Info CRIS militaires
CRIS de combat, de guerre, d'armes
Un cri de combat, de guerre, d'armes ou cri de ralliement1, est une phrase, un mot ou un son commun aux membres d'une armée ou d'une compagnie ou d'un peuple guerrier.
1. Georges de Chambray, Philosophie de la guerre : suivie de mélanges [recherche "cri de guerre"] Pillet aîné impr. et Anselin 1829, pp 293-295 (notes). "Ralliement", voir dans Theatrum Belli et dans SAMA
Cri de combat, cri de guerre, cri d'armes... Toute classification trop systématique a ses défauts, mais en matière historique, a pour principal mérite de servir d’échafaudage aux théoriciens et d’aider à clarifier les idées.
Les seigneurs utilisaient les cris d'armes, propres à leurs maisons, pour rallier les troupes et vassaux dans la mêlée des combats, servir de reconnaissance aux chefs militaires et aux armées afin de se distinguer les uns des autres (identifier les parties en présence) ou simplement pour défier l’adversaire avant la charge...
Mais certains cris pourraient être de l’une ou de l’autre classe. Aussi SAMA s'efforcera de suivre avant tout l’évolution de cette institution coutumière...
Voir Cri de guerre ou cri d'armes (Theatrum Belli)
définitions, extrait du dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France 1816
Le cri de combat ou cri primitif
Il est destiné à jeter l’épouvante dans le cœur de l’ennemi. Il est employé depuis les temps les plus reculés (il l’est encore d’ailleurs dans la lutte du judoka et karaté). L’animal lui-même – comme le taureau ou l’éléphant – "chauffe" pour ainsi dire sa fureur par des ronflements, des beuglements, des barrissements avant de charger.
Voir Liste de cris d'animaux (Wikipédia)
De tout temps les nations ont eu pour usage de jeter de grands cris avant le combat pour s’encourager – se "gonfler" – effrayer l’adversaire.
Voir Le Haka
Nous trouvons un écho des différents cris dans la Chanson de Roland (poème épique du début du XIIe siècle). Après le désastre de Roncevaux, Charlemagne conduit les Français au combat pour venger la mort de Roland. Les deux troupes – françaises et sarrasines – se rencontrent aux cris de Montjoie d‘un côté (du nom de Joyeuse, l’épée de Charlemagne) de Précieuse de l’autre (du nom de l’épée du roi païen). Ce sont des cris de combat féodaux et nationaux. Mais après que Naimes a tué Malprime, son adversaire, la bataille devient terrible.
L’émir fait donner toutes ses réserves, ses troupes accourent de toute part : les unes braient et hennissent, les autres aboient comme des chiens : les cris primitifs accompagnent l’attaque des troupes barbares devant laquelle plie l’armée des chevaliers français – Ogier le Danois et les autres preux font des prodiges de vaillance pour reprendre l’avantage. Charlemagne livre un combat singulier à Baliguant ; fort malmené un instant, il parvient à tuer son adversaire. Alors il crie Montjoie pour qu’on se rallie à lui. La Chanson de Roland est un témoignage très caractéristique des coutumes des temps anciens, et de la chevalerie.
les 8 moments (en 4 parties) de la Chanson de Roland par Simon Marmion (vers 1425-1489)
Dans cette chanson de geste, nous retrouvons les exemples du cri de combat, du cri de guerre, du cri féodal et déjà du cri royal ou cri national utilisé comme "cri à la rescousse" et "cri de ralliement" – autre classification des historiens…
suite SAMA
Le cri de guerre
Le cri de combat devient cri de guerre lorsque la forme en est fixée d’avance. C’est le signe que la bataille s’ordonne, le cri a un sens précis, exprime une idée, répété avec force il s’apparente avec ce que nous appelons slogan. Le cri de guerre a pour objet surtout d’exciter le combattant contre l’adversaire.
Le cri de guerre des Romains est feri ! (frappe !). Ils frappaient en effet de leur épée sur leur bouclier. Les Grecs criaient allala ou allali, d’où le terme de chasse hallali – halle a li "courez à lui" (N.B. "courre", ancienne forme du verbe courir qui n'est désormais employée que dans l'expression "chasse à courre").
