Info Blob

Publié par Yantra

Page créée mi-avril 2023

Blob : ni animal, ni végétal, ni champignon

Blob, fleur de tan au Danemark

Une fleur de tan, au Danemark, l’une des mille espèces de cet être primitif qui vit partout sur la planète.
(Steen Drozd Lund / Biosphoto)

Un article de lejdd.fr (31/05/2017)

Le blob est un incroyable organisme primitif qui se déplace, double de taille chaque jour et peut apprendre. Audrey Dussutour, spécialiste du comportement des fourmis au CNRS, l'a rencontré par hasard.

Le blob, en bref
  •  Cet organisme primitif doit son surnom au film américain The Blob (1958) dans lequel une gelée extraterrestre colonise la planète en avalant les habitants. Les Anglais l’appellent "vomi de chien". 
  •  Un blob de 1 km² – soit la ville de Monaco – a été observé aux États-Unis, dans les Appalaches, en Virginie-Occidentale. 
  •  Selon les espèces, le blob a un système de reproduction sexuée, asexuée, ou par clonage. Un assemblage de 5 gènes détermine son sexe. Soit 720 combinaisons et autant de types sexuels. 
  •  Dans ses veines, le sens de circulation du sang change toutes les deux minutes. En contractant ce réseau, il déplace sa membrane en faisant un pas en avant, un demi-pas en arrière.

Le blob n’est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon 

C’est un organisme vivant d’une seule cellule, un primitif qui a peu évolué depuis son apparition, il y a un milliard d’années. Physarum polycephalum – son nom scientifique – a des pigments comme les plantes, mange comme un animal et se reproduit comme un champignon. Grâce à la génétique, on a enfin pu le classer dans une famille, celle des amibozoaires où l’on trouve le parasite du paludisme.

