• Méditation, oraison, prière

    Méditation, oraison, prière

    Méditation, prière et oraison sont-elles  des choses différentes ?
    Entretien avec Fabrice Midal *, diffusé dans Mille questions à la foi, émission Radio Notre-Dame, en partenariat avec Croire.

     

    Photos Croire.com

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    Fabrice Midal est philosophe spécialiste du bouddhisme, cherchant à  transmettre la pratique de la méditation dans une perspective laïque, fondateur d'une école occidentale de méditation (www.fabricemidal.com) et  éditeur dirigeant 2 collections où il s’engage à publier nombre des grands auteurs qui développent une vision authentique de la méditation.
    (Voir « Compléments » plus bas)

     

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    [Fabrice Midal est] très inquiet de voir que l'on parle aujourd'hui de la méditation comme d'une technique pour gérer son stress.

    « Cela me paraît barbare, car il me semble que ce dont nous souffrons précisément aujourd'hui, c'est de vouloir tout gérer.

    Je crois qu'il y a beaucoup de points communs entre la méditation bouddhique et l'oraison, mais comme les gens ne connaissent pas l'oraison, ils croient pouvoir comparer la méditation et la prière, et ils font des confusions. »

     

    Méditation, prière et oraison sont des choses différentes ?

    Dans la prière, on parle, on demande, tandis que dans l'oraison, on ne fait rien. Méditer, c'est apprendre à ne rien faire pour laisser la vie être en soi, c'est donc très proche de l'oraison. (...)

    « J'ai découvert la méditation dans le bouddhisme, mais au fil des années je me suis tourné vers les grands auteurs chrétiens avec une jubilation infinie devant leur incroyable richesse dans leur manière de parler de cette expérience. Tous ont en commun l'idée que le point central de toute expérience humaine consiste à arrêter de penser que nous décidons de tout et que nous sommes au centre du monde, pour apprendre à laisser quelque chose d'autre en soi venir nous éclairer et nous donner une vraie nourriture. »

    Or dans notre monde, nous croyons que nous serons comblés si nous possédons tel ou tel produit, si les personnes qui nous entourent font ce que nous voulons, etc. La perspective de la méditation comme de l'oraison, c'est d'arrêter de penser que c'est dans ce combat pour obtenir des choses extérieures que nous serons comblés, mais que c'est en nous-mêmes que se trouve la source la plus profonde. (...)

    Beaucoup de gens voient l'oraison comme une forme de narcissisme parce qu'on n'y fait rien. Nous sommes obsédés par l'idée que c'est seulement si l'on fait quelque chose que l'on fait quelque chose.

    « Je crois que c'est un des grands problèmes de notre temps : les gens s'agitent et courent toute la journée, alors qu'en réalité ils ne font rien de réel, de juste et de bon. Ne rien faire au contraire, c'est peut-être faire quelque chose de décisif. Je dis souvent que méditer, c'est apprendre à se foutre la paix. Il est central d'apprendre à se foutre la paix pour découvrir autre chose que nos projets ou nos pré-conceptions. Mais l'oraison a un peu disparu du cadre de la pensée occidentale, y compris au sein du christianisme. »

    [Fabrice Midal est] très marqué par le travail de l'Abbé Bremont qui a étudié ce qu'il appelle le sentiment religieux en France.

    0-Définitions philo-mytho/français BROUILLON

    Henri Bremond, à droite, serrant la main d'Alexandre Miniac, à l'Académie française, vers 1923

     

    Pour [l'Abbé Bremont], la condamnation de Mme Guyon et du quiétisme au XVIIe siècle, dans la fameuse querelle entre Bossuet et Fénelon, marque un âge sombre.

    Le XVIIe siècle est le siècle des saints, un siècle de grande force spirituelle. Puis quelque chose se ferme, et le christianisme va se concentrer sur l'action et les œuvres. En caricaturant un peu, on pourrait dire que l'Occident a mis l'oraison aux oubliettes pour pouvoir s'ouvrir à la société capitaliste naissante, et a perdu ses racines profondes. Pour [Fabrice Midal], cet événement historique est une catastrophe.

    « Je suis un grand lecteur de Mme Guyon, qui a été condamnée par le pape sous la pression du roi de France et emprisonnée à la Bastille. Son œuvre est géniale.

    Pour découvrir la méditation, la plupart des gens lisent des textes bouddhiques qui posent de multiples problèmes de traduction, mais plus personne ne lit Mme Guyon, dont le Moyen court et très facile... est un livre très accessible. (...) »

    0-Définitions philo-mytho/français BROUILLON

    Jeanne Marie Bouvier de la Motte Guyon

     

    (...) L'ouverture à l'autre dans le christianisme est quelque chose de très subtil, elle se fait à l'intérieur de moi, vers quelque chose d'autre que moi, et saint Jean * parle sans cesse du nuage d'inconnaissance qui voile la rencontre avec Dieu.

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    * Saint Jean désigne de nombreux saints...

    Pour ne citer que les 2 premiers saints catholiques et orthodoxes :

    • Jean le Baptiste (Ier siècle : 1ères décennies av. J.-C. - † entre 28 et 35) ou Jean-Baptiste, célébré les 24 juin et 29 août en Orient et en Occident, ainsi qu'en Orient les 24 février et 25 mai et le 23 septembre.
    • Jean l'Apôtre (Ier siècle : vers 10 - † vers 100), souvent identifié à Jean l'évangéliste, célébré le 27 décembre par les catholiques et les 26 septembre et 08 mai par les orthodoxes. La tradition chrétienne attribue à l'apôtre Jean, qui ne doit pas être confondu avec Jean le Baptiste (ci-dessus)
      • l'Évangile de Jean (elle identifie l'apôtre au « Disciple que Jésus aimait »), ainsi que trois épîtres, et
      • l'Apocalypse, dont l'auteur se présente comme ayant reçu une vision de Jésus-Christ dans l'île de Patmos...

