VILLARS Dominique 1745-1814 médecin, botaniste et professeur
Dominique Villars
14 novembre 1745 - 26 juin 1814
Botaniste et médecin, il fut à partir de 1782 médecin titulaire de l'hôpital de Grenoble. Après avoir été professeur à l'École Centrale de Grenoble, de 1795 à 1803, il fut nommé doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg, où, malade depuis plusieurs mois, il mourut en 1814.
Vill. est son abréviation botanique standard.
autres portraits sur Wikimedia Commons et d'un anonyme
Dominique Villars (ou Villar ou encore Villard) est né le au Villard, hameau de la commune du Noyer (aujourd'hui dans les Hautes-Alpes), dans le Champsaur, et mort le à Strasbourg (Bas-Rhin). Issu d'une modeste famille paysanne du Champsaur (p.56*), son père, greffier pour la commune et le châtelain du coin, lui apprend à lire et à compter. C’est en emmenant paître les bêtes dans les alpages que Dominique, dès l'enfance, s'intéresse aux fleurs, découvre la botanique (p.58*) et se met de bonne heure à herboriser.
Voir Pierrine Gaston-Sacaze (1797-1893) berger et botaniste (dans Sentier botanique)
Orphelin de père à 15 ans, sa mère, Marguerite Dastrevigne, l’envoie chez un procureur de Gap (p.59*) pour qu'il se familiarise avec le droit. Il découvre le traité de médecine de Louis Guyon (vers 1527-1617), Miroir de la beauté et de la santé corporelle. Il rencontre peu après un médecin qui lui prête d’autres ouvrages de médecine dont ceux de Pierandrea Mattioli (1501-vers 1578). Villars s’oriente dès lors vers la médecine et la botanique (p.58*).
La mère de Villars le marie à l'âge de 17 ans, le , à Jeanne Disdier, une orpheline d’un village voisin, dotée d'un petit pécule. De ce mariage vont naître cinq enfants (pp 57-58*) dont l'un prénommé Dominique deviendra également médecin. Si la mère de Villars pensait le détourner de sa passion pour les plantes et la médecine, cela n'a pas été le cas : le jeune homme continue de suivre ses centres d'intérêt. Il poursuivra des études de chirurgie et de médecine.
En 1765, il rencontre Dominique Chaix (1730-1799, Chaix est son abréviation botanique), curé des Baux (hameau dans les Hautes-Alpes) et botaniste amateur, qui le forme véritablement à la botanique, et avec qui il se lie d'amitié : il parcourt les Alpes dauphinoises à la recherche de plantes inconnues (p.59*)1. L'abbé lui fait découvrir l’œuvre de Carl von Linné (1707-1778).
Dominique Chaix avec un herbier et certaines espèces les plus emblématiques
dont il a contribué à la découverte dans les Alpes. À noter, ce portrait est une œuvre d’imagination
puisqu’il ne subsiste aucune image historique avec son visage (Nylnook)
En 1771, à 25 ans, Villars décide d’étudier la médecine à Grenoble, afin d'exercer un métier correspondant à ses goûts et d'avoir un revenu lui permettant de nourrir sa famille (p.60*). À son arrivée, il fait grande impression sur l’intendant de la province (le Dauphiné), Christophe Pajot de Marcheval, qui lui octroie une pension pendant trois ans. Il étudie la médecine chez les Pères de la Charité qui administrent l'hôpital militaire de Grenoble. Villars continue d’herboriser dès qu’il le peut. Il visite le Midi de la France et les collections botaniques de Montpellier, Nîmes et Marseille, et commence à avoir des échanges avec des botanistes.
En 1775-76, Villars participe à une exploration géologique et botanique du Dauphiné organisée par le gouvernement français (p.60*) et dirigée par Étienne Guettard, qui comprend notamment Barthélemy Faujas de Saint-Fond. Dominique Villars est chargé de réaliser un catalogue des plantes du Dauphiné. Guettard le fait venir à Paris en 1777 et lui permet de rencontrer les botanistes Bernard de Jussieu (-), Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836), Edme-Louis Daubenton et André Thouin, ainsi que les médecins Antoine Portal et Félix Vicq d'Azir. Il prend connaissance des travaux des botanistes Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) et Sébastien Vaillant (-).