La vie du blob ? « Ramper derrière la nourriture »
Le reconnaître 
Il est souvent jaune orangé, gélatineux, couvert d’une membrane gluante, mais il est parfois blanc, gris, rose… Il existe mille espèces différentes, de toutes formes. En général, il est plat. Sauf quand il a grand faim : il peut alors pousser en hauteur ou former des excroissances, des "pseudopieds" qui s’étendent en forme d’étoile. La vie du blob, c’est ça : ramper derrière la nourriture. 
Peut-on le rencontrer en France ? 
Oui, il faut fouiller dans les forêts humides sur les écorces ou dans la litière. Ou dans le compost. On en trouve sur toute la planète, sous la neige, les tropiques… Celui de mon labo, venu d’Australie, aime vivre à 25°C. Il n’a pas apprécié que je l’emporte dans une boîte en rando à la montagne ce week-end. Je n’avais pas le choix : les blobs doivent manger tous les jours pour bien se porter !
« Un blob nourri double de taille chaque jour. »
Il arrive à manger sans bouche 
Les blobs enveloppent leur nourriture (bactéries et champignons) puis la digèrent grâce à des substances chimiques. Un blob nourri double de taille chaque jour. En labo, on lui donne des flocons d’avoine et il peut mesurer jusqu’à 10 m². Une cellule unique grande comme un homme qui en a 100 000 milliards ! Deux blobs génétiquement identiques fusionnent si vous les rapprochez l’un de l’autre. À l’inverse, on peut créer des clones en coupant un blob en morceaux d’un millimètre. Ils saignent puis cicatrisent en moins de deux minutes. Ensuite, en trois heures, ils réorganisent tout leur système veineux. 
Il se déplace
Les blobs étendent leurs "pseudopieds" et contractent leur membrane avec leur réseau veineux. Un blob affamé atteint la vitesse maximale de 4 cm par heure. En labo, on le garde dans des boîtes de Petri percées [boîte transparente cylindrique, à diamètre variable et peu profonde, munie d’un couvercle]. Comme il prend toutes les formes et passe par les trous, au retour d’un week-end, j’ai retrouvé mes boîtes vides. Les blobs avaient tous fusionné et exploré les murs pour finir au plafond ! Avec ce livre, je veux faire connaître cet être extraordinaire *, que certains prennent encore pour un canular. Dans l’évolution, c’est un chaînon manquant entre les organismes unicellulaires et nous. Une fois fécondés, ses noyaux se divisent sans former de cellules distinctes. Ils restent tous dans une seule cellule qui possède au final des milliers de noyaux.
* Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander, Équateurs sciences, 180 p., 18 euros.
Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS
Depuis dix ans, la chercheuse du CNRS Audrey Dussutour multiplie les expériences sur le blob. Ici, cet organisme unicellulaire étend ses "pseudopieds" et choisit à distance parmi plusieurs régimes alimentaires celui qui est idéal pour sa croissance. (Cyril FRESILLON/CRCA/CNRS Photothèque) 
Pourquoi n’a-t-il pas envahi la planète ? 
Il n’est pas invasif. À maturité, il disparaît en se transformant en millions de spores qu’il envoie dans l’environnement pour se reproduire, mais très peu se développeront. Le blob a deux handicaps : il n’aime pas la lumière et a besoin d’humidité en permanence. Placé sur un papier, il se dessèche en trois jours et ressemble à un lichen. C’est ainsi que, hors expérience, on le conserve en labo. 
Meurt-il ? 
En labo, jamais. Pour le raviver, il suffit de quelques gouttes d’eau. En une heure, il redevient jaune vif. Je travaille sur le même blob depuis dix ans, celui d’une société américaine qui le vend depuis cinquante ans. Le plus fou, c’est que, lorsqu’il sèche, il supprime toute la toxicité accumulée. On le ravive et il est comme neuf. Ce processus de reset intéresse beaucoup les chercheurs en cosmétique. Vous avez montré que le blob est capable d’automédication. On a d’abord déterminé son régime alimentaire idéal. Puis on a essayé de voir si le blob réussit à le composer lui-même à partir de différents menus. Pour schématiser : manger moitié de pommes et moitié de burgers. Il y est très bien arrivé ! Puis on l’a placé face à 11 régimes différents, sans que préalablement il puisse les goûter. Il a choisi le plus proche de son régime optimal. Il "sent" à distance grâce à des récepteurs chimiques. Et il communique avec ses congénères. S’il est affamé, il secrète une substance répulsive. Quand il se nourrit, il secrète du calcium en déféquant. Ce signal attire les autres blobs qui viennent fusionner.
« Le réseau que le blob a créé était plus efficace que celui de l’homme. »
Il est aussi capable de résoudre des problèmes 
Le chercheur japonais Toshiyuki Nakagaki a placé deux sources de nourriture aux extrémités d’un labyrinthe et mis des blobs à l’intérieur. Ils ont vite trouvé le chemin et fusionné en formant le réseau le plus court possible. Quand un blob trouve de la nourriture, il crée une veine pour s’y relier et en supprime d’autres, c’est magique. Plus incroyable : ce chercheur a reproduit le réseau ferroviaire entourant Tokyo sur de petites cartes, où chaque pétale d’avoine représentait une ville. Le réseau que le blob a créé était plus efficace que celui de l’homme. Un chercheur anglais a en a tiré un algorithme.
Peut-on imaginer des applications thérapeutiques ?
Je l’espère. Le réseau veineux du blob se forme selon les mêmes lois physiques que la vascularisation des tumeurs cancéreuses, il pourrait donc servir de modèle. Il a aussi des propriétés anticancéreuses pour certaines lignées de cellules. C’est surtout un grand recycleur, capable d’accumuler des métaux lourds, comme le zinc, dans des proportions 1 000 fois supérieures à tout autre être vivant.

