Info Samourai – Femmes
Page créée le 15 mars 2023
Les onna-bugeishas
Une onna-bugeisha armée d'une naginata, l'arme de prédilection de ces femmes combattantes.
Peinture de Kuniyoshi Utagawa
"J'ai ouï-dire que les femmes pouvaient être samouraïs mais qu'elles n'avaient pas droit aux grands sabres... ???"
s'interroge l'internaute AANM après la vidéo dans À propos du dernier Samouraï
Des guerrières japonaises ont bel et bien existé à l’époque des samouraïs : entre légendes et faits historiques... les onna-bugeisha (女武芸者 que l’on peut traduire par "femme pratiquant des arts martiaux"), le pendant féminin des samouraïs. Dans le Japon médiéval, une onna-bugeisha est une femme combattante issue majoritairement de la haute société, qui ne se limite donc pas à un rôle domestique. Formées à se battre afin de défendre leur foyer en l’absence de leur époux, les onna-bugeishas étaient des personnes très importantes de la société.
Contrairement à ce que le nom pourrait suggérer, les Onna-bugeisha, n’ont pas de lien avec les geishas, ces dames de compagnie élégantes au visage de nacre et aux lèvres teintées d’un rouge vif, réputées pour leur sophistication et leurs charmes. Là où la Maiko * étudie l’art de la discussion, du thé et de la danse, on compte également, durant les ères Heian (794-1185) et Kamakura (1185-1333), des guerrières, les onna-bugeisha, qui pratiquent l’art du combat, avec un apprentissage intensif des armes et de leurs utilisations. C'est donc à l’opposé de valeurs de raffinement et de délicatesse, aujourd’hui encore massivement associées à la femme par l’imaginaire collectif, que ces guerrières se sont illustrées.
De nombreuses épouses, veuves, filles et rebelles répondaient à l'appel du devoir en s'engageant dans la bataille, généralement aux côtés de samouraïs. Elles étaient membres de la classe bushi et étaient formées aux armes dans le but de protéger leur maison, leur famille et leur honneur en temps de guerre. Elles sont parfois considérées (et des textes le disent) comme des "femmes-samouraïs" bien que ce terme ne soit en fait pas exact. Seuls les hommes pouvaient prétendre à ce titre. Cela n’a pas empêché les femmes de lutter à leur côté et de se démarquer. Elles n’ont rien à leur envier, que ce soit en termes de courage ou de compétences offensives et défensives.
Dans un contexte fortement phallocratique, la force mentale de ces femmes de guerre devait être particulièrement éprouvée. "Le courage, la rectitude, la maîtrise de soi-même, la justice, la bienveillance, la politesse, la sincérité et le mépris de la mort sont les vertus cardinales constituant les règles de vie et l’éthique des samouraïs" rappelle le numéro 182 des Cahiers Science&Vie "Femmes de guerre". En effet, voilà tous les principes réunis du code d’honneur de ces soldats : le Bushido (武士道 "la voie martiale du guerrier"). Rien que ne puissent porter en elles des guerrières.
Bien avant l'émergence de la classe des samouraïs, les guerriers japonais étaient formés au maniement de l'épée et de la lance. Les femmes apprenaient à utiliser la naginata (lance) (*), le kaiken (poignard ou petit sabre comparable à une dague) (*) et l'art du tantōjutsu (art du combat avec un couteau courbé nommé tantō) dans la bataille. Ces entraînements assuraient la protection de communautés qui manquaient de combattants masculins.
(*) Voir plus bas
En 1868, durant la bataille d'Aizu pendant la guerre de Boshin (1868), Nakano Takeko, membre du clan d'Aizu, devint le commandant d'une unité entièrement féminine qui combattit contre l'assaut de 20 000 soldats de l'armée impériale japonaise (大日本帝國陸軍 Dai-Nippon Teikoku Rikugun, composante terrestre des forces armées de l'empire du Japon 1867-1945) du domaine d'Ōgaki.
Nakano Takeko (1847-1868). Photo d'époque
Maîtrisant parfaitement la naginata, Takeko et son unité d'une vingtaine de membres rejoignit 3 000 autres samouraïs d'Aizu dans la bataille. Nakano Takeko, agée de 21 ans à peine, tue six soldats à elle seule ce jour-là. Mais une balle l’atteint à la poitrine et elle finit par tomber au combat. Elle demande alors à sa sœur, Nakano Yuko, de la décapiter, pour ne pas laisser l’ennemi s’emparer de sa tête en guise de trophée. Après la bataille, la tête de Nakano Takeko est enterrée par sa famille au pied d’un pin du temple Hōkai, dans la préfecture de Fukushima.