    Eusèbe, se faisant l’écho de traditions anciennes, distingue deux Jean : Jean l'apôtre et fils de Zébédée, et Jean le Presbytre ( fin de vie), mentionné dans les épîtres. Certains historiens modernes assimilent l'auteur de l'évangile dit selon Jean à Jean le Presbytre (des exégètes ont fait de ce dernier l'auteur du quatrième évangile) et non à l'apôtre Jean. Cette hypothèse est contestée et fait l'objet de discussions.

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    « Dans le bouddhisme, puisque le point central est de sortir du « moi, moi-même et encore moi », on entre aussi dans une rencontre avec autre chose, qui bien sûr n'a pas le même visage. Christianisme et bouddhisme ont leur propre chemin (...)

    Comment fait-on quand on souffre ? Comment fait-on quand on va mal ? Comment fait-on avec la pression qu'exerce notre société ? L'important, c'est de dire aux gens qu'il y a un chemin. »

     

    Par quoi passe ce chemin ?

    « Il passe par l'idée qu'on se fout la paix et que l'on s'en remet à quelque chose d'autre, qui peut être quelqu'un d'autre, Dieu. Cela s'apprend, mais c'est assez simple. D'abord, quand on ne fait rien, on s'ennuie, on panique, on a l'impression qu'on n'y arrive pas, mais il faut arrêter de vouloir faire quelque chose.

    Tous le disent, l'oraison n'est pas un combat pour réussir quelque chose, car vouloir réussir quelque chose est encore mon projet à moi. Et en effet, la méditation telle qu'on la présente aujourd'hui, c'est mon projet à moi pour être plus calme.

    Ce n'est pas ce que j'enseigne. J'enseigne des choses très simples. Je guide les personnes dans la méditation sur la pleine présence ou sur l'amour bienveillant, c'est très simple, et c'est cette simplicité qui est centrale. »

     

    Compléments

    • À propos de Fabrice Midal

    Fabrice Midal est l’auteur de nombreux livres où il montre comment la méditation peut s’incarner dans tous les moments de notre existence pour autant qu’elle ne soit pas réduite à une technique de bien être, à un instrument de gestion déshumanisant. Fabrice Midal en montre la dimension vivante et la manière dont la méditation peut nous permettre de mieux envisager tant notre existence que les grands défis de notre société.

    Présentant la pratique de la méditation dans une perspective laïque et rigoureuse, la conviction de Fabrice Midal est que la transmission de la méditation en Occident, au XXIe siècle, ne pourra pleinement nous aider que si nous pouvons comprendre très précisément et clairement ce qu’elle est et comment l’inclure dans notre vie quotidienne : comprendre ce qu’est l’attention et comment elle s’articule avec la présence, sa différence avec la concentration et tout effort volontaire, pourquoi la méditation n’est pas une forme de relaxation ni une façon de faire le « vide » dans la tête, comment se poser corporellement, se relier aux émotions, développer un rapport de bienveillance…

    Fabrice Midal tente de penser le sens du déploiement de la méditation en Occident en analysant à la fois son histoire en Orient et ses équivalents dans les grandes traditions spirituelles et philosophiques occidentales. Il s’attache à étudier le dialogue entre méditation et grandes disciplines occidentales telles que philosophie, thérapeutique, psychanalyse, sciences cognitives, poésie… et le sens profond de l’art, de l’éthique, de la littérature la méditation peut ainsi s’incarner dans tous les moments de notre existence.

     

    • Méditation-oraison : un point de vue

    J’ai bien aimé l’article de Thierry-Marie Courau proche de la réalité de la pratique, c’est-à-dire loin des discours intellectuels, comme ceux qui ne font que répéter les sempiternels clichés sur le bouddhisme et le christianisme. Quand on est impliqué dans une pratique intérieure, les concepts comme la réincarnation, le samsara et autres concepts de ce type, ne nous servent à rien. Commençons par rentrer dans cette vie-ci et ce corps-ci, sans jamais chercher à en sortir jusqu’au terme de notre vie. Il est là le secret, autant de la méditation que de l’oraison.

    Toutes les religions et tous les courants spirituels ont leur part de violence, toutes les institutions leur part de corruption aussi. C’est inévitable, inhérent à la condition humaine. Il n’y a aucun autre moyen de sortir d’en collectivement, qu’en regardant à l’intérieur de soi individuellement. Autrement dit, ne nous faisons aucune illusion : il n’y a aucune solution collective pérenne aux problèmes de l’humanité, que des réponses personnelles.

    La question fondamentale n’est pas : quand est-ce qu’un visionnaire va découvrir le moyen de sortir l’humanité de son tourment ? Elle est : quand est-ce que vous allez commencer à quitter la voie de la pensée autonome qui, à l’intérieur de votre enveloppe charnelle, vous projette à l’extérieur de vous-même, pour pratiquer la voie du souffle qui vous permet de rentrer à l’intérieur de votre corps dont vous ne savez rien ? Nous avons tout oublié, même la signification profonde du mythe d’Adam et Ève.

    Commentaire de Robert, le  27 octobre 2016 (sur Croire)

     

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    Petite bibliothèque

    Quelques articles et pages de Yantra

     

    Divers à consulter

     

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