Le blob peut apprendre et transmettre son savoir

Votre plus célèbre expérience prouve que le blob, dénué de cerveau, peut apprendre 
C’est le premier stade de l’apprentissage : le processus d’habituation. Nous l’utilisons au quotidien lorsqu’on, par exemple, on rentre dans une pièce où l’odeur est désagréable : on finit par s’y habituer et à l’oublier. Pour le blob, l’expérience a consisté à lui faire ignorer une substance amère qu’il n’aime pas, la quinine. On en a couvert un pont de 1,5 cm qu’il devait traverser pour accéder à des pétales d’avoine. D’abord très réticent, il a mis douze heures avant d’y poser un pseudopode. Mais à peine a-t-il accédé à la nourriture que, en un éclair, il a transféré tout son organisme. Après six jours, il n’a plus montré la moindre aversion. Ce comportement, qui repose en temps normal sur un système nerveux ou un réseau de cellules, est très surprenant chez un unicellulaire.
Il sait même transmettre son savoir ! 
Nous avons entraîné 2 000 blobs à s’habituer au sel, qu’ils n’aiment pas. De l’autre côté, nous avions 2 000 blobs "naïfs". Nous avons testé toutes les associations possibles - un expérimenté avec un naïf, deux naïfs, deux expérimentés… Conclusion, il suffit d’un blob expérimenté dans le groupe pour diffuser l’info aux trois autres. En filmant de très près la fusion, on a découvert qu’une veine se forme à l’endroit de la jonction, en trois heures. L’information transite par là, mais sous quelle forme ? Ces jours-ci, nous testons l’apprentissage associatif. Comme Pavlov a conditionné son chien, on donne de la nourriture salée au blob pour qu’il associe le sel à la récompense. Au bout de dix jours, sur 90 blobs testés, 30 ont choisi le pont salé. Un élément répulsif est devenu attractif ! Mais les 60 autres n’ont rien compris. Pourquoi, alors que ce sont tous des clones ? C’est l’un des mystères qu’il nous reste à percer.
 
Le blob
Vidéo L’Intelligence (artificielle ou pas) [2:40:29] (Y-Files 21/04/2023)
Blob en 1ère partie [2:00 – 48:18]

Article disponible ICI [archive sans les vidéos] (https://y-files.fr/categorie/lives)

Extraits de l'article

Un Blob est une cellule, 40 paires de chromosomes, et 34000 gènes. Il est capable de doubler sa taille en 24h, se déplace à une vitesse de 1 à 4 cm/h et est potentiellement immortel. Il y a déjà de quoi en faire une créature exceptionnelle.
Mais il est un autre aspect de cet être vivant qui fait décrocher les mâchoires scientifiques, c’est son 
intelligence.

Définir l’intelligence n’est pas facile vu l’éventail immense de paramètres qu’elle peut englober, on va donc se reposer sur ceux communément admis quant au monde animal (nommés "cognition") :

  • L’Exploration
  • La Néophobie
  • L’Innovation
  • L’apprentissage individuel et social
  • L’utilisation d’outils
  • La réciprocité et les coalitions ont des effets sur les relations sociales
  • Le choix d’aliments
  • La réponse aux perturbations du milieu causées par l’homme (ou autres NDLR)

Frans de Waal définit la cognition comme : « La transformation de sensations en compréhension de l’environnement et l’application adaptée de ce savoir. »

Les travaux de Toshiyuki Nakagaki

Nakagaki Toshiyuki est le scientifique du blob le plus connu au monde. Il s’est intéressé à la recherche d’un algorithme élémentaire d’intelligence comportementale qui pourrait être commun de l’amibe à l’homme.

