2-Scabieuse Scabiosa

Publié le par Yantra

Scabieuse

Scabiosa

Scabiosa est un genre de plantes herbacées vivaces de la famille des Dipsacaceae selon la classification classique de Cronquist (1981) ou des Caprifoliaceae selon la classification phylogénétique APG IV (2016). Certaines de ses espèces sont appelées "scabieuse" et leur nombre varie, à l'heure actuelle, selon les auteurs.

Scabieuses, Johann Wilhelm Weinmann (1737-1745).jpg
Des scabieuses - Johann Wilhelm Weinmann (1737-1745)

Féminin de scabieux (du latin scabies, dérivé de scabere "gratter, se gratter") car la scabieuse sauvage (Knautia arvensis) était réputée soigner la gale (ou scabiose, d'où le nom de scabieuse) provoquée par un acarien microscopique.

Les noms vernaculaires sont langue de vache, tête de loup, fleur de tonnerre... ou racine du diable, mors du diable : d’après la légende, le diable, furieux des nombreux bienfaits de la plante sauvage, mordait un morceau de sa racine pour lui enlever ses propriétés curatives dès qu’on tentait de l’arracher (succise des prés). La knautie des champs possède aussi des propriétés médicinales. La scabieuse a la réputation d’être la fleur du deuil et celle des veuves, d'où cet autre surnom de fleur des veuves (Scabiosa atropurpurea). 

Autrefois, le terme scabieuse recouvrait beaucoup d’espèces aujourd’hui classées dans des genres voisins du fait de nouvelles connaissances phylogénétiques. Les flores anciennes incluaient les Scabiosa, Knautia, Cephalaria, Succisa... sous le nom de scabieuse. Le genre a subi plusieurs révisions et certaines espèces avaient été déplacées vers d'autres genres (notamment Sixalix et Lomelosia). Un peu comme si des sœurs étaient devenues des cousines... Un vrai casse-tête pour le botaniste ! Mais cela est toujours sujet à discussion, les déplacements sont parfois remis en cause. Voir aussi plus bas.

Voir Wikipédia – Voir aussi quelques espèces avec La Plume de l'Oiseau Lyre

Scabiosa est le genre "véritable" des scabieuses. Il appartient à la famille des Dipsacaceae (ou Caprifoliaceae, voir ci-dessus). C'est notamment le genre de :

Scabieuse à trois étamines Scabiosa triandra.jpg
Scabieuse à trois étamines Scabiosa triandra
Scabieuse colombaire (feuilles caulinaires).JPG
Scabieuse colombaire (feuilles caulinaires)
  • Scabieuse du Caucase, Sacabiosa caucasica M.Bieb., des variétés aux coloris délicieux.
Scabiosa caucasica ''Fama'' (deep blue) © Chiltern Seeds.jpg
Scabiosa caucasica ''Fama'' (deep blue) © Chiltern Seeds

Rappelons que le genre Scabiosa a subi plusieurs révisions et son pourtour est encore fluctuant à l'heure actuelle. Les espèces de ce genre vivent en Europe, en Afrique et en Asie.

 

Description des scabieuses

Voir Promesse de Fleurs

Comptant environ 120 espèces au sein d’une famille nombreuse d'herbacées vivaces, on les trouve en plaine, dans les prairies, sur les bords de route, jusqu’à 2000 m pour l’espèce commune. Les différentes scabieuses se caractérisent par une longue tige avec des feuilles opposées dentelées et une hauteur d'environ 50 à 80 cm.

S’épanouissant de juin à septembre voire octobre, elles présentent des inflorescences en capitules, avec un involucre à la base entouré d’une collerette de bractées. Elles ont 4 étamines. Toutes ces espèces sont nectarifères et attirent les insectes pollinisateurs. Le fruit est un akène avec aigrette. Voir Quand la scabieuse monte en graine.

Voilà pour les points communs. 

On distingue les knauties des scabieuses, en comptant les pétales ou lobes des fleurs externes du capitule, 4 pour les premières, 5 pour les secondes. Les graines portent des soies blanches pour les knauties, noires pour les scabieuses.

