défenses internes.

La place insolite de la poudre de momie dans la pharmacopée médiévale découle en outre d’un contexte particulier où des professions s'organisent peu à peu : médecins, apothicaires voire épiciers, rivalisent d’imagination pour proposer à leur "clientèle" des produits originaux et exotiques, comme la poudre de crâne (cranium humanum) ou la graisse humaine distillée (axungia hominis), aux prix indécents justifiés par de prétendues vertus merveilleuses (1), à consommer tels quels ou sous forme de teinture. 

Pour comprendre les usages thérapeutiques de la poudre de momie au Moyen-Âge, prenons un exemple avec les écrits de Pierandrea Mattioli (1501-v.1578) (2) dans ses commentaires à Dioscoride (3). Dans son ouvrage il décrit plusieurs remèdes thérapeutiques à base de momie :

Dans la pharmacie de Mattioli

  • Contre la migraine : "elle est bonne à la migraine, à ceux qui ont la bouche tournée ou le haut mal". À noter, le "haut mal" est un terme désignant souvent ce qu'on appelle actuellement "épilepsie" (maladie avec convulsions)
  • Contre "les étourdissements et les vertiges, mise dans les narines avec de l’eau et de la marjolaine". 
  • Contre les troubles auditifs "détrempée au poids de un grain dans l’huile violette (4) ou de jusquiame, distillée et mise dans les oreilles". Voir Autour de l'oreille
  • Maux de gorge "détrempée et dissoute aux poids de 4 grains dans une décoction de sarriette" ou avec "une décoction d’orge (5)" contre la toux.

/!\ Il va de soi que les remèdes listés ici sont fantaisistes et peuvent véritablement présenter un danger pour la santé, ne les testez pas sur vous ou votre entourage (de toutes façons, cette "poudre de perlimpinpin" a disparu des rayons des marchands et pharmaciens)

Comme on peut le voir, la diversité de ses indications en faisait une sorte de panacée et donc un produit particulièrement convoité. Une panacée même dans les plus hautes instances, portée par l’approbation des autorités médicales de son temps.
François Ier avait sur lui, dit-on, des sachets d'un mélange de rhubarbe et de poudre de momie, alors antidote contre la peste (alexipharmaque) et premier secours dans les blessures de guerre (6), les mauvaises chutes.

 

À l'origine, une erreur de traduction

Ce "remède" n'a aucun effet, mais doit son succès à une erreur de traduction. Le mot mumia désigna tour à tour le jus de cadavre, l’asphalte utilisé pour l’embaumement et, plus macabrement encore, la chair humaine elle-même*… L’erreur linguistique devint pharmacologique : le bitume céda la place à la chair. Ainsi naquit l’un des remèdes les plus lugubres de l’Histoire… sur une simple erreur de traduction ! 

* [en] Dannenfeldt KH. Egyptian Mumia: The Sixteenth Century Experience and Debate. The Sixteenth Century Journal, 1985; 16(2): 163-180.

Le mot "momie" vient du persan* mummia [en] ou mūmiyā ("cire") qui désignait à l’origine une résine de bitume (7) (sorte de goudron) naturelle aux vertus cicatrisantes et utilisée plus tard pour embaumer les défunts.

* Le vieux perse et le moyen perse sont des langues mortes à l'origine de l'actuel persan (ou farsi).

Avicenne (ou Ibn Sînâ, 980-1037) est, malgré lui, l’une des causes de confusion. Dans ses textes, ce grand médecin perse du XIe siècle décrivait les bienfaits du mūmiyā.

Voir dans École de Salerne

Le temps passant, cette résine fut confondue avec la substance particulière produite par la lente mellification (8) des corps embaumés par les Égyptiens, et on crut que cette dernière possédait les mêmes propriétés curatives.

