• 3-Gymnastique militaire

    D'après un article de La quête de kiaz (archive sans la vidéo : https://archive.is/YIuNL)

    La gymnastique militaire française

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    École militaire de Joinville-le-Pont : promotion juillet 1912

    L’École normale militaire de Gymnastique, fondée en 1852, qui a donné naissance au Bataillon de Joinville, se situait sur le terrain de Joinville avant 1929 (Wikipédia)

    Voir Joinville-le-Pont et Grenelle : Points géographiques et historiques

     

    Le développement des activités physiques a toujours été considéré comme relevant de l’État plutôt que de l’initiative privée dans les représentations françaises. La pratique du sport a été marginalisé par les autorités qui lui préféraient des pratiques dont les valeurs semblaient plus en accord avec les besoins de la société.
    Jusqu’à dans les années trente, le très fort poids des traditions militaires et médicales conforte la rupture entre la gymnastique et le sport en freinant le développement de celui-ci.

    Mais la légitimité de la gymnastique tient aussi à ses origines plus lointaines, ce qui amène à questionner la spécificité du cas français en revenant aux conséquences de la Révolution de 1789.

    La classe dominante a entretenu une longue tradition militaire avec un rapport fréquent à l’exercice (tournois, joutes, escrimes, équitation…).
    Mais le petit peuple et la classe paysanne et les villageois, quant à eux, ont une tout aussi longue expérience des danses et des jeux de forces et d’adresse.
    Mais la Révolution, avec les changements de mentalités, a permis de dépasser le culte de l’immobilité par l’impératif du mouvement. La légitimité de l’exercice physique connaît d’incontestables progrès, tandis que les pratiques éducatives, médicales et militaires bénéficient de remarquables transformations.

    En dehors de l’aristocratie qui se bouscule dans les salles des professeurs de danse, d’escrimes et d’équitation pendant les trois Républiques au XIXe siècle, c’est la prise de conscience du regard sur le corps qui est bouleversé. L’exercice physique est perçu comme un véritable outil de maîtrise des comportements dont les institutions militaires et médicales s’emparent aussitôt.

    Dès lors, la médecine multiplie les recommandations dans des traités d’hygiène dont l’éventail des activités visées est de plus en plus large. Avec pour seul mot d’ordre, modération et précision.

    Les découvertes scientifiques accompagnent les mutations de structuration de tout cet ensemble, par exemple la respiration de Lavoisier qui isole l’oxygène en 1777, transformant du coup le sens de la respiration et donc de l’exercice.
    « …la respiration devient source directe d’énergie et de force » G. Vigarello.

    Au début du XIXe, l’homme politique souhaite réguler le corps social pour contrôler les comportements du peuple. Aboutissant à une mise en place d’un consensus entre l’institution politique et l’institution médicale, l’école, la caserne, l’hôpital deviennent des laboratoires pour les hygiénistes *.

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    * L'hygiénisme, à ne pas confondre avec l'Hygiénisme de Shelton, est un ensemble de théories politiques et sociales dont le principe est de concevoir l'architecture et l'urbanisme pour les collectivités, les pratiques médicales et diététiques pour les individus en appliquant les règles de préservation de l'hygiène et de prévention de la santé publique. La démarche de ses représentants est de guider la décision politique dans la gestion des masses par les apports des sciences, telles que l'épidémiologie ou la démographie, dans une optique d'optimisation des coûts sociaux et d'épanouissement de l'individu.

    C'est par exemple concevoir des immeubles collectifs laissant pénétrer la lumière et la verdure, construire dans les hôpitaux des pavillons distincts pour chaque pathologie, relier les immeubles à l'égout, rendre obligatoire les poubelles, ou organiser au niveau des municipalités des centres aérés pour les enfants.

    Courant de pensée né au milieu du XIXe siècle dans une société où la tuberculose et l'alcoolisme étaient endémiques, l'hygiénisme procède de la nouvelle conception de la matière et de ses échanges qu'a induit la découverte, faite en 1775 par Antoine Lavoisier, du rôle de l'oxydation dans la nature et dans le corps humain mais aussi dans l'agriculture et la production industrielle, partant dans toute l'économie et l'équilibre des finances. Il s'est ensuite développé grâce à la découverte, faite par Louis Pasteur en 1865, du rôle des micro-organismes dans la fermentation, la contamination et la contagion.