 

La scabieuse des jardins

Scabiosa "moschata" atropurpurea

Scabieuse Fleur de Veuve, Scabiosa atropurpurea - Herbier de Jacques Raige-Delorme (1795-1887).jpg

Scabieuse Fleur de Veuve, Scabiosa atropurpurea - Herbier de Jacques Raige-Delorme (1795-1887)

La désignation Scabiosa "moschata" atropurpurea fait référence à une confusion historique ou à un ancien synonyme entre deux plantes ornementales de familles différentes souvent cultivées pour leurs fleurs parfumées et sombres :

• Scabiosa atropurpurea (souvent appelée scabieuse pourpre foncé ou des jardins, fleur de veuve) est une plante de la famille des Dipsacaceae, cultivée comme une annuelle ou une vivace de courte durée. D'origine montagnarde (du sud de l'Europe), elle est idéale pour des massifs à l'aspect champêtre et naturel ou dans un jardin de curé. C'est aussi une excellente fleur coupée.

Scabieuse noire Scabiosa Chile Black (Promesse de Fleurs).jpg

Scabieuse Chile noire (Promesse de Fleurs)

Elle fleurit sans arrêt de mai-juin à sept.-oct., produisant  des inflorescences en pompons arrondis de couleur rouge-violacé ou pourpre, bordeaux ou presque noires, piquetées d'étamines blanches, parsemées d'étamines blanches, sur un feuillage vert dentelé, attirant les papillons.

Les fleurs de la scabieuse purpurea (ou atropurpurea) seraient  les plus foncées de toutes les plantes européennes, qu'on plantait près des tombes.

Fleurs "noires", voir :
Rose noire dans Abécédaire de la Rose
Tacca chantrieri, la "fleur chauve-souris"

Lien externe Les fleurs noires (Gerbeaud)

• Centaurea moschata* (anciennement classée Amberboa moschata), la centaurée odorante ou musquée, ou encore sultan musqué, est une plante annuelle de la famille des Asteraceae. 

D’une hauteur moyenne de 60 cm, elle fleurit de mai à août dans les endroits ensoleillés sur sols bien drainés. Ses fleurs odorantes ressemblent à des pompons délicats, allant du blanc au violet en passant par le rose et le jaune. Elle est parfois confondue et associée par erreur, dans de vieilles planches botaniques ou les gravures anciennes, avec Scabiosa atropurpurea (comme retrouvé dans certaines estampes ou archives historiques de type RHS Prints ou Wikimedia).

 
Centaurée odorante ou musquée Centaurea moschata (anciennement Amberboa moschata).jpg
Centaurea moschata (anciennement Amberboa moschata)

* archive
Voir aussi Promesse de Fleurs [archive]

 

La scabieuse sauvage ou des champs

L'expression "scabieuse sauvage" désigne le plus souvent la scabieuse ou knautie des champs (Knautia arvensis). Surnommée "oreille d'âne", c'est une plante herbacée vivace à la tige velue haute d'environ 80 cm et au feuillage persistant. Elle est originaire des prairies et des champs, et rustique jusqu'à -15°. Elle est très appréciée pour sa longue floraison champêtre et son rôle crucial pour la biodiversité. 

De mai-juin aux premiers frimas d'octobre, apparaissent des capitules en forme de pompons de couleur bleu-mauve ou rose, dont les fleurons sont formés de 4 petits lobes, très mellifères, qui attirent de nombreux insectes pollinisateurs comme les abeilles et les papillons. Les fleurs sont parfaites pour composer des bouquets "sauvages". 

Scabieuses des champs Knautia arvensis ou Scabiosa arvensis.jpg
Scabieuses des champs Knautia arvensis ou Scabiosa arvensis

En réunissant dans un même bouquet plusieurs dizaines de petites fleurs, la scabieuse des champs a forgé une sorte de super-fleur. Les fleurs de la périphérie montrent une corolle bien développée tandis que celles du centre sont plus petites. Le travail des premières est d'attirer les insectes. Les secondes assurent la formation des graines. L'ensemble se nomme le capitule. (Lu dans Wikipédia)

Mangez les feuilles et les fleurs en salade !