En 1778 Villars obtient son titre de docteur en médecine à Valence. Quelques années plus tard, Pajot de Marcheval lui offre alors la direction du jardin botanique qu'il vient de créer et une chaire de botanique rattachée au jardin, ainsi que l'enseignement de la matière médicale à l'hôpital civil et militaire de Grenoble, cette promotion s’accompagne d’une confortable augmentation de sa pension. En 1780, il est envoyé combattre une violente épidémie en Champsaur et Valgaudemar. Il devient médecin de l'Hôpital militaire, breveté du Roi, en 1782, en plus de ses fonctions précédentes (p.61*). Il travaille comme médecin jusqu'en 1803 (p.63*).
Villars partage son temps entre ses deux passions : la médecine et la botanique en herborisant dans toute la région. Lors de la Journée des Tuiles à Grenoble, il a l'occasion de sauver un jeune sergent, Jean-Baptiste Bernadotte, futur roi Charles XIV Jean de Suède, qui tentera en vain de convaincre Villars de devenir son médecin personnel.
En 1785 Jean Emmanuel Gilibert édite dans son Systema Naturae, la Flore delphinalis de Villars, contre son gré2. Ce dernier herborise avec plusieurs collègues dont Benoît Vaivolet, en compagnie de Dumarché3, Le Monnier et François-Victor Bravais4 (*).
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Plus de 2 700 espèces sont décrites, somme constituée pendant plus de 20 années d’observations. Villars s'est lui-même chargé des illustrations - 55 planches gravées sur cuivre par Chauvin et J. Robert, conservées par la BU Médecine Pharmacie. Cet ouvrage est le second paru en France sur la flore d'une région, et le premier ouvrage marquant sur la flore du Dauphiné (pp 63-64*). |
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En 1795, Villars devient professeur d'histoire naturelle à l’École centrale de Grenoble, où il a Stendhal comme élève (p.66*). La même année, il est appelé comme associé national non résident par l'Institut national des sciences et des arts, qui vient d'être fondé. 26 sociétés savantes le demandent, parmi celles-ci des sociétés d'autres pays telles que l'Académie royale des sciences de Turin, la Linnean Society of London et la Société d'histoire naturelle de Genève (p.65*).
À cette époque, il a comme élève Simon-Jude Honnorat qui, à l'âge de 19 ans, rédige les leçons de botanique de son maître. Le manuscrit est orné de 41 planches coloriées représentant 52 plantes. Villars compose pour son élève un herbier de 1300 espèces dont il lui fait cadeau.
Cet herbier, qui comprend deux gros volumes d'environ 100 feuilles chacun, se trouve au Muséum de Grenoble. L'écriture figurant dans cet herbier nous indique qu'il a été en réalité réalisé par l'abbé Dominique Chaix (1730-1799), ami de Dominique Villars, certainement à la demande de ce dernier5.
En 1803, l'hôpital militaire de Grenoble est rattaché à l'hôpital civil et l’École centrale de Grenoble est supprimée. Dominique Villars ne peut donc y poursuivre ses fonctions et il perd sa pension. Il quitte alors Grenoble et cherche à s'installer à Gap, mais l'Empereur Napoléon Ier, par un décret du 4 pluviôse an XIII (), le nomme titulaire de la chaire de botanique à l’École spéciale de médecine de Strasbourg, chaire précédemment occupée par le médecin et naturaliste français Jean Hermann (1738-1800). Dominique Villars, âgé de 60 ans, accepte le poste et s'installe à Strasbourg, où il reste jusqu'à sa mort. Durant ces neuf dernières années, le botaniste continue ses activités scientifiques et s'intéresse à la flore de l'Alsace et des Vosges. Il devient le doyen de la Faculté de Strasbourg en 1809.
En 1811, un long voyage en Suisse et dans le nord de l'Italie lui permet de découvrir la flore locale - en compagnie de deux botanistes alsaciens, le médecin Lauth et le pharmacien Nestler - qui fut l'objet d'un mémoire contenant notamment la description de plusieurs nouvelles espèces (p.66*).