Avicenne (Ibn Sînâ) 980-1037.jpg

Au XIIe siècle, le traducteur Gérard de Crémone (v.1114-1187) confondit, lors du passage au latin, la résine bitumeuse avec les sucs et les chairs des corps embaumés d'Égypte. Sa confusion n’était d’ailleurs pas totalement absurde : il prit le bitume médicinal pour un exsudat de cadavre égyptien, à la couleur noirâtre et à la texture bitumeuse. Dès lors, la mumia fut comprise comme l’"exsudation aromatique des corps embaumés"* et cette erreur de traduction engendrera des siècles de consommation de poudre de momie…

* Voir Le Guérer A. Un remède odorant macabre : la momie, in À vue de nez : Odorat et communication. Paris, B. Munier, Éditor, CNRS Éditions, 2019, pp 127-142.

Lire aussi Une traduction problématique dans Bois de gopher

 

Une vaste fraude commerciale

Du XIIIe siècle au XVIIe siècle, la matière vendue en Europe par les apothicaires a pu être de nature variable et faire l’objet d’une véritable filouterie. Après tout, qui sait à quoi ressemble véritablement la poudre de momie ? Il apparaît cependant que des débris humains, simple bitume ou restes animaux ont pu faire l’objet de ventes sous l’appellation de "poudre de momie" (1).

Des momies et sépultures antiques (BIU Santé).jpg
Des momies et sépultures antiques - BIU Santé

Face à la forte demande, le pillage des tombes en Égypte s'intensifie et de nombreux apothicaires et marchands, notamment à Paris, fabriquent de fausses poudres avec des cadavres d’esclaves ou des suppliciés décrochés des gibets. Et les médecins européens de prescrire de la chair humaine broyée pour "soigner" les fractures, les contusions et les maladies graves. 

Lire "Traité des embaumements" de Louis Penicher, apothicaire (XVIIe s.) Cosmétothèque

La matière première se faisant rare, le nombre de pharaons disponibles à la pulvérisation restait limité, les falsifications et contrefaçons commencèrent… On importait non plus des restes de nobles Égyptiens, mais des rebuts de pauvres gens, voire de simples condamnés, que les marchands orientaux faisaient "confire deux ou trois mois" avant expédition*. Et les Européens eux-mêmes se mirent à produire leurs propres momies ! Ainsi, le médecin allemand Oswald Crollius (v.1560-1609) conseillait de choisir le corps d’un jeune pendu d’environ 24 ans (sic) ou d’une personne morte violemment ; il préférait les roux, car "le sang est plus tenu" et la chair meilleure. On prélèverait les meilleurs morceaux, comme les cuisses ou les fesses, avant exposition au soleil, puis l’ajout de myrrhe, d’aloès, de styrax et de safran (9). Paracelse (1493-1541), en bon alchimiste, préparait lui-même ses momies et en tirait une "liqueur de momie" dont il se servait pour composer un baume pompeusement baptisé "Baume de Christ"* (9).

* Voir Le Guérer A. (2019) op. cit.

Au XVIIᵉ siècle, le marchand droguiste Pierre Pomet (1658-1699) décrit sans détour ces pratiques :
"Les mumies qu’on nous apporte d’Alexandrie, d’Égypte, de Venise, même de Lyon, ne sont autre chose que des cadavres de gens morts de différentes manières […] entortillés d’une méchante serpillière
".
L’auteur, un brin fataliste, explique qu’il y a toujours des médecins pour en prescrire malgré ces avertissements :
"Comme je ne suis pas capable d’empêcher tous les abus, et qu’il se trouve encore des personnes qui en veulent user, je dirai qu’on la choisira belle, luisante, bien noire, d’une bonne odeur, laquelle, étant brûlée, ne sente point la poix
" (10).

Vu dans Vidal

Amphore d’apothicaire portant l’inscription MUMIA, XVIIIe s. (Coll. Deutsches Apothekenmuseum Heidelberg).jpg
Amphore d’apothicaire du XVIIIe s. - Coll. Deutsches Apothekenmuseum Heidelberg

 

La fin du remède *magique* dans la pharmacopée médiévale

Au XVIe siècle, le médecin suisse Paracelse (1493-1541) remet en cause les effets de la "mumie" en affirmant que seules les chairs fraîches avaient des propriétés curatives, discréditant ainsi l’usage des momies antiques. Le chirurgien français Ambroise Paré (1510-1590) dénonce l'inefficacité et le danger de cette pratique (11).

