2-Posidonie

Publié par Yantra

Posidonie

Posidonia

Les posidonies (genre Posidonia) sont des herbes marines, plantes aquatiques de la famille des Posidoniaceae.

Posidonia oceanica.jpg
Posidonia oceanica

Le nom générique Posidonia dérive de Poséidon, le dieu des Mers et des Océans dans la mythologie grecque. Synonymes vernaculaires : herbe de Neptune1, pelote de mer (une allusion aux "égagropiles"), chiendent marin2.

1. Herbe de Neptune - pour Posidonia oceanica - nom latin de Poséidon, qui avait offert cette herbe aux humains.
2. Chiendent marin désigne principalement la zostère marine, une plante à fleurs aquatique des herbiers côtiers ; le nom s'applique aussi à certaines graminées des dunes comme le chiendent des sables.

Les posidonies sont des plantes à fleurs (phanérogamesmonocotylédones appartenant au sous-règne des Trachéophytes (division des angiospermes ou magnoliophytes). En effet, bien que vivant sous l'eau, ce ne sont pas des algues, et, comme toute plante à fleurs, elles présentent des racines et se reproduisent grâce aux fruits qu'elles produisent.

Voir Classification du vivant
Voir aussi Plancton

Comme les plantes terrestres elles font de la photosynthèse : elles ne peuvent donc vivre qu’en zone sous-marine où la lumière du soleil pénètre. Théoriquement, où l’eau est parfaitement transparente, cela équivaut à 40 m de profondeur. En pratique, les posidonies se rencontrent le plus souvent jusqu’à 20-25 m de fond.

Fait curieux, si elle pousse très lentement (1 cm/an), la posidonie peut vivre jusqu’à plusieurs milliers d’années !

La posidonie fait partie des cinq espèces protégées sur les côtes méditerranéennes françaises, tout comme l'oursin diadème, la grande nacre, le mérou brun et la cigale de mer.

Espèces et synonymie dans Wikipédia

Seule Posidonia oceanica (L.) Delile 1813 se rencontre dans l'hémisphère nord, endémique de la Méditerranée, d'importance majeure dans cette mer semi-fermée. Les autres espèces ne se trouvent que sur les côtes australiennes et néo-zélandaises. Dans les eaux moins chaudes de l'Atlantique nord européen, elles sont remplacées par les zostères qui constituent des herbiers jouant les mêmes fonctions écologiques.

On explique ainsi la présence de deux populations de Posidonia dans deux régions antipodes : pendant des millions d'années, les côtes des actuels continents européen, africain et australien se sont séparées et donc les espèces d'origine, qui vivaient dans la mer Téthys et composaient les populations de Posidonia du Crétacé, se sont retrouvées séparées les unes des autres par des milliers de kilomètres. Chaque population a évolué indépendamment constituant les espèces actuelles. Les populations intermédiaires se sont éteintes*.

* [en] Life - Posidonia andalucia sur lifeposidoniandalucia.es (pour mémoire)

Espèces fossiles

Toutes les espèces citées ci-dessus descendent probablement des espèces fossiles qui prospéraient il y a quelque 65 millions d'années dans la Téthys à savoir :

  • Posidonia cretacea
  • Posidonia perforata
  • Posidonia parisiensis
Posidonie, fossiles de Posidonia perforata (planche 1878).jpg

Fossiles de Posidonia perforataGelinden (Belgique) 1878
D'après les Français Saporta (1823-1895) et Marion (1846-1900)

Une étude de 2015 sur trois espèces de posidonies (P. australis, P. sinuosa et P. oceanica) a montré que l'intensité de la photosynthèse du tégument des graines de ces plantes, favoriserait leur croissance. Sur le plan évolutif, cette photosynthèse tégumentaire est interprétée comme pouvant être une "pré-adaptation" préalable à l'isolement géologique de la Méditerranée à partir de la mer Téthys pendant la période Éocène.

