3-Urbex

Publié par Yantra

L’exploration urbaine, abrégée en urbex (n. m., de l'anglais urban exploration), est une pratique consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme ou inaccessibles au public, l’explorateur urbain étant communément désigné par le néologisme urbexeur.

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Illustration

L'historien français Nicolas Offenstadt 1, maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne, définit l'exploration urbaine comme une "visite sans autorisation et le plus souvent sans but lucratif de lieux délaissés ou abandonnés" 2. Elle possède ses propres principes et pour certains un véritable code de conduite visant à préserver les lieux et les protéger au maximum, notamment en dissimulant les adresses des "spots" — surnom donné aux lieux abandonnés — afin d'éviter d'y attirer des casseurs ou des voleurs.

Cette activité inclut la visite de lieux cachés ou difficiles d'accès, tels que des manoirs, des écoles, des entrepôts désaffectés, des hôpitaux ou sanatoriums (établissements médicaux spécialisés dans le traitement des différentes formes de la tuberculose) etc. Dans certains cas plus rares, la pratique s'étend à des lieux explicitement interdits comme des tunnels de métro, des catacombes et des rooftops (sommets d'immeubles, de monuments…). 

Elle regroupe diverses activités dites "underground" comme la cataphilie 3 et la toiturophilie 4, et elle est très liée à certaines activités sportives telles que l'escalade ou le parkour 5. La pratique s'est très vite répandue avec l'émergence des réseaux sociaux et plates-formes vidéos, notamment grâce à YouTube.

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''Toiturophilie''

L'urbex s'est transformé dans certains lieux en "tourisme de ruines" où des voyagistes prennent en charge la visite de lieux abandonnés, à Berlin, Görlitz (ville frontalière de l'est de l'Allemagne) ou Détroit (État du Michigan, États-Unis) 6.

Attention. Rappel à la loi. On vous aura prévenus !

L'urbex n'est pas légal dans tous les pays

Illégal en France, l’urbex peut faire l’objet d’une condamnation. L'explorateur qui pénètre dans des lieux privés s'expose à un risque légal (pénétration avec ou sans effraction dans le bien d'autrui ; mais cela pourrait aller jusqu'à des accusations d'espionnage ou d'atteinte à la Sûreté de l'État). Les textes qui peuvent être invoqués dépendent des lieux et des circonstances et peuvent être renforcés par des décrets, arrêtés préfectoraux, ou règlements internes de certaines administrations.

L’article 226-4 du Code pénal punit ainsi « l’introduction dans le domicile d’autrui à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, hors les cas où la loi le permet » d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Autre texte dans le code pénal pouvant être invoqué dans la majorité des cas pour condamner les explorateurs, l'article 226-4-3 : « Sans préjudice de l'application de l'article 226-4, dans le cas où le caractère privé du lieu est matérialisé physiquement, pénétrer sans autorisation dans la propriété privée rurale ou forestière d'autrui, sauf les cas où la loi le permet, constitue une contravention de la 4e classe. » [En France les contraventions sont divisées en 5 classes, de la moins grave, 1ère classe, à la plus grave, 5ème classe] Cf. Code pénal : Section 1 : De l'atteinte à la vie privée... (Articles 226-1 à 226-7) [archive] sur www.legifrance.gouv.fr

L’article 322-1 du même code précise que « la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger »

Développé dans Wikipédia : Risques juridiques

Voir plus bas Risques physiques

 

L'exploration urbaine, au sens propre, désigne le fait de recueillir des données sur des zones publiques du paysage urbain, délaissées tout ou partie du temps, en vue d'y accéder et de les utiliser. Cette activité, bien que clandestine et faite sans forcément l'autorisation des éventuels propriétaires, est prohibée en France par quelques décrets, arrêtés préfectoraux, ou règlements internes de certaines administrations [voir encadré ci-dessus]. Les exemples de cette activité sont rares et peu connus, pour des raisons pratiques évidentes liées à toute activité clandestine. On peut malgré tout citer celui de l'UX ou Urban eXperiment 7 dont l'exploration urbaine, au sens propre fut l'activité préliminaire, au début des années 1980 (Cf. Lazar Kunstmann, La Culture en clandestins : l'UX)