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(p...*) "Dominique Villars, médecin et botaniste dauphinois" 1953 (PDF pp 54-67) Jules Offner (1873-1957, médecin et botaniste français) [archive] Société dauphinoise d'ethnologie et d'archéologie
1. Quand Dominique Villars herborisait dans le Champsaur www.ledauphine.com
2. Dictionnaire historique des membres de la société linnéenne de Lyon (Société linnéenne de Lyon)
3. Georges-Henry Dumarché (1755–1828) est un botaniste français reconnu qui a collaboré avec plusieurs institutions majeures de sa région (Société d'agriculture de Lyon, Société linnéenne de Paris, Société linnéenne de Lyon). Ami de l'agronome et botaniste Benoît Vaivolet, Dumarché a laissé d'importants écrits scientifiques, dont certains sont conservés sous forme de manuscrits inédits : Catalogue des plantes du département de l'Ain (1806), Annotations sur un exemplaire de l'Hortus Cliffortianus (vers 1810, l'ouvrage célèbre de Linné), divers écrits relatifs à l'histoire naturelle.
4. François-Victor Bravais (1764-1852) a étudié la médecine à Montpellier, où il fut le préparateur du chimiste Chaptal, futur ministre de l’Intérieur de Napoléon Bonaparte. Après la Révolution, François-Victor s’établit praticien à Annonay (Ardèche) où il devient un notable respecté et un botaniste fervent, composant un herbier de six mille plantes. On lui doit des travaux sur la flore cévenole et alpine et l’introduction du dahlia en France. Auguste Bravais, le quatrième des cinq enfants et le plus jeune des garçons du couple Bravais, naît le 23 août 1811 à Annonay.
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(*) Antoine Magnin médecin et botaniste français (), a fait l'essentiel de sa carrière à Besançon, où une rue porte son nom. Nom qui a en outre été donné à neuf plantes ou fossiles. Magnin s’est illustré au tournant du XXe siècle en tant qu’enseignant et habile homme de réseau. Membre fondateur de nombreuses sociétés savantes et communicant zélé, il travaille à établir des liens entre les sciences et les citoyens grâce à la tenue de séances publiques au jardin botanique, auxquelles assistent étudiants, artisans, enseignants, élus locaux et nationaux comme Albert Métin (1871-1918), député du Doubs plusieurs fois ministre. œ
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Bibliokraft - Wikipédia - Les grandes unités géographiques sont déjà signalées dans l’œuvre du botaniste A. Magnin intitulée "La végétation de la région lyonnaise" (1886), extrait sur Decitre (PDF).
Dans un sens un peu différent, voir "Géopolitique des plantes" dans Classification du vivant.
Fiche d'Antoine Marie Magnin (PDF) dans Dict. historique des membres de la société linnéenne de Lyon
5. "État des connaissances de l'herbier GRM du Muséum de Grenoble au 1er mars 2021" (PDF p.67) Museum de Grenoble [archive] L'acronyme GRM désigne officiellement l'Herbier du Muséum d'Histoire Naturelle de Grenoble. Il s'agit de son code international répertorié dans l'Index Herbariorum.
Documentation
Sources principales : Bibliothèque dauphinoise – Wikipédia
Voir aussi dans Marmottier Prunus brigantina
Ouvrages de Dominique Villars
Histoire des plantes du Dauphiné
Histoire des plantes du Dauphiné est un guide botanique dédié à la flore de la région française du Dauphiné. L'œuvre est l'une des plus complètes jamais publiées sur les plantes de cette région (Google Livres). L'ouvrage a fait l'objet d'une numérisation particulièrement soignée par le Real Jardín Botánico de Madrid :
Tome I
Tome II
Tome III, 1ère partie
Tome III, 2ème partie
L’ouvrage complet (domaine public) est disponible en numérisation libre sur :
Internet Archive (tomes séparés, dont le T.3 avec le renvoi)
Biodiversity Heritage Library (BHL)
Gallica (BnF) et d’autres bibliothèques numériques.
Autres ouvrages de Dominique Villars
Flora Delphinalis (sive, Elenchus generum et specierum...) est la première publication d'inventaire des plantes de Dominique Villars, rédigée en latin et publiée en 1785. Elle précède d'un an le début de la publication de son Histoire des plantes de Dauphiné. Plus qu'une simple liste classée, cet ouvrage de botanique historique majeur recense les genres et les espèces de plantes de l'ancienne province du Dauphiné, donnant pour chaque espèce ses environnements et les localisations d'observation.