    L'historien Georges Vigarello trouve son fondement dans « le principe nouveau de rentabilité "combustive" [pour réorienter] les valeurs données à la nourriture, aux boissons, à l’air respiré, au travail, au repos, à la propreté d’un corps censé laisser pénétrer l’oxygène par la peau » (Le sain et le malsain, Paris, éditions du Seuil, 1993)

    (Wikipédia)

    Voir aussi

    Redressement du corps

    Respirer

     

    Dès lors, la tradition médicale et la tradition militaire se rejoignent dans une gymnastique très analytique ou le geste est découpé et placé dans des séries précises orchestré par le supérieur hiérarchique. Mais elle ne trouve pas l’unanimité.

    Francisco Amorós (1770-1848) * propose l’utilisation d’agrès destinés à produire des mouvements plus globaux.

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    * Voir aussi Francisco Amorós (Wikipédia)

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    Amorós est considéré comme le père de la gymnastique française et sa tombe au cimetière du Montparnasse est toujours entretenue par la Fédération française de gymnastique qui y dépose symboliquement une gerbe chaque année (Wikipédia)

    Sa méthode rédigé en 1830, connaît un immense succès à l’Armée et influence considérablement les structures privées qui commencent à apparaître. Des gymnases civiles et orthopédique, puis militaires, sont créés.

    Son influence est également est décisive dans l’élaboration d’un document qui jettera pour longtemps les bases de la gymnastique militaire et scolaire (Instructions pour l’enseignement de la gymnastique, F. Amorós 1846)

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    École de Joinville

    Voir L'Histoire par l'image

    Et ainsi que dans l’ouverture, en 1852, de l’école militaire de Joinville-le-Pont par l’un de ses élèves le Commandant d’Argy. Au milieu du siècle beaucoup de gymnases se crées sur cet exemple. Certains d’entre eux sont des lieux réputés ou les hommes et les femmes s’adonnent à des exercices plus au moins tonifiants.

    La défaite contre la Prusse en 1870 provoque une vive réaction dans la société. Désormais ouvriers, artisans et petits bourgeois se réunissent dans des sociétés de gymnastique dont la vocation reste plus nationaliste et collective que commerciale et individuelle. Ces structures bénéficient des appuis d’autorités militaires. Grades militaires, saluts, chants, systèmes de sanctions systématique, drapeaux, hymnes, constituent un dispositif au sein duquel la pratique physique n’a de sens que rapporté au même esprit. Dans cette gymnastique la démonstration prime toujours sur l’engagement individuel. La gymnastique est liée à la préparation militaire jusqu’en 1914 avec l’idée de la revanche contre la Prusse.

    Un courant parallèle se constitue tout de même avec les idées de jeu en plein air et d’un jeu éducatif face à la gymnastique militaire. Sont des acteurs de ces mouvements : 

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    Jules Simon (1814-1896), philosophe et homme d'État

    Philippe Tissié (1852-1935), médecin - photo Panajou

    Pierre de Coubertin (1863-1937), historien, pédagogue
     

    Jean-François Paschal Grousset, né le 07 avril 1844 à Corte (Corse) et mort le 09 avril 1909 à Paris - connu également sous les pseudonymes Docteur Flavius, André Laurie, Philippe Daryl, Léopold Virey et Tiburce Moray - est journaliste, homme politique et écrivain français.

    Ses articles sur le sport et l'éducation, publiés dans le journal Le Temps sous le pseudonyme de Philippe Daryl, ainsi que son ouvrage La Renaissance physique (1888), proposent une vision communarde des pratiques physiques opposée à la vision "versaillaise" des pratiques sportives.