  • Jeunes feuilles : Prélevez uniquement les jeunes pousses lorsqu'elles sont bien tendres (de préférence au printemps). Elles possèdent une légère amertume et s'ajoutent en petite quantité aux mélanges de salades sauvages.
  • Fleurs : De couleur rose à lilas, les capitules ont un goût neutre à légèrement amer et servent principalement à la décoration colorée des salades, plats ou desserts.
  • Conseils : Pour la cueillette dans la nature, identifiez bien la plante pour ne pas la confondre avec d'autres espèces non comestibles ou toxiques, et évitez les zones polluées (bordures de routes, zones traitées aux pesticides) ou fréquentées par les animaux.

Voir dans Fleurs comestibles d'été [archive sans vidéo] Plantes Sauvages Comestibles

 

Bienfaits de la scabieuse des champs Scabiosa ou Knautia arvensis

Olivier de Serres (1539-1619), considéré comme le père de l’agronomie* française, témoigne dès le XVIᵉ siècle, à propos de la scabieuse, que : "sa racine, ses tronçons, ses feuilles, ses fleurs, son jus, son eau, sa décoction" sont considérés comme utilisables. (Le capital des mots)

* Jean Boulaine, Jean-Paul Legros "D'Olivier de Serres à René Dumont, portraits d'agronomes". À noter toutefois, les termes "agronome" et "agronomie" datent de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Lire Gilles Denis "Du physicien agriculteur du XVIIIe siècle à l’agronome des XIXe et XXe siècles : mise en place d’un champ de recherche et d’enseignement" C.R. Acad. Agri. Fr., vol. 87, no 4,‎ , pp 81-103 (ISSN 0989-6988) sur Gallica.

Parmi les scabieuses, Knautia arvensis semble être LA plante médicinale. Pourtant... 

  • Son grand mérite a été le traitement de la gale, provoquée par un acarien microscopique, le sarcopte (Sarcoptes scabiei)1. On prenait ses feuilles en décoction ou en jus bouilli dans du vinaigre avec de l’huile et de la molène bouillon-blanc (Verbascum) au Moyen-âge. On appliquait cette préparation en compresses sur la peau, sur le visage, ou en la versant dans l’eau du bain. 
  • La scabieuse est également entrée dans des préparations contre la lèpre2.
  • Le Grand Albert (dès le XIIIe siècle), livre de magie populaire, recommande un cataplasme à base de scabieuse et d’autres plantes pour soigner la maladie du charbon, une infection provoquée par la bactérie Bacillus anthracis transmise par le bétail.
 
Grand Albert, grimoire.JPG
Grimoire Grand Albert
  • La plante a aussi des propriétés digestives, expectorantes (vantées par la célèbre École de Salerne IXe s.-18113) et astringentes décrites au XVIe siècle par le médecin et botaniste italien Pierre André Matthiole (1501-1577). 
  • Au XVIIIe siècle, André Honoré dans L’Agenda de santé, préconise d’en faire un sirop et de bassiner les plaies avec une décoction de scabieuse adjointe d’eau-de-vie camphrée.
  • Au début du XXe siècle, Henri Leclerc (1870-1955), médecin militaire, préconise l’usage de la scabieuse pour soigner les maladies pulmonaires dans son Précis de phytothérapie.
  • La racine contient de la scabiosine, un glucoside reconnu comme étant antibactérien, antifongique et anti-protozoaire4. Voir « Eau divine »

On utilise les fleurs, les feuilles ou la racine en infusion, décoction, cataplasme et pommade.

La scabieuse distillée entre dans la composition d’une eau de toilette cosmétique "de beauté".