En outre, dès le début du XVIIe siècle, l’essor de la médecine expérimentale et l’avancement des connaissances en anatomie (12) et en pathologie, l’apparition de recueils pharmaceutiques, une sélection des produits inventoriés plus stricte, contribuent à discréditer la poudre de momie, qui ne remplit pas les critères de sélection. Ses vertus sont remises en cause (à juste titre) et elle tombera dans l’oubli progressivement au XVIIIe siècle (1), bien que peu avant la Révolution, son usage soit toujours indiqué dans Le choix des meilleurs médicamens pour les maladies les plus désespérées de Pierre-Joseph Buc'hoz (1731-1807, avocat et médecin) et, avec l’avènement de la médecine contemporaine au XIXe siècle, la pratique cessa peu à peu. En parallèle, la perception des restes humains évolue : avec l’essor de l’égyptologie, les momies devinrent des artefacts culturels et non plus des matières premières médicales.

Vendeur de momie en Egypte, Félix Bonfils 1875.png
Vendeur de momie en Egypte - Félix Bonfils 1875

Mais l’histoire ne s’arrête pourtant pas complètement et persistera encore un temps : en 1905 certaines pharmacies allemandes proposaient de la mumia persica*. Un laboratoire pharmaceutique connu commercialisait en 1924 une Mumia vera Aegyptiaca à 12 goldmarks le kilo, soit environ 300 euros le kilo ! (Merck. Mumia Vera Aegyptiaca. 2025).

* [en] Dannenfeldt KH. op. cit.

Et à présent, si de nos jours la poudre de momie n’a plus sa place dans les ordonnances, un peu de son ancêtre bitumineux survit pourtant : l’ichtyol, ou bituminosulfate d’ammonium, un goudron sédimentaire riche en soufre (obtenu par distillation des schistes bitumeux) encore utilisé dans certaines préparations et spécialités pharmaceutiques. Comme quoi, entre le baume des pharaons et la pommade du pharmacien, il n’y a parfois qu’un léger changement de texture…

D'un autre côté, les poudres de momie restèrent une denrée marchande de haute valeur jusqu’au milieu du XXe siècle, qu’on utilisa comme pigment dans les peintures à l’huile.

 

La morale de cette histoire

Cette épisode de l'Histoire de la médecine nous rappelle que la rigueur est essentielle car la moindre erreur de vocabulaire et/ou de sémantique peut avoir des conséquences. Nos sources doivent être étudiées autant que possible dans le texte d’origine afin d’analyser le vocabulaire employé et les variantes envisageables. Un texte traduit (issu d’une transcription préalable) a toujours une part d’interprétation de l’auteur. Il ne faut pas encenser le Moyen-Âge plus que de raison car ses recommandations n’étaient pas toutes judicieuses. La vérité historique c’est aussi de dire que certaines choses n’ont plus de sens aujourd’hui.

La poudre de momie - et non pas la poudre de mamie :’) - est donc un remède du passé au destin *fabuleux* qui n’a jamais eu aucune pertinence au sein de la pharmacopée ou de la phytothérapie. En revanche son Histoire a un écho et nous rappelle que rigueur et discipline sont indispensables dans nos recherches, pour faire émerger des manuscrits d’autrefois des vérités documentées et sourcées.

Momie (illustration) Cosmétothèque.jpeg

Désormais disparue, pour le bien du commun des mortels, la "mumie" rappelle que la frontière entre science et superstition est parfois ténue.