    Il souhaite valoriser les plus faibles et les plus en difficulté ainsi que le plus grand nombre de pratiquants contrairement au modèle sportif qui valorise le champion et le plus petit nombre. Il écrit pourtant un tome de l'Encyclopédie des sports (1892) consacré aux jeux de balles et de ballons et est un des principaux artisans de l'introduction du football en France. Il cherche cependant davantage à promouvoir les jeux français que les sports anglais qu'il discrédite dans plusieurs de ses articles.

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    Il s'est intéressé au canotage et au sport tout nouveau pour l'époque du yachting à voile dont le grand champion et promoteur était le peintre Gustave Caillebotte. Il écrit divers articles dans la revue Le Yacht, publie un livre qui constitue en 1890 un point sur l'"état de l'art" dans ce domaine. Ce livre a été numérisé et est consultable en ligne :  Philippe Daryl "Le yacht : histoire de la navigation maritime de plaisance" Paris, Ancienne Maison Quantin, Libraries-Imprimeries Reunies, 1890 [archive]

    En octobre 1888, Grousset crée la "Ligue nationale d'éducation physique" (contre les "idées reçues") qui, globalement, rejette la compétition sportive en la considérant comme politiquement et moralement néfaste. Il s'oppose ainsi frontalement à Jules Simon qui a créé en juin de la même année un "Comité pour la propagation des exercices physiques".

    En effet, si Grousset est favorable à la pratique des sports en tant qu'hygiène de vie, il rejette toute idée de compétition, au profit d'un idéal de fraternisation et d'éducation populaire. Cela le place, à tous les égards (tant en politique qu'au niveau de l'idéal sportif), totalement à l'opposé d'un Pierre de Coubertin [1]. Grousset, le vieux et Coubertin, le jeune, se détestent réciproquement. Coubertin écrit dans une correspondance avec Philippe Tissié : Ce « Monsieur Paschal Grousset qui est un homme que je méprise et avec lequel je ne veux point avoir de rapports » [2]

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    [1] "Mystique de 'gauche' et mystique de 'droite' en éducation physique en France sous la IIIe République" par Gleyse Jacques, Dominique Jorand, Céline Garcia et le Centre de recherches sur la formation, l’éducation et l’enseignement - Université Montpellier 3, Stadion 2001, samedi 02/11/ 2002 [archive]

    [2] Jean Durry, "Tissié et Coubertin" [PDF], sur archive.wikiwix.com, p. 78

    (Wikipédia)

    Voir aussi Le Yoga, pour en finir avec la compétition

     

    Pierre de Coubertin transforma le Comité Jules Simon en « Conseil supérieur de l’EP ». Il s’appropriera la devise du Père Didon :

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    « Citius, altius, fortius »

    Voir aussi Henri Didon

    Un grand pas est franchi avec la constitution du mouvement olympique en 1896.

    La classe ouvrière est de plus en plus influencée et sensibilisée, notamment grâce au mouvement des jeunesses catholiques qui profitent de la guerre entre l’Église et l’État.

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    Les jeux olympiques de Paris en 1900 ne sont qu’un spectacle inutile, d’un genre un peu différent des exhibitions des batteurs de foire, d’acrobates et hommes de forces qui attirent alors les badauds sur les places du marché.

    Galeries de photos

    Paris 1900 Les meilleures Photos

    Paris 1900 Toutes les photos

     

    Le glas de cette gymnastique militaire fut sonné par la Grande Guerre…

     

    Les deux personnages * qui ont structuré la gymnastique en France

    Si l'on accepte l’idée de Francisco Amorós comme le « père » de la gymnastique militaire, essayons d’en savoir un peu plus.

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    * NB Le deuxième "personnage" est Alexandre-Napoléon Laisné (1810-1896) qui nous donne rendez-vous dans : Amorós et la naissance de Joinville

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    Alexandre Napoléon Laisné à 73 ans

     

    Francisco Amorós naquit à Valence en 1770. Issu d’une famille noble, il suivit une carrière militaire comme ses ancêtres. Il fit ses premières expériences dans son pays d’origine et, en 1805, il parvient à obtenir de Charles IV la somme nécessaire et l’autorisation pour créer son institut dans lequel il fit ses premières expériences (Institut Royal Pestalozzi en en 1805).
    On y trouvait dans cet institut « des instruments et des machines qu’il avait inventés et qui étaient déjà dès cette époque caractéristiques de sa méthode ».
    Pendant ce temps-là, Napoléon précisait ses vues sur la péninsule ibérique avec la volonté de la conquérir. Amorós, mêlé de près avec la vie politique de son pays, mise sur la partie de l’envahisseur et devient un collaborateur.