Voir La Plume de l'Oiseau Lyre

Voir aussi Les vertus médicinales de la scabieuse des prés champs (Binette& Jardin)

Notes

1. ainsi que l’indique Leonhart Fuchs dans son ouvrage De Historia stirpium commentarii insignes... (1542)
2. S. Martinet "Les traitements de la lèpre dans les manuscrits médicaux de Laon" PDF pp. 17-22 (Histoire Aisne, Mémoires numérisées, extrait en PDF)
Voir aussi Yvette Parès (1926-2009) docteur en biologie et médecine, des plantes contre la lèpre.
3. Voir L’École de Salerne [Regimen sanitatis Salernitanum] traduction en vers français par M. Ch. Meaux Saint-Marc… ; [introduction de C. Daremberg] J.-B. Baillière et fils (Paris),1880 (p.156)
Voir Catalogue général de la BnF

4. Protozaire. En biologie, le terme "protozoaire" (Protozoa), taxon aujourd'hui obsolète, du grec prôtos ("premier") et zôon ("animal"), désigne les protistes (eucaryotes généralement unicellulaires et sans tissus spécialisés) hétérotrophes mobiles qui ingèrent leur nourriture par phagocytose, contrairement à d'autres protistes : les protozoaires sont un type de parasites, qui forment un groupe diversifié d’organismes microscopiques. Certains protozoaires ont besoin d’un hôte humain ou animal pour vivre (d’autres sont appelés "amibes libres", car même s’il s’agit de parasites, elles vivent dans le sol ou dans l’eau et n’ont pas besoin d’hôte humain ou animal). Les insectes qui transportent et transmettent des parasites responsables de maladies chez l’être humain sont appelés vecteurs. (Vidal) 

Remarques importantes

Comme rien n'est simple dans le monde des... simples, "scabieuse", dans les textes anciens, ne correspond pas forcément à notre Scabiosa moderne.
Un ouvrage de 1900 explique que la "scabieuse des champs" était identifiée comme étant Knautia arvensis, tandis qu'une autre "scabieuse" était la succise (Scabiosa succisa) ou mors du diable. D'autres sources historiques distinguent aussi ces deux "scabieuses" (Knautia arvensis et Scabiosa succisa mors du diable) (homeoint.org).
Sans compter les disputes actuelles autour de la classification de ces plantes... Il faut donc bien connaître l’espèce avant de préparer une lotion :-/
Par ailleurs, si nous voulons faire une reconstitution historique fidèle, il n'est pas conseillé de reproduire à la lettre les préparations médicinales du XVIIIᵉ siècle : certaines plantes employées à l'époque, donc, mais aussi les doses et surtout les méthodes de distillation/conservation ne correspondent plus aux pratiques cosmétiques actuelles.
 

Succisa pratensis

La succise des prés (ou scabieuse des bois, anciennement Scabiosa succisa) se différencie des scabieuses et knauties par la forme de ses feuilles, longues et entières, ses fleurs bleues, rarement roses ou blanches, toutes semblables, non rayonnantes, à 4 lobes égaux. Son rhizome court ne développe pas de stolons et est brusquement tronqué au niveau du collet, d’où son nom (du latin succisa "coupé") ; ce qui explique également son surnom "mors du diable" selon la légende du diable qui sectionnerait la racine de ses dents à la moindre tentative d'arracher la plante... Elle abrite un papillon orange et marron appelé damier de la succise (Euphydryas aurinia) ou Artémis ou Mélitée de la Scabieuse. Le damier se nourrit dans la fleur, la femelle pond ses œufs sous la feuille de la plante. Ce papillon est aujourd’hui protégé en France. Voir Fiche Scabieuse (Nature en tête) – Scabieuse dans Plante anti-inflammatoire de la peau (Naturapédia)

Scabieuse, Succisa pratensis, fleurs et papillon.jpg
Succisa pratensis et papillon

De l'été à l'automne, des inflorescences en pompon, tardives, mais longuement épanouies,
rappellent nettement les fleurs de scabieuse des champs (Knautia arvensis syn. Scabiosa arvensis).
Voir Binette & Jardin

Récapitulons (et à titre de repère) :

la Scabieuse croît dans les moissons, les champs [arvensis] et les fossés ;
la Succise dans les prairies, les prés [pratensis] et les bois.