Au sens figuré, le terme provient de la traduction littérale de l'expression urban exploration créée par Ninjalicious 8 dans les années 1990 et désigne une activité consistant à visiter des lieux, abandonnés ou non, et en général interdits d'accès, ou tout du moins difficile d'accès. Cette expression devient populaire dans le milieu cataphile à la fin des années 1990, par le biais de reportages télévisuels. Elle marque le début de la diversification de la visite de friches en région parisienne. L'explorateur urbain apprécie la solitude des espaces situés en dehors des zones d'activité et de passage conçues comme telles, pour certains le silence aussi que l'on y trouve : ainsi, la visite guidée de la nef d'une cathédrale sera remplacée par l'exploration nocturne de ses toits, les usines abandonnées deviennent un terrain de jeu, etc. 9

Proposant une définition large, mais d'abord conditionnée par le rapport singulier de l'individu à son environnement, le blogueur, photographe et explorateur urbain britannique Darmon Richter (The Bohemian Blog [archive]) estime que

« l'exploration urbaine est essentiellement une façon d’atteindre à de nouvelles perspectives sur le monde qui nous environne. C’est regarder un endroit commun avec un nouveau regard, en visitant des sites où la majorité des gens ne penserait ou ne voudrait pas aller ou, peut-être, où ils ne pensent pas être autorisés à aller. C’est en fait un terme si vaste qu’il peut inclure tout et n’importe quoi depuis la visite des canalisations sous la ville où vous avez grandi jusqu’à l’infiltration d’un complexe militaire de haute sécurité sur un continent étranger. » 10

Historiquement, l'exploration urbaine à proprement parler est une activité pratiquée par l'homme depuis des siècles, comme peuvent en attester les nombreux courants artistiques "rétros" de l'histoire des arts, comme l'égyptomanie, ou les peintures du néo-classicisme au Romantisme, périodes où les promenades à travers les ruines romaines parsèment l’Europe. On peut aussi citer les "excursions" macabres dans les catacombes et autres charniers...

Thèmes approchants, voir

Ptéridomanie (effet de mode) dans Fougères-Capillaires

Ptérophilie (art de collectionner les plumes) dans Plumes & Plumassiers

La pratique de visiter des lieux abandonnés est donc ancienne. Elle prend de l'ampleur avec les phénomènes de désindustrialisation dans les années 1970-1990, en particulier en Europe et aux États-Unis. Mais le terme Urbex est plus récent et ne se répand que dans les années 2000. Il est lié à la possibilité d'échanger et de diffuser par Internet le fruit de ses visites, ce qui permet de constituer des communautés d'intérêts.

En France, la région parisienne est propice à cette activité (métro, nombreux chantiers, usines, hôpitaux et autres bâtiments abandonnés, toits d'immeubles, monuments, souterrains, etc.) et dérive du mouvement de cataphilie. L'Australie, les États-Unis et les pays anglo-saxons d'une manière générale comptent également des communautés importantes de pratiquants.

 

Centres d'intérêt des explorateurs urbains

L'exploration urbaine est un ensemble de pratiques, dont les motivations peuvent être très éloignées. Le goût de l'aventure est un élément. Certains seront portés sur l'aspect historique, l'ancien et l'abandonné. Beaucoup d'urbexeurs s'intéressent aux questions du patrimoine et considèrent que l'urbex, sous certaines conditions, permet de préserver l'histoire et la mémoire des sites. Il arrive que des explorations urbaines permettent de sauver ou de signaler des fonds documentaires abandonnés.

Voir

Décembre Un sauvetage d’archives : la faïencerie de Longchamp [archive] archives.cotedor.fr

Nicolas Offenstadt "Urbex - Archives de hasard et séries maîtrisées : que vaut la comparaison ?" in  N. Delalande, B. Joyeux-Prunel, P. Singaravélou et M.-B Vincent Dir., Dictionnaire historique de la comparaison - Mélanges en l’honneur de Christophe Charle, Paris, Éditions de la Sorbonne 2020, pp 66-68

Pour d'autres, ce sera la maîtrise de la ville moderne et de ses coulisses. La photographie et la vidéo sont également une motivation importante. Les groupes se forment bien souvent autour d'une de ces pratiques. En France plus qu'ailleurs, la spécialisation des pratiquants est très forte : certains ne vont que dans les catacombes, d'autres ne font que des toits ou des visites du métro. Aujourd'hui certains chercheurs en sciences sociales utilisent l'urbex sur différents terrains, comme Judith Audin autour du développement urbain chinois contemporain (Cf. Judith Audin, Dans l’antre des villes chinoises... 06/2017). En France, une rencontre universitaire autour de l'urbex a été organisée par Nicolas Offenstadt à la Sorbonne en octobre 2018 (Cf. L’exploration urbaine (Urbex)...)

