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    Remède de "bonne femme" ?

    Voir La bonne fame n'aime pas les gros maux

    Cette expression daterait au moins du XVIIIe siècle, avérée dans un texte de Nicolas Alexandre [1] en 1714 et depuis reprise dans les dictionnaires dans l’acception de Pierre Larousse, « remède populaire ordonné et administré par des personnes étrangères à l'art de guérir ».

    L’étymologie souvent citée remède de bonne fame, c'est-à-dire « remède bien connu, renommé » est peu probable, le mot fame entendu comme « réputation » (famé, fameux) n’étant plus employé à cette époque que dans l’expression restabli en sa bonne fame & renommée. Il s’agissait donc bien d’une recette de bonne femme au sens propre « femme avisée », mais la tournure est devenue péjorative au fur et à mesure que se dépréciait l’expression bonne femme comme dans conte de bonne femme.

    [C'est donc] une locution familière [pour désigner] un remède simple et populaire dont l'usage est souvent péjoratif.

    Tout cela, c’est très joli, […] ! Ne sont-ce point des remèdes de bonne femme, des onguents miton-mitaine, des mirobolants, dont les pieuses vertus sont faibles ?
    (Joris-Karl Huysmans [2], La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)

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    [1] Dom Nicolas Alexandre, né à Paris en 1654 et mort à Saint-Denis en 1728, est un bénédictin français de la congrégation de Saint-Maur. De ce médecin, on ne connaît que les ouvrages, maintes fois réédités jusqu’au XIXe siècle :
    « La Médecine et la Chirurgie des Pauvres, qui contient des remèdes choisis, faciles à préparer & sans dépense, pour la plupart des maladies internes & externes qui attaquent le corps humain. » (Première édition : 1714) - « Dictionnaire Botanique et Pharmaceutique, tiré des meilleurs auteurs, surtout des Modernes » (Première édition : 1716)

    [2] Joris-Karl Huysmans, de son vrai nom Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et décédé le 12 mai 1907 à Paris.

    Source : Wiktionnaire - Tout ou partie de cet article est extrait du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935 (remède), mais l’article a pu être modifié depuis. Explication du linguiste Bernard Cerquiglini.

    La bonne fame n'aime pas les gros maux 

    Où sont les "fames" ?

    Fama veut dire "renommée" en latin. Il existe d'ailleurs toujours en français l'adjectif famé. On parlera d'un bistrot mal famé pour dire qu'il n'est pas fréquentable par les gens bien (on notera cependant au passage qu'il n'est jamais question de lieux bien famés, de même qu'à l'inverse les lurettes sont toujours belles). Il y a aussi l'adjectif infâme, de même origine.
    Mais il y a longtemps, fame était justement une orthographe possible de femme.

    À la page 259 de la première édition des Essais de Montaigne [1] (Bordeaux 1580) on pourra par exemple lire :

    D'y comparer [à l'amitié fraternelle] l'affection enuers les fames, quoy qu'elle naisse a la verité de nostre choix, on ne peut. Ou bien, p. 368 :
    Nostre mort ne nous faisoit pas assez de peur, chargeons nous encore de celle de nos fames, de nos enfans & de nos gens. (Il n'y a pas que pour femme que l'orthographe n'est pas tout à fait la même…)

    Or ça a déjà été dit ici (par Pierre Enckell [2] ?), un remède de bonne femme est tout sauf un remède qui a bonne réputation. C'est juste un pis-aller. Il n'y a donc aucune nécessité dans ce cas à aller chercher une étymologie pseudo-savante.

    Et un remède de bonne femme est bien un remède de bonne fame selon l'orthographe ancienne, mais pas pour autant un remède de bonne réputation.
    La citation suivante, datant de 1714, [utilise] "remède de bonne femme" non pas dans un sens élogieux, mais péjorativement pour un remède traditionnel sans base scientifique :

    […] des Remedes simples et familiers, que leurs Médecins n’osent souvent leur proposer, ou par crainte de blesser leur vanité et leur delicatesse, ou de passer eux-mêmes pour des Médecins à Remedes de bonnes femmes, car c’est ainsi qu’on les appelle pour les rendre méprisables […] (Alexandre, La Médecine et la chirurgie des pauvres, folio aij verso)

    "Bonne femme", jusqu'au XVIIIe siècle, signifiait femme âgée. L'expression positive équivalente serait "recette de grand mère" : là, on fait appel à la même idée, des recettes transmises par l'expérience féminine, mais en insistant sur le savoir pratique, empirique et confirmé.

    Cette fausse étymologie dans le sens "bonne réputation" semble avoir été diffusée dans les dernières décennies par des herboristes, promoteurs de "médecines douces" et autres marchands de "produits naturels".

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    [1] Michel de Montaigne, Michel Eyquem, seigneur de Montaigne, né le 28 février 1533 et mort le 13 septembre 1592 à Saint-Michel-de-Montaigne, est un moraliste de la Renaissance et un philosophe indépendant.

    [2] Pierre Enckell, né le 27 septembre 1937 à Helsinki et mort le 7 juillet 2011 à Paris, est un journaliste et lexicographe d'expression française. Il a travaillé aux Nouvelles littéraires de 1977 à 1984 et à L'Événement du jeudi de 1984 à 1996. Parallèlement, il a effectué à titre bénévole des recherches, principalement sur la datation du vocabulaire, pour l'Institut national de la langue française (CNRS).  Ouvrages

    Source :  ABC de la langue française : forums (extraits)

     

     

     

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