Vu dans Atlas colorié des plantes médicinales indigènes (1900)
de Paul Hariot (1854-1917) pharmacien de 1ère classe, botaniste et phycologue (algues)

 

Cultiver les scabieuses

Scabieuses, plusieurs couleurs, Scabiosa caucasica, S. caucasica, S. columbaria, S. atropurpurea.jpg

Scabiosa caucasica ‘Perfecta’, Scabiosa caucasica ‘Alba’,
Scabiosa columbaria ‘Pink Mist’, Scabiosa atropurpurea ‘Chile Black’

Scabieuse pourpre, scabieuse blanche, scabieuse bleu ou scabieuse rose, de la scabieuse du Caucase à la scabieuse colombaire, qu’elles soient vivaces ou annuelles, hautes ou naines, toutes allient la grâce toute simple à une grande facilité de culture.

Familières des jardins de curé, ces fleurs à la beauté aérienne sont appréciées pour leurs couleurs tendres et leur propension pour s'épanouir à profusion tout l’été et attirer les abeilles et de nombreux autres butineurs.
Scabieuses aux allures de fleurs sauvages et papillon.jpg

Avec leur allure de fleurs sauvages, elle ont le caractère accommodant et la robustesse des plantes sauvages qui poussent toutes seules dans les prairies et sur les bords de route. Elles sont ainsi parfaites pour créer rapidement un décor champêtre et coloré...

Voir Jardin des sens (& Sentier botanique)

Les scabieuses sont du meilleur effet à l’arrière d’une plate-bande, avec des salpiglossis, des lis de la Madone (à condition de tuteurer ces demoiselles qui ont une fâcheuse tendance à se pâmer avec leurs compagnes dès que le vent passe !) 

Excellentes fleurs à couper, les scabieuses tiennent bien en vase (une dizaine de jours), en compagnie de pois vivaces, de roses et d’œillets, pour des bouquets, frais tout au long de l’été, ou secs à l’automne.

Pour les cultiver il faut un sol plutôt léger, drainant (voire calcaire ou sec) et une exposition "plein soleil" ou "mi-ombre" à condition qu'elles soient ensoleillées au moins pendant la demi-journée. On les sème au printemps, on les plante/transplante en automne. Elles craignent l'excès d'humidité en hiver, mais l'entretien est presque nul, sauf à couper régulièrement les fleurs fanées pour prolonger la floraison (tâche fastidieuse mais utile), de préférence en début de soirée pour ne pas déranger les insectes butinants.

Documentation

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Documentation

Bien que très ancienne la scabieuse reste une fleur méconnue. Qui sait qu’elle fait partie de ces rares espèces florales retrouvées dans les vases des villages lacustres de l’âge de pierre ? Scabiosa se pare de couleurs d’un raffinement aérien, en participant à enchanter les jardins d’été. On comprend sans peine qu’elle attire les papillons et abeilles, non seulement pour ses vertus mellifères mais pour ses douces teintes pastel ou ses sombres couleurs que l’on croirait trempées dans des pots de velours. Il n’est guère étonnant que cette coquette des jardins ait aussi retenu l’attention de l’écrivain Colette (1873-1954)*.

La Plume de l'Oiseau Lyre

* Voir Pour un herbier dans Beaux herbiers et belles planches

 

Quand la scabieuse monte en graine

Scabieuses en fleurs et en graines.png
Scabieuses en fleurs et en graines

Quand la scabieuse monte en graine elle adopte une curieuse forme conique en coussin d’épingles ou "pelotes d’épingles vaporeuses" comme l’écrit si bien Cicely Mary Barker en évoquant son surnom anglais pincushion dans son poème charmant et son illustration de "La fée des scabieuses". La dessinatrice et poète anglaise parvient à résumer en quelques termes les caractéristiques de la danseuse Scabieuse dans l’ouvrage Le jardin féerique :

La fée des scabieuses

Pelotes d’épingles vaporeuses,
Pour dames ou fées industrieuses,

Ballerines parées pour la danse,
Mes fleurs sur leurs tiges se balancent.