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Documentation

Notes et références 

(1) Francis Trépardoux "Les momies comme médicaments" in Revue d’Histoire de la pharmacie, 100e année, N° 380, 2013, pp. 353-360 archive

Pierandrea Mattioli (1501-v.1578)  
Le chef-d'œuvre botanique de ce médecin italien est Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis qui paraît pour la première en 1544 en italien. Contrairement à ce que l'on pourrait en conclure à la lecture du titre, il ne s'agit pas que d'une énième réédition de Dioscoride (1er siècle, né entre 20 et 40, médecin, pharmacologue et botaniste grec) mais bien d'une œuvre plus personnelle dans laquelle Mattioli décrit toutes les plantes qu'il connaît mais aussi des usages de la pharmacopée traditionnelle comme l'utilisation de poudre de momie en remèdes : un égarement qu'on pardonnera volontiers (vu l'ambiance de l'époque...) car les illustrations sont grandes et de très bonne qualité.  
Pierandrea Mattioli (1501-v.1578) par Alessandro Bonvicino.jpg
Pierandrea Mattioli par Alessandro Bonvicino
Mattioli, Pierandrea (1500-1577) sur idref.fr
 

(3) Pierandréa Mattioli, Senensis, Commentaires en six livres de la Materia Medica de Dioscoridis Anazarbos, Venise 1583. 

(4) "... dans l’huile violette..."(?) Peu clair. La couleur (de l'"huile") ? Mais plus vraisemblablement la plante...
La violette a une longue histoire d'utilisation en herboristerie, mais on lui a attribué, sans aucune preuve, des vertus contre épilepsie, asthme, maladies de peau ou eczéma. Elle serait également un laxatif doux, un dépuratif (rend plus pur le sang), un diurétique... Des bains à base de décoction de feuilles donneraient des résultats pour les maladies rhumatismales... (mais rien sur des "troubles auditifs"...)  
Violette.jpg

Toutefois la violette odorante a des propriétés médicinales éprouvées : l'infusion de ses fleurs est sudorifique (qui provoque la sueur). Toutes les violettes ont des propriétés émollientes (amollissent les tissus cutanés) et expectorantes, et ont été employées dans le traitement de maladies respiratoires telles que la bronchite et la coqueluche, encore de nos jours sous forme de pastilles à sucer ; la racine est émétique (vomitive) du fait de la présence de violine (François Couplan "Le régal végétal : plantes sauvages comestibles" Éditions Ellébore  p.197). Quant à l'improprement appelée "huile de violette" (ou huile de feuille de violette, Viola odorata, absolue de violette, absolue de feuilles de violette, huile de feuille de violette douce, extrait de violette douce...) il s'agit en fait d'une huile essentielle. On ne distille pas les fleurs mais les feuilles, par extraction à l'alcool, puis évaporation de celui-ci (il faut plus de 3 tonnes de plantes pour obtenir 1 kg d'huile essentielle). Le produit obtenu possède une note verte, poudrée, légèrement cireuse, et des vertus calmantes et apaisantes (retrouver le sommeil, petits problèmes cutanés).
Ceci étant, il me paraît peu probable que Mattioli fasse allusion à l'huile essentielle de violette - mais plutôt à un macérat ? - même si à la Renaissance (Italie XVe siècle, XVIe en France), les huiles essentielles sont très réputées et qu'à cette époque leur diffusion est devenue une pratique courante, utilisées pour purifier l’intérieur des maisons durant la pandémie de peste. 

(5) Rappelons toutefois que la décoction d’orge (Hordeum vulgare) est un grand classique, et le mot tisane vient de "tisaine", du grec "ptisane" signifiant "orge mondée" –  lu dans Céréales ; voir aussi L’orge en phytothérapie, propriétés, dont antitussive, et usages, dont irritation de la gorge, dans [Books of] Dante)
Orge (illustration miniature).jpg

Profitons de cet espace pour évoquer l’extrait d’orge en herbe aux pouvoir anti-oxydant exceptionnel et activité anti-inflammatoire. Il soutient le système immunitaire et a des effets hypocholestérolémiants (font baisser le taux de cholestérol dans le sang) – lu dans Superaliments. 