[Audrey Dussutour] Le Blob - Vidéo YouTube 19 septembre 2018 [1:26:15]

NB : Si vous connaissez déjà le parcours de cette chercheuse, rentrez directement dans le vif du sujet 11:27 :)

L’expérience du labyrinthe

La vidéo à partir de 32:58 jusqu’à 34:24 [archive de l'article]

Création des réseaux

La vidéo à partir de 34:37 jusqu’à 36:12 [archive de l'article]

Le blob est capable de créer des réseaux veineux entre les points d’intérêt (nourriture). Ces réseaux sont comparables aux chemins de fer qui relient les agglomérations importantes. Si l’on superpose le réseau formé par le blob à celui d’une ville comme Tokyo, on s’aperçoit que celui du blob est mieux optimisé selon trois critères :

  • Le coût
  • L’efficacité (le temps nécessaire pour rejoindre chaque point d’intérêt)
  • La robustesse ou la résilience
Anticipation

La vidéo à partir de 36:45 jusqu’à 37:34

Nakagaki a soumis un blob à des coups de froid periodiques espacés de 30 min. À chaque fois que le coup de froid survenait, le blob stoppait sa croissance. Au bout d’un certain nombre de répétitions, le chercheur arrête de déclencher le froid et s’aperçoit que le blob se fige toutes les 29min30 en anticipant le changement de température.

Expériences d’Audrey Dussutour et son équipe
Choisir et équilibrer son alimentation

La vidéo à partir de 37:47 jusqu’à 41:23 [archive de l'article]

Mémoire spatiale et navigation dans des environnements complexes

La vidéo à partir de 41:34 [archive de l'article]

Le blob laisse derrière lui un mucus qui lui sert de mémoire externe. Agissant comme un répulsif, ce-dernier lui indique les endroits déjà explorés (par lui ou un autre blob e la même espèce). Il lui permet également de “chasser” un blob d’une autre espèce en le suivant à la trace.

Les blobs, ont-ils une personnalité ?

La vidéo à partir de 45:43 jusqu’à 50:45 [archive de l'article]

Deux blobs de la même espèce, mais venant des endroits différents de la Terre, n’ont pas les mêmes goûts. Par exemple, le blob australien aime l’avoine bio, alors que son homologue américain non

L’apprentissage et la transmission du savoir
L’apprentissage

La vidéo à partir de 50:46 jusqu’à 56:04 [archive de l'article]

Pour tester sa capacité d’apprentissage, il est important de vérifier les paramètres suivants :

  • Stimulation
  • Habituation
  • Spécificité
  • Repos
  • Récupération
Transmission du savoir

La vidéo à partir de 56:08 jusqu’à 57:40 [archive de l'article]

Le blob est capable de transmettre son savoir à un autre blob en fusionnant avec ce-dernier.

2000 blobs ont été habitués au sel et 2000 autres candides.

Résumons – Le blob est capable de...

  •  Sortir d’un labyrinthe. 
  •  Optimiser les réseaux. 
  •  Anticiper des événements. 
  •  Contrôler son régime alimentaire.
  •  Naviguer dans des environnements complexes. 
  •  Apprendre et transmettre. 

 

Dernières nouvelles du blob

https://www.espace-sciences.org/conferences/dernieres-nouvelles-du-blob

Vidéo diffusée en direct le 21 février 2023 à Rennes

Avec Audrey Dussutour @Docteur_drey, directrice de Recherche au CNRS et responsable scientifique des projets de science participative “Élève ton Blob” et “Derrière le blob, La recherche".

Tour à tour monstre de film d’horreur, objet de science au CNRS, source d’innovations pour les entreprises, astronaute à bord de l’ISS, organisme de compagnie à la maison, coqueluche des médias, outil pédagogique à l’école, le blob est un organisme unique. Venez écouter les dernières aventures de ce héros de la biologie.

Son odyssée dans l’espace, ses péripéties dans les écoles, ses dernières prouesses dans les laboratoires... le blob n’a pas fini de vous surprendre.

« Ce qui m'époustoufle ce sont les infinies capacités de la VIE à trouver les solutions. » (internaute Serge)

[https://www.youtube.com/watch?v=vz6OFRCJI5c] [1:41:05]

00:00 Générique

00:33 Introduction

11:17 Conférence

01:12:00 Questions du public

01:40:45 Générique de fin

Un livre "Moi le blob" (Date de parution 05/10/2022)

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Le blob : un être vivant étonnant (Gerbeaud) [archive]

Physarum polycephalum ("blob") Wikipédia

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