Récapitulatif des activités de l'urbex

Cataphilie

Toiturophilie

Exploration rurale

Cette activité, dérivée de l'exploration urbaine, consiste à s'introduire et à visiter des lieux très souvent abandonnés tout en profitant de la tranquillité du milieu rural (le "rurex"). Contrairement au milieu de l'exploration urbaine, celui de l'exploration rurale est plus marginal. La connaissance du patrimoine, industriel ou artisanal, est souvent une des motivations de l'activité. Lieux visités : fermes, coopératives agricoles, silos, maisons, usines, chantiers, bâtiments, cimetières, anciennes voies ferrées… L'exploration est souvent accompagnée de la prise de photographies de l'endroit visité, parfois d'un relevé de plan.

Voir La Coulée verte ou le Paris pittoresque

Friches industrielles et lieux abandonnés

La visite de sites industriels désaffectés est en théorie interdite, car il s'agit de lieux privés et aussi en raison des dangers qui s'y trouvent (matières dangereuses stockées, risques de chutes, d'effondrement de la structure, électrocution, amiante, etc.), mais elle représente une grande partie de l'activité d'urbex, car la désindustrialisation et les évolutions économiques des années 1990 ont conduit à de multiples abandons de structures industrielles. Il arrive parfois que le site ait été racheté par une collectivité locale ou mis sous tutelle d'un organisme public du type établissement public foncier, pour être dépollué et détruit. Dans ce cas, l'activité d'urbex sert de témoignage visuel d'un patrimoine industriel en voie de disparition.

Cf. L’exploration urbaine (Urbex)... 10/2018

Cependant il est assez rare de trouver un site industriel encore préservé en raison du vandalisme et du pillage (mobilier, métaux...) très répandus, et certains urbexeurs tentent de faire prendre conscience l'opinion.

Cf. Exploration urbaine [archive] sur boreally.org

Souvent, la visite de tels sites est réalisée par des personnes qui s'intéressent aussi à l'histoire industrielle et respectent les lieux. Des sites industriels classés au patrimoine culturel sont librement visitables et sécurisés (Cf. haut fourneau U4 d'Uckange en Moselle [archive], Volklinger Hütte en Allemagne) et constituent une alternative à la visite de sites interdits, mais enlèvent l'aspect de "découverte" et "exploration" propre à l'urbex. On se rapproche alors de l'archéologie industrielle, qui vise à recenser et mettre en valeur le patrimoine industriel du pays. Une discussion commence d'ailleurs parmi les archéologues sur les liens entre l'urbex et leurs pratiques et certains commencent à fouiller ou étudier des sites d'abandon récent.

Autres activités

 

Risques physiques 

En plus d'éventuels risques juridiques, il faut considérer les risques physiques liés à ce genre d'activités.

Ces risques physiques sont de plusieurs natures : chute de l'explorateur ou chute de pierres, effondrements, etc. ; des risques liés à l'eau (inondation subite d'un conduit) ; risques liés aux gaz (absence d'oxygène - hypoxie -, présence de gaz toxiques (CO CO2 H2S…), risques d'explosion (grisou, poussières). L'exposition à l'amiante dégradée dans certains sites est également à prendre en compte.

Cf. Risques liés aux gaz toxiques en milieu minier [archive 30/12/2019]

Voir À propos de l'oxygène O2 (PDF) -- anaérobie (absence d'oxygène)

Un fait divers

Le Lyonnais "Siirvgve", de son vrai nom Maxime Sirugue (d), adepte de grimpe urbaine, se tue le , à l'âge de 18 ans, alors qu'il escaladait le pont ferroviaire de la Mulatière, à Lyon, pour immortaliser les hauteurs de la ville.

Cf. Mort du Lyonnais "Siirvgve", photographe de l'extrême âgé de 18 ans [archive] Le Figaro

Voir Comportement ordalique (Wikipédia)

_______________

Notes 

1. À lire, de Nicolas Offenstadt 

L’exploration urbaine (Urbex) – L’historien et les sciences sociales [archive], université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/Institut d’histoire moderne et contemporaine, 18 octobre 2018 - Journée d’études organisée par Nicolas Offenstadt

Urbex RDA : l'Allemagne de l'Est racontée par ses lieux abandonnés, Nicolas Offenstadt, Éditions Albin Michel, septembre 2019, 258 pages, 34,90 euros (version numérique 9,99 euros).