Lire plus sur la Bibliographie de Dominique Villars
Autour de Dominique Villars
Dominique Villars à la Bibliothèque du Muséum de Grenoble
Dominique Villars s’éteignit en 1814, à Strasbourg, laissant entre autres héritages un herbier très fourni, précieusement conservé au Muséum d’histoire naturelle de Grenoble.
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de gauche à droite Polypodium vulgare - Papaver rhoeas - Carex panicea
Lire Herbier de Dominique Villars [archive] Grenoble Patrimoine
Herbier Dominique Villars, témoin de la flore du Dauphiné
par Vincent Poncet 1999 (Muséum de Grenoble) PDF
Échosciences - Grenoble + vidéo :
Petite vidéo (sans le son) pour décrire l’herbier de grande chartreuse de Villars de 1775 (c’est un herbier relié, différent de l’herbier des plantes vasculaires, qui est le plus connu). Réalisée par Matthieu Lefebvre, chargé des collections botaniques au Muséum de Grenoble.
Fidèle à sa passion, Villars œuvra pour la création du Jardin des plantes de Grenoble, et continua toute sa vie à herboriser. Il revint dans le Champsaur à plusieurs reprises, pour combattre les épidémies. “Il essayait de soigner, souvent gratuitement, et parfois donnait de sa bourse aux plus pauvres”, souligne André Blanc, descendant d’un frère du botaniste.
Créé en 2014, le Jardin Dominique Villars est un jardin de plantes médicinales situé dans le parc des facultés de médecine et pharmacie de Grenoble (Université Grenoble Alpes). La particularité de ce jardin pédagogique tient dans le fait que les plantes médicinales sont regroupées en divers bacs et en zones d’habitat selon leurs propriétés thérapeutiques. Une attention est également portée sur les confusions et les plantes toxiques. Les plantes médicinales sont présentées dans des bacs selon leurs propriétés thérapeutiques ou les pathologies à soigner.
On découvre, dans le Jardin Médiéval des 4 humeurs, 46 plantes médicinales avec leur usage d’après un traité de médecine de1567. Élaborée peu à peu par Hippocrate et les auteurs du Corpus Hippocraticum, puis par Galien, la théorie humorale a joué un rôle important dans l’Histoire de la Médecine et de la Pharmacie jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Voir aussi Théorie des signatures
Lu (et suite) dans Fondation Université Grenoble Alpes
Lire aussi Jardin Botanique Dominique Villars de
Facultés de médecine et de pharmacie de l'Université Grenoble Alpes
Un sentier serpente dans une forêt touffue, où se mêlent pins sylvestres, sapins et hêtres, longe un torrent grondant, le franchit par une passerelle en bois sombre, puis débouche subitement sur de vastes pelouses parsemées de fleurs. Les couleurs et les senteurs se mélangent agréablement. L’œil peut embrasser d’un trait les sommets du Champsaur, de Faraud au Vieux Chaillol, mais il est attiré par ce tapis luxuriant : œillets blancs et roses, millefeuilles, millepertuis, trèfles… Nous sommes sur le sentier botanique Dominique Villars de la commune du Noyer (05). Sur un chemin que l’illustre Champsaurin a vraisemblablement parcouru de nombreuses fois, dès son enfance, lorsqu’il emmenait paître les bêtes dans les alpages. Et l’on comprend pourquoi le futur médecin est tombé sous le charme de cette végétation.
Le sentier Dominique Villars, au Noyer, permet de découvrir une végétation que le médecin et botaniste a certainement observée à de nombreuses reprises à son époque.
Lu dans www.ledauphine.com (
Voir aussi Sentier botanique
Infos diverses
"Richesses touristiques et archéologiques du canton de Miribel : Miribel, Beynost, Neyron, Saint-Maurice-de-Beynost, Thil" (dépt Ain) Ouvrage collectif 2-907656-27-9 1995)
Série "Richesses touristiques et archéologiques" (Nouvelle Librairie sétoise) pour mémoire
Glossaire
- Agent voyer. Agent, du latin agere "agir" et voyer, de voie, du latin viarius (de via "chemin, route"), qui désigne un inspecteur des routes (Larousse 1873), les voies romaines (viae romanae). Un agent voyer est en France, jusqu'à une date récente, un fonctionnaire public chargé de gérer (construction, entretien, surveillance) certains biens communaux, notamment la voirie communale (les anciens "chemins vicinaux"), les routes de campagne et de communication locale. Voir aussi Gene Base (fiches métiers)
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