 

Description générale des posidonies

Posidonie, schéma description.jpg

De croissance lente, les caractéristiques principales de la posidonie sont les suivantes :

  • rhizome monopodial, épais, avec bases des feuilles persistantes [enfoui dans le sédiment]
  • feuilles ligulées avec présence de cellules à tanin,
  • fleurs bisexuées [regroupées en inflorescences comme les épis de blé, au sommet d’une tige de 10 à 30 cm de longueur]

Source [en] Posidonia sur Algae Base

Les rhizomes se développent en sens horizontal ou vertical en fonction de l’espace disponible : horizontal, l’herbier gagne du terrain, vertical, il réagit à l’ensevelissement sous le sédiment. Ces développements sont très lents : 1 à 3 cm par an seulement !

Posidonia oceanica, la matte.jpg
Matte

La matte est l'enchevêtrement très compact constitué par les rhizomes, écailles et racines, dont les interstices sont comblés par le sédiment. (act4posidonia)

Posidonia oceanica, les fleurs blanc-vert.jpg

La posidonie fleurit sous l'eau épisodiquement : dépensant la majorité de son énergie pour son développement et se défendre, sa floraison n’a lieu qu'environ tous les 2 à 5 ans, en automne (août-novembre), et dépend des variations de la température de l’eau en été (la floraison serait provoquée par des températures dépassant les 25°C). Les fleurs, qui n’ont aucune utilité à être colorées, sont d'un blanc-verdâtre. Pas d’abeilles, pas de pollinisateurs, la plante utilise les mouvements de l'eau pour transporter son pollen.

Fruit de Posidonie (crédit Arnaud Abadie).jpg

La fleur produit des fruits flottants ressemblant à des olives vertes (surnommés "olives de mer") : ils mettent 6 à 9 mois pour mûrir avant de se détacher pour flotter à la surface de l’eau, entre mai et juillet. Ils contiennent une graine, qui, en milieu favorable, germera pour donner une nouvelle pousse. Toutefois la plante se reproduit essentiellement par clonage. 

Les feuilles de posidonies, très coriaces et se dégradant très lentement, constituent après leur mort des accumulations propices à la vie marine ainsi qu'au transfert de carbone. Leurs fibres sont difficilement dégradables. Les mouvements des vagues lacèrent ces fibres - auxquelles se sont agrégés des fragments de rhizomes munis de restes d’écailles, mêlés à du sable - puis les roulent en boules feutrées de la taille d'une balle de ping-pong ou de tennis, que l'on appelle égagropiles (ægagropiles) et retrouve fréquemment sur les plages de la mer Méditerranée.

Posidonia oceanica, boule feutrée appelée ''aegagropile''.jpg
Boule feutrée de Posidonia oceanica appelée ''aegagropile''

Quelques chiffres

Étendue. Un herbier de Posidonia australis découvert dans la baie Shark, au large de la côte ouest de l'Australie, s’étend sur plus de 180 km² (18 000 hectares), soit une surface plus de 400 fois supérieure à celle occupée par le pando (peupliers faux-trembles Populus tremuloides).
Ce super-organisme ne comporte que des clones et aurait environ 4 500 ans.

Longévité. Un herbier situé entre les îles de Formentera et d'Ibiza (Baléares) aurait l'âge de 80 000 ans ce qui en ferait l'organisme vivant le plus ancien jamais découvert1.

1. Qui est la posidonie, cette plante aquatique multimillénaire ? [archive] Géo 

 

Utilité des posidonies

Plusieurs rôles écologiques fondamentaux pour le milieu marin littoral

Les herbiers de posidonie fournissent un habitat essentiel à diverses espèces marines et leurs peuplements, qui ressemblent à des prairies, sont en réalité des forêts. Ils sont non seulement un lieu de vie et d'alimentation pour de nombreux poissons, mais l’écosystème de la posidonie rend également des services écologiques essentiels.