(6) "L'étrange obsession des médecins du Moyen Âge pour la poudre de momie" archive

Les noms grec πίσσα (pissa) et latin pix désignaient à l'origine aussi bien la résine que la poix ; et de manière plus large les confusions sont fréquentes dans l'Antiquité entre les dénominations de poix, de résine, de bitume et de pétrole ; le bitume se dit aussi pix fossilis et on employait la poix pour le falsifier. "πίσσα" et "pix" sont indo-européens, comme le montrent les formes slaves et baltiques de la racine. Ensuite Columelle rapporte l'usage par les Allobroges, d'une poix, pix corticata, pour apprêter leurs vins, qui ne peut être qu'une résine de sapin. L'arbre à poix est nommé "picea", dont l'usage pour cette signification n'est attesté qu'au XVIIIe siècle... – vu dans Lexique "phyto-médical" à "Poix". 

(8) Pris dans le sens de "momification", la mellification désigne une pratique de momification humaine dans du miel. Procédé : un vieil homme en fin de vie consommait uniquement du miel et se baignait dedans jusqu'à sa mort. Après sa mort, le corps était mis à macérer dans un cercueil de pierre rempli de miel pendant un siècle pour créer un remède médicinal rare censé guérir les blessures et les fractures. 

(9) Penicher L. Traité des embaumemens selon les anciens et les modernes: avec une description de quelques compositions balsamiques & odorantes. Chez Barthelemy Girin 1699. 

(10) Pomet Pierre Histoire générale des drogues [...] Paris, J.-B. Loyson et A. Pillon 1694. 
Cet ouvrage est considéré comme le plus complet et le plus sûr de son époque. Il est traduit dans plusieurs langues dont l'allemand et l'anglais. 
Ci-contre Portrait de Pierre Pomet
dans "Histoire des drogues" (1694) =>

Son fils, apothicaire, publie en 1735 une 2ème édition de l’œuvre de son père : Pomet P. et J. Nouvelle Édition, corrigée et augmentée des Doses, et des Usages, Paris, E. Ganeau et L.-E. Ganeau fils. 

 
Pierre Pomet (1658-1699) portrait dans ''Histoire générale des drogues'' (1694).png
(11) Pour son traité, paru en 1582, Ambroise Paré, chirurgien du roi, s’informe sur les procédés de momification en lisant Hérodote et Strabon. Il a aussi interrogé le médecin Guy de La Fontaine, de retour d’un voyage en Égypte : les momies que l’on envoie en France sont bien souvent préparées en trois mois dans des arrière-boutiques avec des cadavres d’esclaves, parfois morts de peste, de vérole ou de lèpre. La fraude serait même installée à Paris, où des commerçants sans scrupule attendraient la nuit pour décrocher du gibet des corps de condamnés. Paré en conclut que la poudre de momie "peut beaucoup plus nuire que aider". Pour lui la poudre de momie est contre-indiquée car "elle provoque le vomissement et blesse l’estomac".  
Ambroise Paré (1510-1590) chirurgien et écrivain français en 1582.jpg
Ambroise Paré en 1582
"chair de corps morts puants et cadavéreux", "la momie ne vaut rien", rappelant avec bon sens que "les Égyptiens n’ont jamais pensé faire embaumer leurs corps pour être mangés des chrétiens". 

* Extraits Paré A. Les Œuvres d'Ambroise Paré, onziesme édition reveuë et corrigée en plusieurs endroits, et augmentée d'un fort ample traicté des Fièvres, tant en général qu'en particulier... nouvellement trouvé dans les manuscrits de l'autheur. Pierre Rigaud, 1652) 

(12) Anatomie (PDF) de Gérard de Lairesse (1641-1711). Il est surtout réputé pour ses peintures bibliques et mythologiques, mais il est également l’auteur d’admirables dessins d’anatomie réalisés pour l’Anatomia Humani Corporis de son ami le médecin Govert Bidloo (1685). La BIU Santé conserve dans ses collections les cent six dessins originaux qui subsistent.  

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Ingrédients insolites : la poudre de momie (archive) La Cosmétothèque

La poudre de momie, un curieux remède médiéval () Barbara Herrbach sur Naturopathie Médiévale® –archive

Manger des morts pour guérir : l’étrange erreur médicale qui a popularisé la poudre de momie (archive) Géo

Quand on soignait les fractures avec du jus de momie (archive) Vidal

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