Cette violente bataille marque la fin du shogunat, mais également celle des femmes samouraïs. C’est le début de l’ère Meiji au Japon (1868-1912). Le gouvernement impérial s’ouvre au monde et, alors que le pays se modernise, la place des femmes dans les armées se trouve réduite à des postes administratifs ou à celui de mère au foyer.
Le Hōkai-ji, dans la préfecture de Fukushima, contient un monument érigée en l'honneur de cette unité féminine menée par Nakano Takeko.
La naginata, symbole de la femme guerrière
Tout en apprenant et perfectionnant toutes les techniques de combat de l’époque féodale, les premières onna-bugeisha pratiquaient vertueusement l’archerie équestre, mêlant équitation et tir-à-l’arc. L'arc et les flèches étaient utilisés du fait de la possibilité d'attaquer à distance.
Les exploits de Tomoe Gozen (巴御前), au XIIe siècle, ont été contés à travers les siècles, parfois amplifiés, au point de ne plus vraiment savoir ce qui relève de la réalité ou de la fiction. Ce qui est certain, c’est qu’elle a marqué les esprits par sa bravoure et ses combats légendaires. Tomoe Gozen se bat aux côtés de son maître (ou amant, selon les récits) : Yoshinaka Minamoto. Elle est nommée capitaine du clan Minamoto, ce qui en fait la première onna-bugeisha à accéder à ce poste militaire. Son histoire est relatée dans le Heike monogatari (平家物語), l’ouvrage emblématique de l’histoire médiévale japonaise. Elle y est décrite comme dotée d’une beauté et d’un talent hors du commun.
Toutefois, le symbole guerrier de ces femmes est le plus souvent représenté par une autre arme, équivalent du katana (sabre de plus de 60 cm) des hommes samouraïs : la naginata. La naginata est une une arme d'hast, sorte de longue lance dotée d'une lame recourbée à son sommet. Du fait de sa polyvalence et des conventions, beaucoup de femmes s'initièrent à cette arme. Proche de la pratique du kendo *, cette sorte de "sabre" peut mesurer jusqu’à deux mètres de long, longueur qui offre de grandes possibilités d'attaques à distance. Ce qui présente un grand avantage face à l’ennemi, puisque celui-ci reste maintenu à distance en permanence, et peut être tout autant déstabilisé à pied qu’à cheval.
* Voir Kendo "voie du sabre" (Wikipédia) – Kenjutsu "technique du sabre"
ZÉRO tuerie de masse par armes à feu au Japon (japanization.org) [archive] sans vidéo
De plus, la naginata se montrait très efficace dans le combat proche. Une femme entraînée et armée d'une naginata pouvait garder à distance la plupart de ses adversaires. Durant ces situations, la force, le poids, ou l'épée ne comptaient plus. Parce qu'elle est utilisée par de nombreuses femmes légendaires, la naginata est devenue un symbole de la femme guerrière.
Pour arriver à de telles fins, cette arme nécessite une maîtrise longue et fastidieuse. Un entraînement plus drastique que ne le demanderait un katana, qui est plus court, plus léger et peut se porter à la ceinture pour engager un combat au corps-à-corps. Durant l'époque d'Edo (vers 1600 - vers 1868) de nombreuses écoles de naginata furent créées à destination des femmes. La naginata était aussi une arme très efficace contre les maraudeurs qui attaquaient souvent à cheval.
Les onna-bugeisha se battent également avec un kaiken, un petit sabre comparable à une dague, et maîtrisent l'art du tantōjutsu (le combat au couteau). Elles ont pour coutume de toujours porter l’arme sur elles. Elle leur est offerte quand elles se marient. La lame symbolise le lien qui les unit à leur mari. Le perdre s’apparente à un déshonneur.
Voir Équipement (À propos du dernier Samouraï)
Ce couteau sert aussi au jigai, l’équivalent féminin du seppuku (suicide par éventration pratiqué par les samouraïs). En cas d’infamie, la femme doit se donner la mort en se perforant la carotide. Son destin est de cette manière intrinsèquement lié à celui de son époux.
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Sources et pour approfondir le sujet (notamment pour les biographies célèbres)
Femmes "samouraïs" : portrait de ces guerrières oubliées (japanization.org) [archive]
Les femmes "samouraïs" : entre mythes et réalités (celles-qui-osent.com) [archive]
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Documentation
Hagakure, comment supporter des temps misérables
Kyudo ou la voie de l'arc (Japon)
Lien externe pour quelques repères historiques
Histoire du Matsumoto-jō (Onsen et Futon) [archive]
Collection de Kiaz
L’émergence du sport au Japon (partie 6)
Kata d’hier et d’aujourd’hui, même combat ? (partie 7)