Elle saluent bien bas, avec espièglerie,
Les papillons volant dans les vertes prairies.*

La Plume de l'Oiseau Lyre

* Cicely Mary Barker, Flower Fairies, (1923-1948) 2004, Pierre Dubois, traduction des poèmes : Béatrice Vierne, Hoëbeke, p.41.

 

Symbolique

Dans le langage des fleurs, la scabieuse symbolise la tristesse, le souvenir du disparu.

La scabieuse purpurea, ou atropurpurea, présente selon les espèces des fleurs du bleu-mauve au violet foncé, pourpres presque noires, qui seraient  les plus foncées de toutes les plantes d'Europe ; on l’appelle "fleur des veuves", en référence à sa couleur, on la plantait près des tombes, et c’est ainsi qu’elle est représentée par le dessinateur Jean-Jacques Grandville (1803-1847) dans l'ouvrage Les fleurs animées*.

* Voir aussi Les fleurs animées, Édition Gonet de 1847 illustrée par J.-J. Grandville (format image sur galeries.limedia.fr)

« La scabieuse donne une jolie fleur d’un bleu mourant, et à fond noir piqueté de blanc. On la croirait en deuil. On l’appelle aussi, pour cette raison, fleur de veuve. Elle se plaît dans les lieux âpres et battus des vents ». 

Dans le roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre (1788)
La Plume de l'Oiseau Lyre

Au XIXe siècle, la boutique « À la Scabieuse » à Paris,
était spécialisée dans la mode et les étoffes de deuil. 

La boutique À la Scabieuse était un commerce emblématique entièrement spécialisé dans la mode et les étoffes de deuil. Son existence est directement liée aux codes sociaux extrêmement stricts de la bourgeoisie et de l'aristocratie de l'époque concernant le port du deuil. Comme c'était souvent le cas pour les grandes enseignes de nouveautés et de confections au XIXe siècle, la boutique a occupé différentes adresses ou possédait plusieurs succursales stratégiques dans Paris au fil des décennies :
• Rue de la Paix : Un emplacement de prestige au cœur du luxe parisien, où le magasin s'offrait de la visibilité à travers des chroniques et des publicités déguisées dans la presse de mode (comme le Journal des Demoiselles)1.
• 100 boulevard de Sébastopol / 8 rue Salomon-de-Caus : Une adresse commerciale majeure (proche du quartier des tissus du Sentier) dont les archives conservent des prospectus publicitaires pour des vêtements de deuil complets.
Que vendait-on À la Scabieuse ? Le grand deuil interdisant les tissus brillants ou les couleurs vives, la boutique proposait tout le nécessaire pour "paraître" en société tout en respectant le protocole funéraire1 :
• Des toilettes et confections complètes adaptées aux différentes étapes du deuil (grand deuil2, demi-deuil3).
• Des étoffes mates spécifiques comme le crêpe de deuil, le mérinos ou la laine terne.

• Des accessoires sombres (chapeaux, voiles) assortis.

2. Le grand deuil (ou deuil profond) désigne la première et la plus intense période du deuil rituel, traditionnellement associée à des codes vestimentaires et sociaux stricts (notamment au XIXe siècle et dans l'étiquette victorienne)

3. Le demi-deuil est une période de la fin du deuil — ou un deuil moins rigoureux (pour un parent éloigné) — durant laquelle on portait des tenues de teintes discrètes et moins sombres que le noir intégral (comme le gris, le mauve ou le blanc) selon les anciennes conventions sociales.

Voir
Chrysanthème Chrysanthemum

Nard de l’Himalaya Nardostachys jatamansi

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Sources et/ou pour en savoir plus

Gallica + jolies images à voir ! et ses nombreux extraits (en liens)

La Plume de l'Oiseau Lyre [archive] 30/07/2014 pour des extraits (cités sur cette page)

Promesse de Fleurs [archive] + jolies photos à voir !

Wikipédia (plusieurs articles)

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Autre thème : sur les couleurs

20 nuances de violet pour son intérieur [archive] déco.fr

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