Une exploration urbaine (urbex) à Plauen. Sur les traces de la dentelle et de la RDA, Nicolas Offenstadt, Métropolitiques, 13 janvier 2020, téléchargeable en PDF

Urbex : le phénomène de l'exploration urbaine décrypté, Nicolas Offenstadt, Éditions Albin Michel, mars 2022, 192 pages, 14,90 euros.

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L'historien Nicolas Offenstadt s'intéresse tout particulièrement aux archives laissées sur les sites abandonnés.

Cf. Urbex, le grand frisson de l’exploration urbaine [archive] (CNRS Le journal 27/06/2023)

2. Nicolas Offenstadt "Une exploration urbaine (urbex) à Plauen" op. cit. note 1.

3. La cataphilie  

La cataphilie est l'activité qui consiste en la visite clandestine des anciennes carrières souterraines de Paris. Il s'agit d'un abus de langage relatif aux Catacombes de Paris qui se situent dans les carrières souterraines, parfois abrégées en "catas" ou même "Ktas". 

Le pratiquant est un cataphile. (Voir Wikipédia, développé ICI)

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La cataphilie est l'activité qui consiste en la visite clandestine des anciennes carrières souterraines de Paris. Il s'agit d'un abus de langage relatif aux Catacombes de Paris qui se situent dans les carrières souterraines.

 

Les Catacombes * de Paris, terme utilisé pour nommer l'ossuaire municipal, sont à l'origine une partie des anciennes carrières souterraines situées dans le 14ᵉ arrondissement de Paris, reliées entre elles par des galeries d'inspection. Véritable labyrinthe au cœur du Paris souterrain, site unique dans d'anciennes galeries de carrières et ouvert au public dès 1809, "les Catacombes" sont le plus grand ossuaire du monde abrite les restes de plusieurs millions de Parisiens au fur et à mesure de la fermeture des cimetières de Paris.

Les catacombes sont des excavations souterraines utilisées depuis l'Antiquité par les chrétiens et qui servent initialement de lieu de sépulture pour les corps non brûlés. Le mot catacombes vient du latin chrétien catacumbæ "cimetière souterrain", nom donné primitivement à un cimetière situé non loin de la Via Appia (Voie Appienne), composé du grec κατά / katá "en bas", et du latin chrétien tumba "tombe" (Étymologie de CATACOMBE [archive] sur cnrtl.fr)

4. La toiturophilie  

La toiturophilie ou stégophilie, aussi appelée rooftop, est la passion de l'accès aux toits et l'activité qui consiste à s'y promener.

En toiturophilie les lieux visités sont presque toujours des toits, que ce soit de résidences, de grands immeubles (administrations, sites publics), d'églises ou de cathédrales. Par extension, le toiturophile escalade aussi des grues ou de hautes cheminées.

Cette activité se pratique généralement de nuit, à la faveur d'accès le plus souvent illégaux. Certains cependant obtiennent des accès légaux, notamment dans le cadre de campagnes d'entretiens ou de reportages photographiques.

Le toiturophile monte généralement sur les endroits les plus hauts, afin d'apprécier la vue et prendre des photos. Au lieu de simplement participer aux visites touristiques, il est motivé par une volonté de calme et de détente. La visite de ces lieux, sans personne pour troubler leur tranquillité, devient alors un moment privilégié d'observation du panorama et de perception des éléments (tel que le vent ou la pluie). (Voir Wikipédia, développé ICI)

 

5. Parkour : voir aussi Gymkhana -- Sports urbains (Wikipédia)  

6. Aude Le Gallou "Espaces marginaux et fronts pionniers du tourisme urbain : approcher les ruines urbaines au prisme de la notion d’(extra)ordinaire" Bulletin de l’association de géographes français. Géographies, vol.95, nos 95-4,‎ , pp 595–612 (ISSN 0004-5322, DOI 10.4000/bagf.4241) [archive]

7. Urban eXperiment ou UX, est une agrégation de groupes clandestins, basée à Paris, qui utilisent et aménagent les espaces délaissés de la ville à des fins non lucratives. Ces groupes sont apparus au début des années 1980, dans le Quartier latin. À l'origine essentiellement composés de collégiens et collégiennes des alentours, ils se sont rapidement diversifiés socio-culturellement, dans le même temps qu'ils se structuraient et segmentaient leurs activités. (Wikipédia)

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