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    À partir de ce moment, il fut traité de « Afrancesado » (= Collaborateur). Après la défaite de Vitoria en 1813, Amorós fut obligé de s’exiler en France.
    Arrivé en France en 1813, il connaît des débuts difficiles mais s’intègre rapidement et poursuit son œuvre.
    Il s’associa à la Société pour l’instruction élémentaire et participa avec ardeur aux premiers travaux. Il y développa ses idées sur la gymnastique et les appliqua dans une institution privée puis dans un gymnaste municipal.

    Une anecdote le fit connaître : un incendie éclata dans le quartier et Amorós et ses élèves firent « des prodiges d’agilité et de courage » ; ils organisèrent une chaîne de seau d’eau pour éteindre l’incendie.

    Le ministère de la Guerre décida l’ouverture d’un premier gymnase militaire en 1817, dont Amorós sera le directeur et y donnera des cours aux sapeurs-pompiers de Paris. Puis en 1819, le ministère de la Guerre lui donna la direction d’un deuxième « Gymnase Normal Militaire et Civil », à Grenelle (qui fermera en 1838)

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    Voir Joinville-le-Pont et Grenelle : Points géographiques et historiques

     

    Amorós possède une vaste culture allant de la psychologie à la mécanique et s’appuyant sur les nouvelles découvertes en physiologie.

    La gymnastique « C’est la science raisonnée de nos mouvements et de ses rapports avec nos sens »

    Pour Amorós, les exercices étaient basés sur l’étude des organes (l’anatomie), sur celle de leur fonctionnement (la physiologie). Tout ceci étant lié au grand principe physique et mécanique.

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    Planche extraite du Nouveau manuel complet d'éducation physique, gymnastique et morale (vol. 2)
    de Francisco Amorós, 1848

    On développait le sens auditif, puisque les séances étaient souvent accompagnées au rythme du tambour, également par des chants. Ces chants qui par leur diversité incitaient au courage. Une grande importance était attachée à la démonstration des exercices physiques et une sensibilité particulière était portée sur les perception corporelles : elles étaient provoquées par l’exécution des exercices.

    Les chants servaient à exalter les différentes valeurs morales de l’individu. Ces considérations morales étaient omniprésentes dans l’esprit d’Amorós (amour du prochain, du bien, du beau, la charité, le courage, les sentiments patriotiques...).
    Toutes ces vertus devaient être liées à la pratique de la gymnastique. Celle-ci devait également développer d’autres qualités, notamment l’intelligence du mouvement, l’endurcissement de l’individu, etc.

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    Voir aussi dans la série 'MUSCU'

    exercices de base

    activités physiques, qui fait quoi ?

    D’après Amorós, la gymnastique comprenait 4 parties :

    1. Gymnastique civile et industrielle

    Gymnastique préparatoire à la pratique d’un métier.

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    Les Sociétés de gymnastique

    2. Gymnastique militaire

    La plus utilisée. Gymnastique de sélection à cheval, par exemple.

    3. Gymnastique médicale et orthopédique

    Développée essentiellement par le courant suédois.

    4. Gymnastique scénique et funambulesque

    « la gymnastique s’arrête où le funambulesque commence »

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    Carl Bush 1900

     

    Les exercices élémentaires étaient souvent accompagnés de différents rythmes, chants préparant le corps et la voix. Par exemple, exercice des bras (flexion, marche, sautillement…). Sauts, équilibrisme, franchissement, lutte, monter à l’assaut, traverser, nager, porter, lancer, tirer, combattre à l’épée, l'équitation, la danse et les chants.

     

    Vidéos

     

     

     

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    Documentation

    Voir aussi

    Collection de Kiaz

     

     

     

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