Posidonie, herbier.jpg
Les herbiers de posidonies sont notamment une source de nourriture et de protection pour de nombreuses espèces
Les herbiers qu'elles forment constituent des frayères et des nurseries pour de nombreuses espèces animales. Elles constituent également une source de nourriture, parfois importante, pour certaines espèces herbivores (oursins, saupes...).  
Saupes, poissons herbivores.jpg
Deux saupes, poissons herbivores

Une partie de la production de feuilles d'un herbier va se retrouver exportée, sous forme de litière, vers d'autres écosystèmes éloignés (plage, canyon sous-marin, etc.) où elle constituera une source de carbone importante pour le fonctionnement de ces écosystèmes. Elle permet de fixer les fonds marins grâce à l'entrelacement de ses rhizomes. Ceux-ci s'empilent d'une année sur l'autre, contribuant à augmenter progressivement le niveau du fond (environ un mètre par siècle). Elle "piège" des particules en suspension et des sédiments, contribuant ainsi au maintien de la clarté des eaux. Les herbiers à Posidonia oceanica sont considérés comme des formations essentielles dans le stockage du carbone atmosphérique et l'oxygénation du milieu.

Lorsque les herbiers de posidonie se développent au fond de criques de très faible profondeur, les plantes affleurent la surface et peuvent créer un récif barrière, par analogie aux récifs coralliens, contribuant à la formation d'un biotope particulier.

Voir dans Éponge (2) : "espèce-ingénieur" – Les récifs de demain ? 

Laisses de mer et protection du littoral

Les rhizomes morts et les feuilles arrachées des posidonies, se décomposant très lentement, sont souvent apportées sur les bords de plages, où ils s'entassent, formant parfois des tas compacts et imputrescibles, les laisses de mer.

Voir Bois flotté

Cette nécromasse peut s'accumuler sur le littoral, au point parfois de recouvrir toute une plage, en y formant des "banquettes", qui constituent des écosystèmes saprophytes à part entière, qui nourrit un grand nombre d'espèces, et qui réduit l'impact des vagues, tout en participant à une exportation vers l'écosystème dunaire terrestre. Ces tas empêchent l'érosion du sable par les vagues. Néanmoins, comme ces plages, ainsi naturellement protégées, ne sont pas propices au développement du tourisme, les municipalités font souvent retirer les posidonies, exposant ainsi le littoral aux caprices de la mer. 

"Le retrait des banquettes des plages peut avoir un impact négatif majeur sur les
services écosystémiques de
P. oceanica, y compris la préservation des plages."

Posidonie, des ''banquettes'' à Marseille.jpg
Des "banquettes" de posidonie à Marseille

Un rempart contre l'érosion des plages (article Marcelle.media 20/07/2026)

Longtemps arrachées car jugées gênantes pour le bien-être des baigneurs, les banquettes de posidonie font désormais partie intégrante du paysage de certaines plages de Marseille. La mairie compte même sur elles pour freiner le phénomène d’érosion côtière.

Il va falloir s’y habituer, si ce n’est encore fait. Peuplée de posidonie, la mer à Marseille n’est pas claire et limpide. Cette plante aux longues feuilles en forme de ruban jonche aussi les rivages, teintant sable et/ou galets de résidus marron. "C’est une caractéristique propre aux plages de Méditerranée, où cette espèce [Posidonia oceanica] est endémique", souligne Patrick Astruch, ingénieur de recherche appliquée en écologie marine au sein du groupement d’intérêt scientifique sur la posidonie (GIS Posidonie).

Si beaucoup l’ignorent, à commencer par les Marseillais, c’est parce qu’ils ont été mal habitués. Chaque été pendant des années, l’ancienne équipe municipale dirigée par feu Jean-Claude Gaudin a consciencieusement arraché les bancs de posidonie pour en supprimer toute trace. Les baigneurs ne les appréciaient pas et les assimilaient à une algue ou de la saleté. Une pratique révolue depuis 2020 et l’arrivée du Printemps Marseillais aux manettes de la ville. "La posidonie a longtemps été évacuée et détruite, probablement parce que le modèle touristique a fait croire aux gens qu’il fallait que les plages soient de sable fin. C’est un écocide que l’on a stoppé", estime Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille délégué à l’environnement.

Voir plus bas Protection et réintroduction des posidonies

Récapitulatif des services fournis par les herbiers marins

  • Oxygénation de l’eau.
  • Stockage de carbone (séquestration durable).
  • Stabilisation des fonds et réduction de la vitesse des courants, ce qui, mécaniquement, 
    limite l’érosion côtière.
  • Protection des plages contre l'érosion où elle s'accumule en banquettes.
  • Production de matière organique.
  • Source de nourriture, zone de frayère (lieu de ponte) et de refuge (des juvéniles notamment) pour de nombreux organismes.
  • Les posidonies sont des écosystèmes regroupés en "herbiers" accueillant plus de 20%
    de la biodiversité méditerranéenne.
  • La valeur monétaire à l'hectare de l'écosystème posidonie dépasserait largement celle des récifs coralliens et de la forêt amazonienne.