L'hallali est, dans son sens premier, le cri ou sonnerie de cor de chasse annonçant que l'animal traqué est aux abois. Au figuré, de nos jours, sonner l'hallali de quelqu'un/quelque chose, c'est annoncer sa défaite, sa ruine, ou proclamer sa propre victoire sur ce quelqu'un/quelque chose.
Voir plus bas Un autre terme de vénerie (chasse à courre)
Le vieux cri de guerre celtique Torr he brenn (casse la tête) remonte très loin, peut-être à l’âge des cavernes ! Aussi anciens sont les cris de guerre des Irlandais A boo (à la victoire) qui figurent au cimier des armoiries des Desmond et Mac Carthy. Le cri de guerre antique de l’Écosse le slughan ou slogan se retrouve dans le cri de clan des Mac Donnel, Mac Alpine, Mac Gregor, et d’autres encore.
Le cri de guerre des Cosaques Huraj ! (au paradis) dont est issu le hurrah ! remonte aussi fort loin. Le cri de guerre n’est plus le hurlement sauvage, mais est devenu un mot, une phrase, une formule. En France, le cri d‘embuscade est Tue ! tue ! et celui des Espagnols est A mat !…
Le cri primitif naturel – comme le ahan ! du bûcheron – et le cri de guerre sont employés simultanément au cours des combats.
source et suite dans SAMA
Le han du bûcheron (Les Shakti Bandha)
Voir aussi la Liste de cris de guerre chez Encyclopédie Wikimonde et/ou Wikipédia
En héraldique, le cri de guerre... voir plus bas
Le cri d’armes est une expression féodale
Alors que le cri de guerre a pour objet surtout d’exciter le combattant contre l’adversaire, le cri d'armes, cri féodal ou cri du chevalier, est, du Xe au XVe siècle, le cri personnel du chef militaire – qu’est le chevalier banneret. "Le cri d’armes, en forme de devise est reproduit par acclamation en chœur ; c’est un cri de subordination répété quand le chef lui-même, son porte-enseigne ou son héraut d’armes en donne le signal ou le ton." Telle est la définition qu’en donne le général Bardin dans son dictionnaire militaire.
Le roi de France – le premier des seigneurs – avait son cri : Montjoie qui deviendra Montjoie Saint-Denis, et prendra le caractère de cri national unique (voir plus bas). D’où les expressions françaises du vieux langage "lever le cri" pour exprimer l’appel du chef de guerre, "aller au cri" pour exprimer le rassemblement des vassaux sous ses ordres pour aller à la guerre.
source et suite (très intéressante) dans SAMA
(...) L’époque féodale est révolue, la Monarchie s’affirme, le cri national au combat devient France ! France ! et Vive le roi. Il deviendra plus tard avec Napoléon Vive l’Empereur !
par Édouard Detaille (- peintre et illustrateur français
galerie d'Art de Nouvelle-Galles du Sud (Sydney)
Le cri dans le contexte militaire
Les instructeurs de certains corps d'armée utilisent systématiquement cris et hurlements, proférés très près des jeunes appelés ou volontaires. La réponse de la jeune recrue ou stagiaire en formation doit aussi être criée voire hurlée. Ce serait l'un des moyens psychologiques d'induire une culture militaire de respect de la discipline, de soumission et d'obéissance absolue à l'autorité.
/image%2F0651393%2F20250802%2Fob_16e7e1_jeune-recrue-en-formation-dans-l-arme.jpg)
d'un instructeur et doit répondre pareillement (Marine Corps Recruit Depot à San Diego)
L'armée américaine est connue pour utiliser cette méthode dans le but d'instiller la discipline et le respect des officiers.
Le cri qui terrorisait les ennemis pendant l’Âge du fer
Tout au long de l'Histoire, de l'Antiquité aux conflits plus modernes, l’utilisation de bruits agressifs pour intimider l’ennemi a joué un rôle important dans la guerre.
À l'âge du fer et durant les périodes grecque et romaine, un instrument de musique celtique bien spécifique était utilisé sur les champs de bataille d’Europe : le carnyx. Cet énorme instrument de guerre ressemblant à une trompette, était très utilisé pour effrayer les ennemis sur les champs de bataille européens. L'un d’eux, représentant une tête de sanglier, a été retrouvé presque intact.
Toutefois, on ne sait pas exactement comment ces instruments sonnaient, car même le carnyx de Tintignac, en Corrèze (19), reconstitué fidèlement par la société Armae en 2011, est injouable...