Voir Les plantes de service (Différents types de plantes)

À lire La posidonie : ses habitants [archive] + photos ! (NaturDive)

Bon à savoir. Posidonia oceanica n'est pas comestible pour l'humain. Les feuilles vivantes de cette plante sont riches en composés phénoliques - amers1 et toxiques, répulsifs et indigestes - destinés à freiner leur consommation par les herbivores et à limiter la comestibilité à seulement quelques poissons et oursins. "Cependant, une fois les feuilles tombées, ces composés toxiques s’échappent des cellules mortes et sont dissous dans l’eau. Ils ne sont donc plus présents dans les feuilles mortes de la posidonie"...*. Bien qu'elle produise des "olives de mer" comestibles, Posidonia oceanica est une espèce protégée dont la récolte est strictement interdite.

1. "Ce fort goût amer... vous vous en doutez, la plupart des mauvais goûts dans la nature servent à mettre en garde contre une substance dangereuse"... (Santé Nature Innovation). Cela demande toutefois à être nuancé, l’équation "composé amer = toxicité" n’étant pas vraie dans tous les cas. En effet, il existe des composés toxiques qui ne sont pas amers et bien des substances amères présentent une toxicité que l’on peut qualifier de négligeable (lu dans Élixir du Suédois)

* Suite dans Réflexions (La litière de posidonies : un garde-manger dynamique)

 

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Documentation

Sources et à consulter

Act4posidoniaQu'est ce que la posidonie ? [archive] jolies photos
Domaine du RayolLa plante du mois : la posidonie [archive]
Parc national des calanquesPosidonie [archive] + vidéos

Wikipédia
WWF FrancePosidonie, perle de la Méditerranée + animation [archive]

 

Une bonne plante menacée

  • La principale menace de la posidonie est d’origine humaine : destruction par des aménagements littoraux (élimination des "banquettes" des plages "touristiques"), la pêche au chalut... Le mouillage des bateaux dans l’herbier fait arracher, en remontant l'ancre, les plants de posidonies.
  • Une deuxième menace apparaît alors : si ce n'est que la posidonie est remplacée par du sable, il est plus probable que 2 algues, Caulerpa taxifolia et Caulerpa racemosa, profitent de sa disparition pour s’installer, rendant l’endroit impossible à coloniser par les espèces animales et végétales marines. Certains poissons sont aussi des espèces invasives.
  • La pollution et la turbidité (altération de la qualité et de la transparence de l’eau) de l’eau participent aussi à cette disparition lente mais sûre.
  • Le changement climatique.

 

Protection et réintroduction des posidonies

Protégés par les conventions de Berne (Annexe 1) et de Barcelone (Annexe 2), les herbiers de posidonies ont été identifiés comme Habitat prioritaire au titre de Directive européenne de 1992 "Habitat, faune, flore". En France, la posidonie est protégée par un arrêté ministériel du 19 juillet 1988 (liste des espèces végétales marines protégées).

Projets de réintroduction, lire dans Wikipédia

Lire aussi

"Brève de Tela Botanica" (reprenant l’article de Fabrice Dubault du 16/11/2013 sur languedoc-roussillon.france3.fr) Implantation d’un herbier de posidonie au large de l’Hérault (12/12/2013) [archive]

Graines de mer [Wikiwix] projet soutenu depuis 2011 par le Pôle Mer et la ville de La Grande-Motte et l’Agence de l'eau (qui doit contribuer au bon état écologique des masses d'eau) Dossier de presse [Wikiwix] PDF

La posidonie [archive] Office de Tourisme de La Ciotat

 

Thèmes divers

La plage fut longtemps un lieu effrayant [archive] Conflits 09/10/2025
Qu’est-ce que le « trait de côte » des cartes géographiques ? [archive] Conflits 29/09/2025

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