Mais des répliques modernes ont été façonnées à partir de pièces de carnyx trouvées, et utilisées afin de se faire une idée des sonorités de cet instrument à vent. D’après France musique, le carnyx a une deuxième vie aujourd'hui, des musiciens contemporains s’en étant emparés dans des orchestres. Avec ses 5 octaves, il peut être joué en concert, tantôt piano tantôt forte...
Et cela rejoint l'article CRIS en musique :-)
Source et suite dans ♫♪♫ Info Le ♪♪♪♪ Carnyx
_______________
Documentation
Les cris de guerre [archive] (Theatrum Belli)
Voir aussi
Quelques précisions et anecdotes
Un autre terme de vénerie : taïaut, ou tayaut, interjection (XIIIe siècle). Dans la chasse à courre, taïaut est le cri du veneur pour annoncer qu’il voit le cerf (ou daim ou chevreuil) et lancer les chiens à sa poursuite, par opposition à vélaut, ou vloo, qui signale plus particulièrement un sanglier. "On y voit passer des chasses fantômes ; on y entend le taïaut, taïaut, du piqueur diabolique" Anatole France (1844-1924). L'origine du mot taïaut est incertaine. Le CNRTL donne plusieurs exemples tirés de sources littéraires à partir du XIIIe siècle et propose une étymologie basée sur la juxtaposition de deux interjections utilisées pour diriger les chiens, comme par exemple "Ta ça, ta ça, ta ho", "Sa sa, Tahou, tahou", "tha, tha, thahaut, thahaut"...
Voir plus haut hallali
En héraldique, le cri de guerre figure au-dessus du blason, au contraire de la devise qui est placée en dessous2.
2. "Éléments des armoiries". Pour les liens (mots en bleu) voir Wikipédia
/image%2F0651393%2F20250801%2Fob_eea526_lements-des-armoiries.jpg)
Voir aussi Logo contre blason (Une prof en France 26)
Montjoie ! Saint-Denis ! est le cri des rois de France, présent sur les armoiries de France et de Navarre.
/image%2F0651393%2F20250801%2Fob_97edac_montjoie-saint-denis-cri-de-guerre.png)
Pour l'anecdote, un grognard est un soldat de la Vieille Garde de Napoléon Bonaparte, formée des hommes les plus expérimentés de la Grande Armée, mais aussi les plus fidèles soutiens de l'Empereur. Ils se plaignaient cependant souvent de leurs conditions de vie directement à Napoléon, qui les appela donc "grognards". Les plaintes, il est vrai, étaient rarement justifiées : si la discipline était rude elle restait humaine, et les hommes de la Garde bénéficiaient d'avantages non négligeables en comparaison des autres unités de l'armée...
Le grunt, est, en musique, une technique vocale qui confère un timbre guttural (musiques du type death metal), en argot militaire, c'est le sobriquet donné aux soldats de base de l’infanterie américaine durant la guerre du Vietnam (1955-1975), à l’instar des grognards de Napoléon.
Voir Info CRIS en musique
Vidéos
Le rebel yell : le "hurlement du rebelle", cri de guerre nord-américain sudiste qui serait issu d'un mélange multiethnique3.
3. [en] Craig A. Warren "The Rebel Yell: A Cultural History" University of Alabama Press 0
Vidéo [en] À quoi ressemblait le cri des rebelles
https://www.youtube.com/watch?v=7mGAesLYlF8 (08/05/2014)
Voir Recherche Google - Cri de guerre - cri guerriers yell
Vidéo. Gilets jaunes : d’où vient le Ahou ! des manifestants
Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", vous avez peut-être entendu ce cri Ahou ! Ahou ! Il figure notamment dans le clip du rappeur toulousain D1ST1, tourné dans les manifestations. Le cri vient du film 300, qui raconte la légende des guerriers spartiates de l’Antiquité grecque. Des extrêmes politiques aux stades de football, le Ahou ! a depuis été repris un peu partout et sert maintenant à montrer la cohésion d’un groupe.
https://www.youtube.com/watch?v=-r5ylQCoQWU (02/02/2019)
Voir
_______________
Divers à consulter
Slogans de pub
Thème "militaire"
Gymnastique militaire (française)
Militaire (liste d'articles de Gigeoju)